Nous sommes le 16/11/2018 et il est 12h34 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Héritage spirituel de Guy Homery, Fondateur des Filles de la Divine Providence
(Charlotte Matendo, fdp)

Ce 16/11/2018, l'espace Charlotte, Fille de la Divine Providence de Créhen, conduit l'utilisateur au coeur de la problématique africaine de la vie consacrée. Il s'agit d'un extrait du fruit de ses recherches sur l’inculturation. Tiré de «COR AMATOR PAUPERUM». Fondement du charisme des Filles de la Divine Providence, cet exposé aide à connaître particulièrement le charisme de cette famille religieuse. "Il n'existe pas de vie religieuse en soi". Que doivent faire les Africaines pour mieux vivre et répandre l'esprit de Guy Homery? Telle est la question essentielle qui focalise l'attention.

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  1. Les Filles de la Divine providence face à la pauvreté
    1. La pauvreté de l'homme africain
    2. Les premières missionnaires de l'I.F.D.P. en Afrique
    3. Perspectives d'avenir
  2. Héritage spirituel de Guy Homery, Fondateur
    1. Guy Homery: enfance et jeunesse
    2. Guy Homery: appel de Dieu
    3. Guy Homery: sacerdoce et fondation
    4. Cor amator pauperum
    5. Concrétiser l'amour de Dieu
  3. Vivre réconcilié avec soi-même et avec les autres
    1. Considérations générales
    2. Vivre réconcilié avec soi-même
    3. Vivre réconcilié avec les autres
    4. Armes pour obtenir la grâce de vivre réconcilié avec soi-même et avec les autres
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Nous partageons sur cette page web une synthèse de l'adresse de Sœur Charlotte Matendo - alors Supérieure régionale des Filles de la Divine Providence de Créhen en Région Afrique (RD Congo et Gabon) - à l'occasion de l'ouverture de l'année jubilaire de leur Institut. Il célèbre le 150ième anniversaire de la mort de son fondateur, le père français Guy Homery: 14 décembre 1861 - 14 décembre 2011. Chose évidente, les fondateurs des Congrégations, "hommes et femmes de l'Esprit", nous ont légué un héritage spirituel: leur charisme ou mieux leur propre "expérience de l'Esprit".

Guy Homery: Enfance et jeunesse

Guy HomeryFils de Charles Homery et d’Angélique Ruault, septième enfant d’une famille modeste qui en compte douze, Guy Homery est né le 25 août 1781 à Ploubalay, en France, qui fait alors partie du diocèse de Saint Malo. Ses parents étaient d’excellents chrétiens. Ils avaient réussi à fonder un foyer où régnaient la paix, l’union dans le respect de la loi de Dieu et la soumission à son église.

Quand il fut assez grand pour se déplacer, sa plus grande fête était d’assister à la messe où toute son attention était focalisée sur tout ce qui se passait pendant la célébration. Et quand il rentrait de la messe, il reprenait facilement tout ce que disait le célébrant. Parfois, il montait sur un escabeau et disait à tue-tête tout ce que sa mémoire avait retenu au point que, dans son entourage, tout le monde disait «cet enfant sera prêtre».

En 1790, il commença le catéchisme paroissial, un moment qu’il rêvait tant. Malheureusement pour lui, sa joie sera de courte durée. La révolution avait éclaté en France. Non seulement on avait dépouillé l’Eglise de ses biens et prêtres, mais aussi on prétendait l’avilir. C’est sous cette tension politique que le futur Abbé Homery reçut sa première communion et fit sa première promesse, celle de rester fidèle à cette religion si odieusement persécutée. Il écrira plus tard:

Comme on ne pouvait pas assister à la sainte messe les jours de dimanche ni aucun autre office, vu que les églises étaient fermées ou plutôt converties en casernes ou en écuries, je me levais ces jours-là de bon matin et je me retirais dans une petite solitude que j’avais pratiquée dans un coin de notre jardin. Là, je passais tout le jour à lire et à méditer les années éternelles.

Guy Homery: Appel de Dieu

«La vie est un combat dont la palme est aux Cieux», disait le dramaturge français Casimir Delavigne! Pour triompher dans cette "bataille", Guy Homery n’avait des armes que des moyens surnaturels dont la prière. Il fallait attendre plusieurs années pour que la paix revienne dans les églises de France. Mais entretemps, à l’exemple du prophète Elie qui «brulait de zèle pour le Seigneur» (1 Rois 19:10s), le jeune Guy voulait faire de sa vie comme une hostie d’expiation:

Je pris la forte résolution de quitter le monde pour me consacrer à Dieu d’une manière irrévocable. Je n’avais encore que seize ans, lorsque je formais cette résolution (…)Je ne pouvais pas penser à devenir Prêtre, car, on n’en voyait point en ces temps-là. Les uns avaient émigrés pour éviter la persécution et les autres étaient cachés. Néanmoins, poursuit-il, plus je lisais, plus j’avais des dégoûts pour le monde. Bref, je n’avais qu’une pensée: me retirer dans un désert afin de méditer à loisir les années éternelles.

Dans son entourage, beaucoup de gens lui proposent de devenir prêtre. Mais lui-même ne se le représentait pas. Il disait: «Un prêtre doit être orné de toutes les vertus et donner aux autres l’exemple d’une vie pure. Ses mœurs ne doivent ressembler à celles du peuple: il ne doit pas marcher dans les voies communes, il doit vivre comme les Anges dans le ciel ou comme les hommes parfaits sur terre».

Mais les voies de Dieu étant insondables (voir Rm 11:33), en 1802, des voix autorisées invitent le jeune Guy à vaincre ses scrupules et à éclairer son esprit. Pourtant sa décision se heurte à la farouche opposition de son père. Réagissant à ce dernier qui lui propose une partie de l’héritage, le jeune aspirant dit: «Ma vocation vient de Dieu. Toutes les fortunes de l’univers ne pourraient m’en détourner». Il sollicitera la médiation des amis de son père pour obtenir enfin gain de cause. Ce qui l’amènera à dire plus tard: «O mon Dieu, que votre voix est puissante quand vous la faites entendre à un cœur disposé à l’écouter».

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Guy Homery: Sacerdoce et fondation

Etudes et ministères

A la fin de l’année scolaire 1807, Guy Homery quitte le collège Saint Malo pour le séminaire de Saint-Brieuc. Au grand séminaire, il s’initie aux sciences sacrées et étudie la doctrine qu’il devra prêcher. Partout il n’a qu’une ambition: être un séminariste saint afin d’être un prêtre saint, en d’autres termes, élever sa vie à la hauteur de sa vocation. Ses maîtres et ses collègues furent très édifiés par une vie Divine providenceainsi surnaturaliste et pleine d’amour pour Jésus–Christ et sa très sainte Mère. Le 27 mai 1809, il reçut l’onction sainte du sacerdoce des mains de Mgr Caffarelli, évêque de Saint-Brieuc.

Il sera nommé vicaire au Foeil, un bourg ou un village composé des cultivateurs et des tisserands. Trois ans plus tard, il sera nommé recteur à Saint-Jacut-de-la-mer. Très rapidement, les gens découvrent ses capacités surnaturelles et portent témoignage de sa vertu évangélique chaleureusement humaine. Mais chaque fois, le recteur était fort triste de voir que beaucoup d’enfants n’avaient pas une connaissance suffisante de la religion. Un pareil état de choses appelait d’urgence un remède. Mais lequel? Il va penser à la présence des religieuses pour s’occuper de cette question d’instruction des enfants.

Intuition fondatrice

C’est dans ces conditions que germera en lui l’idée de créer, à Saint-Jacut, une société des filles qui seraient dévouées à l’instruction des enfants selon leur sexe, et à apprendre des états aux petites filles pauvres et particulièrement aux orphelins. Ce rêve se réalisera plutôt à Créhen où il sera nommé recteur le 13 janvier 1818. C’était un village de 1800 habitants, agriculteurs et commerçants, une population chrétienne, laborieuse et attachée à la religion mais faible en esprit de piété et en instruction. Ici comme à saint Jacut, le jeune Abbé Guy réalisa que l’appui des religieuses lui était très nécessaire. «Mais à quoi bon penser à un projet qui ressemble à une chimère (illusion)», se décourageait-il souvent.

Mais comment l’Abbé Guy Homery a su comprendre ou interpréter la volonté de Dieu dans l’accomplissement de ce projet? Il passait le plus clair de son temps à la chapelle quand il n’avait rien à faire au presbytère. Un jour donc, après avoir célébré la Sainte messe, il prolongeait son oraison à l’autel, son esprit se laissa absorber peu à peu et sans qu’il y prit garde, par la contemplation de l’œuvre qui lui était si chère et se dit en son esprit: si cette œuvre était agréable à Dieu, pourquoi ne faisait-il pas connaitre sa volonté? En même temps, le souvenir lui vint de la parole du Christ à un homme qui voulait bâtir une tour. «Ne l’entreprenez pas sans avoir compté les dépenses nécessaires et examiné ce qu’il faut pour la finir» (Luc 14:25s). Son esprit se replia sur lui-même, regarda la pauvreté dans laquelle il vivait et tristement, il en conclut que c’était inutile d’y songer.

Il en était là absorbé quand soudain un événement extraordinaire se produisit. Il le dit lui-même en ces termes: «J’entendis une voix sur ma gauche, du côté de l’évangile, qui me dit intérieurement, mais bien distinctement ces paroles: "commence, mon enfant, la providence viendra à ton secours"». C’est là le début d’une aventure missionnaire qui s’épanouit entre les encouragements pour les uns et les découragements pour d’autres. Grâce à cette voix, Guy Homery devint insensible à toutes les difficultés!

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"Cor amator pauperum"

Touché par la misère

Que pourrions-nous retenir de la vie et de l’expérience de Guy Homery? Dès le toit paternel, on note chez ce jeune homme une vie intérieure intense nourrie par une lecture méditée de trois livres (NT. Abrégé d'AT et Imitation de Jésus-Christ). Il reçut de l’Esprit Saint l’intelligence pour comprendre ce qu’il lisait. Cela fait naître en lui une foi solide et des aspirations authentiques pour le service du Seigneur. Dès ses premières années de sacerdoce, il pétille de rêves et de projets pour le service du Seigneur, il est animé d’un grand zèle pour le Seigneur. Cœur attentif et ouvert à la Parole de Dieu, il se laisse enflammer au-dedans de lui-même par elle.

Quand il fonde son Institut, Guy Homery a sous ses yeux toutes sortes de misères de son peuple: misères de l’ignorance religieuse, de l’ignorance des sciences humaines, surtout pour les enfants, Divine providencemisères de la maladie. Toutes ses préoccupations l’agitaient et remuaient son esprit. Une nécessité et une urgence s’imposaient à fonder une société pour venir au secours de toutes ses misères. Dieu lui fait un don: «COR AMATOR PAUPERUM». Toute la pensée de notre fondateur et de nos premières Sœurs se résume en ces trois mots qui font la spécificité de notre Institut. C’est tout un programme pour la gloire de Dieu et le salut du monde auquel les premières filles de la Divine Providence ont répondu:

«Cor amator pauperum» veut dire cœur aimant les pauvres, cœur qui a la passion des pauvres. Dans le concept de l'amour de Dieu, c'est avec la personne de Jésus-Christ que nous pouvons arriver à comprendre l’amour dont il est question. En effet, dans sa personne, par son existence, Jésus est révélateur par excellence de l'amour. Dieu lui-même vient vivre en pleine humanité, toute sa vie est totalement donnée au Père (Luc 2, 49); Il prie et vit dans l’action de grâce (Marc 1:35; Matthieu 11:25); Il est en parfaite conformité à la volonté du Père (Jean 4:34; 6:38); Il est à l’écoute de Dieu (Jean 5:30; 8:26.40).

Amour sans frontières

Toute la vie de Jésus est donnée aux amis et à tous les hommes, toutes les femmes. Il passe en faisant le bien (Matthieu 11:28s) dans le désintéressement total (Luc 9, 58), dans l'attention à tous y compris les plus méprisés et indignes de la société (Luc 7:36-50; 19:1-10; Matthieu 21:31s); Il choisit gratuitement ceux qu'il veut (Marc 3:13) pour en faire ses amis (Jean 15:15s).

Son amour révèle son intensité et son drame à la croix, par obéissance pour le Père et par amour pour ses frères et sœurs (Philippiens 2, 8), (Jean 13:1). Par la croix, Jésus arrive au plus grand amour (Jean 15:13), Il y donne tout et sans réserve, à Dieu (Luc 23:46), à tous les hommes sans exception (Marc 10:45; 14:2; 2 Corinthiens 5:14s).

Notre vie consacrée n’a de valeur que dans la grandeur de l’amour que nous avons pour Dieu et pour nos frères. Jésus nous montre quel est cet amour. Cœur aimant, c'est d'abord le cœur de Dieu qui est venu jusqu'à nous, Dieu si grand, si puissant s'est abaissé pour aimer l'homme si petit, si pécheur. Dieu a pris l'initiative d'un dialogue d'amour avec les hommes, au nom de cet amour il nous consacre, nous engage et nous apprend à nous aimer les uns les autres. Par conséquent, nous devons aimer comme Dieu aime sans distinction. C'est d'abord un amour préférentiel pour les pauvres, les méprisés. Nous sommes les premiers de ces pauvres.

C’est ainsi que notre fondateur l’avait compris et nous l’a transmis. «Cœur qui a la passion des pauvres et qui brûle de leur annoncer l’Evangile». C’est ainsi que les filles de Guy Homery l’ont compris et accueilli, à leur tour, et l’ont traduit dans le quotidien de leurs vies. Pour elles, les malades sont les membres souffrants de Jésus-Christ, elles n’ont pas besoin pour commencer de bâtir un grand dispensaire ni un hôpital pour les recevoir, elles les reçoivent dans leur maison, elles les visitent à domicile, les soignent, les consolent, ou les préparent au dernier voyage. Les vieillards bénéficient de leurs soins attentifs.

Concrétiser l'amour de Dieu

"Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur; et quiconque veut être le premier parmi vous, qu'il soit votre esclave".

Jésus serviteurLe texte de Matthieu 20:25-27 donne une grande idée de l’esprit qui doit nous caractériser. «ESPRIT d'humilité, ESPRIT de zèle ardent pour le salut des âmes». Il nous montre quelle doit être notre attitude profonde pour pouvoir concrétiser l’amour de Dieu dans nos milieux de vie et dans des activités précises, entre autres, l’instruction des enfants et les soins des malades. Nous regarder comme les humbles servantes, sans faire les dames, avec respect de l’autre, sans se faire imposer ni faire sentir sa supérioté, se mettre à genou aux pieds des pauvres pour le Servir.

Cette année jubilaire nous est donnée pour nous arrêter davantage aux recommandations du Père Homery. Une occasion pour nous de découvrir les nouvelles facettes du COR AMATOR PAUPERUM, de réentendre cette invitation de Dieu: «COMMENCE, MON ENFANT, LA PROVIDENCE VIENDRA A TON SECOURS». Afin qu’au milieu de ce monde en recherche de sens, nous risquions avec Dieu et pour Dieu!

[Voici un exemple d'engagement concret auprès des pauvres les plus abandonnés: une Vidéo de la maladie KONZO à Kahemba, province de Bandundu.]

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