"Vous êtes le sel de la terre... Vous êtes la lumière du monde" (Mt 5, 13-14) |
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| Sr Charlotte Matendo, fdp |
Introduction
Ce thème
de notre récollection a été
examiné par les pères synodaux en long et en large, avec des témoignages émouvants. Dans ce cadre qui est le nôtre, l’objectif n’est pas de vous apporter
beaucoup d’éléments sur le synode mais de nous aider à nous préparer à
accueillir avec grand cœur les fruits de ces trois semaines de travail intense
réalisé par les pères synodaux. Ce synode lance un grand défi à notre
Eglise particulière d’Afrique et à
tous ses chrétiens, plus spécialement aux personnes consacrées décrites
comme le « cœur de l’Eglise ».
Par le choix de ce thème, nos évêques ont voulu interpeller avec force les
chrétiens sur leur responsabilité dans l’avènement d’un monde nouveau en
Afrique, qui passe forcément par la réconciliation, la justice et la paix en
s’inspirant du sermon de Jésus sur la montagne.
La réconciliation
s’y dégage comme l’élément central, car nous vivons dans un continent déchiré
en morceaux par la violence du tribalisme et de l’ethnicité. Disons-le sans ambages, ce mal a malheureusement atteint nos
institutions, nos communautés, notre église et même nos pasteurs. L’après
synode doit être un moment décisif pour chacun, chacune de nous de revenir à
l’Evangile, ou mieux de réentendre l’invitation du Christ à changer de
vie, à revenir à l’idéal de sa vocation baptismale. C’est chacun, chacune
qui est appelé à trouver des moyens de reconstruire l’unité, de vivre sa
mission prophétique, de s’engager dans le combat pour la justice et la paix.
Personnes consacrées, nous sommes des membres liés ensemble dans le corps du
Christ de par nos engagements des conseils évangéliques.
1. Appel
et ministère de la réconciliation
Appelés
à marcher à la suite de Jésus, Dieu qui, en Christ, a réconcilié le monde
avec la divinité, nous a confié le ministère de réconciliation. « Et tout cela vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par
Christ, et qui nous a donné le ministère de la réconciliation. Car Dieu était
en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, en n'imputant point aux hommes
leurs offenses, et il a mis en nous la parole de la réconciliation » (2 Cor 5,
18-19).Mais la réconciliation ne se réalise pas facilement, puisqu’il
s’agit d’une grande démarche de guérison intérieure. En effet, il ne
suffit pas de vivre sous un même toit ou de partager la même table pour vivre
en personnes réconciliées. Faut-il
encore et avant tout guérir de ses propres blessures intérieures pour être en
mesure de s’ouvrir aux autres et d’accueillir la différence.
Il
s’ensuit que la réconciliation est d’abord l’œuvre de Dieu par le mystère
de l’Incarnation : Lui seul peut réconcilier. Il s’est impliqué
personnellement pour établir le Règne de Paix et de Justice. « Il
a tant aimé le monde qu’il y a envoyé son propre fils »… « Il
s'est dépouillé prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux
hommes et, par son aspect, il était reconnu comme un homme ; il s'est abaissé, devenant obéissant jusqu'à la mort, à la mort sur
une croix » (Ph2, 7-8). C’est Dieu lui-même qui a pris la décision
de livrer son Fils unique et c’est par le sang de Jésus Christ que nous est
venue la paix (cf. Col 1, 20).
Dieu
a pris sur lui notre péché de rupture avec Lui, avec nous-mêmes, avec les
autres, avec la création afin de restaurer la paix, l’unité, la justice,
c’est-à-dire la vérité dans les relations interpersonnelles. Le Saint-Père
en a fait allusion lors de l’ouverture du synode en qualifiant les relations
de grandes puissances d’exploitation des richesses de l’Afrique. Il
convient, à notre tour, de nous poser des questions sur notre manière
d’entrelacer des relations interpersonnelles dans nos communautés, nos
milieux de vie. Pensons, par exemple, à notre manière de communiquer avec les
personnes qui ne sont pas de notre tribu, de notre race, de notre nation, de
notre tendance, de notre groupe d’intérêt au sein de nos communautés. Car le Synode africain invite chacun et
chacune de nous à une grande vérité dans les relations.
L’Église
au service de la réconciliation, de la justice et de la paix
Chacun
ou chacune peut mettre son nom à la place de l’Eglise parce que nous sommes
tous appelés à casser les barrières qui ne favorisent pas l’unité, la paix
et la justice dans notre société. C’est l’un des défis que nous lance le
Synode. Suis-je prêt ou prête à sacrifier quelque chose de moi-même pour être
instrument de réconciliation, de justice et de paix dans ma communauté ou mon
milieu de travail ? Il est plus que scandaleux de constater que parfois, nos
communautés sont des îlots de conflits à cause de la soif de pouvoir, de
l’avoir et du valoir. Ceci s’installe en nous avec force parce que la véritable
prière n’existe plus dans nos vies, la parole de Dieu n’est plus écoutée
ni vécue. Pris par l’activisme et la dispersion, nos temps de prières,
d’eucharistie sont devenus des formalités. La concentration pour méditer sur
les vraies valeurs chrétiennes et religieuses est devenue plus que compliquée.
Alors nous devenons des personnes en perpétuel conflit avec nous-mêmes, avec
les autres, avec la création… Et pourtant Dieu attend beaucoup de nous.
Dieu
nous appelle et compte sur nous pour collaborer à cette œuvre. Il nous confie
une mission : “Sel de la Terre… Lumière du monde” (Mt 5, 13-14)
Personnes
consacrées au service de la réconciliation, Dieu nous demande d’être au
milieu du monde, au milieu de nos frères et sœurs, au sein de nos communautés,
de ceux-là qui donnent de la saveur
et qui éclairent. C’est de cette manière seulement que nous pouvons
participer à l’œuvre divine, œuvre de la restauration, de la réconciliation.
Le sel
et la lumière étant deux matières inchangeables, celui ou celle qui est lumière,
le reste en toute circonstance, même au milieu de la nuit et dans les coins les
plus cachés. Une lumière reste lumière et ne devient jamais ténèbres, elle
ne change pas. Les ténèbres, c’est l’absence de la lumière, mais
l’inverse n’est pas possible, c’est-à-dire la lumière n’est pas
absence de l’obscurité. Jésus est la Vraie Lumière et pour Lui, nous dit le
psaume 138 au verset 12, « même les ténèbres ne sont pas ténébreuses, et la nuit devient
lumineuse comme le jour : les ténèbres sont comme la lumière » ! De
même, le sel ne peut jamais être changé, on ne peut rien lui ajouter pour
l’adoucir. Sinon il n’est plus sel. Nous nous sommes éloignés de notre
mission chaque fois que nos vies n’ont pas reflété la lumière de toute
vertu, en l’occurrence la réconciliation.
Le sel
agit à l’encontre de la corruption, tandis que la lumière chasse les ténèbres.
Ce sont deux mots que nous utilisons souvent au quotidien, surtout au moment de
faire la cuisine, à la tombée de la nuit, deux éléments qui jouent un rôle
déterminant dans notre vie. Jésus parle à une foule, à un groupe d’hommes
et les invite à jouer leur rôle sur cette terre, dans le monde. Il nous invite
aussi à prendre notre place comme prêtre, religieux, religieuse et à jouer
notre rôle.
Comment
pouvons-nous être réellement le sel et la lumière dont le monde a besoin ?
Premièrement, si c’est dans le monde que nous devons prendre notre place,
nous devons y être réellement présents, être
présents dans et au monde. Mais de quel monde s’agit-il ? Saint Jean nous
dit : « N’aimez pas le monde ni ce
qui est dans le monde… puisque tout ce qui est dans le monde, la convoitise de
la chair, la convoitise des yeux et la confiance orgueilleuse dans les biens ne
provient pas du Père » (1Jn 2, 15-16). C’est plutôt dans ce monde beau,
créé par Dieu et aimé de Dieu que nous sommes appelés à être le sel et la
lumière.
« Que
votre lumière brille aux yeux des hommes, pour qu’en voyant vos bonnes
actions, ils rendent gloire à votre
père qui est aux cieux » (Mt 5, 16)
Comme
le sel mêlé aux aliments, à l’eau, change
le goût, conserve la nourriture, notre présence dans et au monde doit
transformer ce monde, lui apporter ce qui fait défaut : l’Amour. Le sel quoiqu’il fond ne prend jamais le goût d’autre chose mais au
contraire communique sa saveur. On peut se demander si nous agissons réellement
comme le Seigneur le veut ou bien c’est le monde qui nous transforme !
Apportons-nous la saveur de l’Evangile qui prône la réconciliation, la
justice et la paix ?
Le sel
a une autre dimension : la solidarité.
Pour qu’il fasse son travail, il faut qu’il y ait plusieurs grains de sel.
Un seul grain ne peut pas à lui seul donner du goût à une grande quantité de
nourriture. Nous avons le devoir de nous mettre ensemble pour faire advenir le Règne
de Dieu, règne de réconciliation, de justice et de paix. Or, il existe pas mal
de rivalité entre instituts religieux, entre hommes et femmes. Nous avons
besoin d’apprendre à collaborer qu’à rivaliser, de travailler ensemble
pour la réconciliation des familles désunies. Il faut qu’ensemble,
solidaires les uns des autres, nous soyons là où les hommes et les femmes
travaillent, souffrent, essayent de construire l’avenir, et là où ils célèbrent
ensemble la vie de Dieu et celle des hommes.
«
Si le sel se dénature, il n’est plus bon à rien … »
Jésus
désire que ses disciples, nous qui avons accepté de le suivre, « nous soyons
à la fois dans le monde mais pas du monde ». C’est la prière qu’il avait
aussi adressée à son Père avant de quitter ce monde : « Je ne vous prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. Ils ne
sont pas du monde, comme Moi non plus, Je ne suis pas du monde. Sanctifiez-les
dans la vérité. Votre parole est vérité » (Jn 17,15-17). Le souhait de
Jésus est que nous soyons des chrétiens, des personnes consacrées
authentiques, qui ne s’installent pas dans le laisser-aller, qui ne
s’affadissent pas mais qui gardent vivante la saveur de son Evangile. La vérité
est en Jésus. En écoutant et en suivant sa parole nous nous dépouillons
progressivement des souillures du monde pour nous revêtir des bienfaits de
Dieu. Ainsi, nous nous renouvelons constamment de plus beaux habits, ceux qui
entrent dans nos cœurs pour le faire rejaillir d'amour pour notre prochain. «
La vérité se justifie uniquement par la vérité et le mensonge se justifie
par un autre mensonge ».
Jésus
nous met certes en garde puisque notre vocation fait de nous des « mis à part
». Nous n’avons pas le droit de devenir des personnes consacrées « CAMELEON
». Nous sommes différents des autres de par l’appel reçu du Seigneur, et
c’est dans cette différence que l’on construit le Royaume de paix et de
Justice. Notre continent, notre pays et nos familles religieuses en ont
urgemment besoin. Pour que l’invitation à glorifier le « Père
qui est aux cieux » devienne une réalité, les personnes consacrées
doivent être remplies de Dieu en réservant une place importante à la prière
du cœur qui transforme. Mais à même temps il nous faut beaucoup d’humilité
pour ne pas nous croire plus sages ou meilleurs que les autres. Jésus ne se révèle
pas aux sages et aux savants mais aux petits et aux pauvres, ceux qui attendent
tout de Lui, qui comprennent que tout est grâce. Et c’est
sur cette grâce de Dieu que nous avons à nous appuyer au quotidien pour
devenir réellement des instruments de la réconciliation, de la justice et de
paix. Nous avons à accueillir en nous le sel et la lumière de Dieu … afin
que, par nos vies, se manifeste la gloire de Dieu.
Sommes-nous
assez conscients que nous sommes laissés ici-bas pour représenter les
principes de la justice de Dieu sur la terre ? Les gens autour de nous nous
observent plus que nous ne pensons. S’ils aperçoivent chez nous de la sainteté
pratique, s’ils reconnaissent que nous nous laissons conduire dans la vie par
des principes divins, ils en seront impressionnés d’une manière ou d’une
autre, même sans vouloir l’admettre. Ne suis-je pas celui ou celle qui sème
le trouble, la division ?
2. Regard
sur quelques Béatitudes
Dans le cadre de cette réflexion qui aide à refaire notre vie
spirituelle, quelques affirmations du second synode pour l’Afrique ont retenu
mon attention.
« L’Afrique devait avant tout se réconcilier elle-même, car les
conflits et les foyers de guerre sont nombreux, ainsi que les désordres à
l’intérieur de plusieurs nations et les divisions qui opposent diverses
nations pour des questions de frontière et pour la répartition des ressources
naturelles. Mais il faut aussi une réconciliation entre l’Afrique et ceux
qui, de l’étranger, alimentent ces conflits. On ne peut nier les
responsabilités des dirigeants africains à susciter et à provoquer les
violences qui ensanglantent l’Afrique, mais on ne peut oublier que les guerres
africaines se feraient par des arcs et des flèches s’il n’y avait pas
quelqu’un qui, de l’extérieur du continent, fournissait des armes modernes
aux Africains pour qu’ils combattent entre eux[1] ». Nous
sommes responsables de notre misère.
Le
message final de ce synode : « Afrique lève
toi » est essentiellement une invitation à la conversion personnelle et
communautaire, non seulement aux fidèles croyants mais aussi et surtout aux
ecclésiastiques que nous sommes. Cette Afrique qualifié par Benoît XVI de « poumon spirituel dans un monde en crise de foi » est exposée
à toutes les convoitises du monde actuel, ou mieux de la mondialisation. Elle
est aussi victime de l’incohérence de ses fils et filles dont les ministres
de Dieu que nous sommes. D’où,
l’importance de notre partage : l’Eglise nous invite à nous regarder
du dedans pour mieux être le sel de la terre et la lumière du monde. Il
s’agit bien sûr de ce monde aimé de Dieu afin que l’homme créé à son image et à sa ressemblance soit heureux. Le
message se termine par une forte conviction : «
l’Afrique n’est pas désespérée. Notre destinée est encore en nos mains.
Tout ce qu’elle demande, c’est de disposer de l’espace pour respirer et
s’épanouir. L’Afrique est en marche, et l’Église chemine avec elle en
lui procurant la lumière de l’Évangile. La mer a beau être houleuse, mais,
si nous gardons les yeux fixés sur le Seigneur Jésus, nous parviendrons sains
et saufs au port de la réconciliation, de la justice et de la paix (cf. Mt 14,
28-32) »[2].
Garder «
les yeux fixés sur le Seigneur », voilà
le fondement du vrai bonheur auquel les fils et filles d’Afrique aspirent. Car
en Lui et dans sa Parole réside « le premier et principal facteur de notre développement
», comme l’a dit Benoît XVI dans Caritas
in veritate. Dieu nous a confié la mission d’être heureux et de faire
que les autres le deviennent aussi. Voilà
pourquoi, en lien avec le thème du Synode, nous voulons nous arrêter sur
quelques béatitudes non pas pour nous endormir comme d’aucuns le pensent mais
pour nous faire entrer dans la logique de Jésus qui, le premier nous avait
montré ce chemin du vrai bonheur que nous cherchons.
Les Béatitudes
sont la première parole officielle de
Jésus de Nazareth. Jésus, vrai homme et vrai Dieu, par sa vie, restaure l’humanité. Dans la Genèse 3, on voit nos premiers parents
Adam et Eve qui se laissent prendre par le mensonge du serpent qu’ils
pouvaient tout voir, tout savoir, tout avoir, tout de suite sans passer par
Dieu. C’est cela très souvent notre tentation. Par
les Béatitudes, Jésus nous dit comment nous pouvons accéder au vrai bonheur
si nous résistons à la logique du serpent, qui nous conduit à vouloir tout
avoir tout de suite sur les dos des autres, en passant par les conflits, les
guerres, les injustices, l’égoïsme etc.
Texte
: Matthieu 5 : 1-12
Jésus
proclame Bienheureux ceux qui sont au service de la réconciliation : « Heureux les miséricordieux,
ils obtiendront miséricorde ». Heureux ceux qui choisissent de ne
pas se venger... ceux qui savent que le pardon n’est pas signe de lâcheté,
mais signe de la vraie grandeur d’âme : ceux-là n’ont rien à craindre du
Jugement[3] !
Dans Mt
9, 13 Jésus dit : « allez donc apprendre
que c’est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice ». Jésus répondait ainsi aux pharisiens qui lui reprochaient de s’être assis à la table
des publicains et des pécheurs. Il souligne un aspect fondamental de sa
mission, qui définit le
comportement de Dieu à l’égard de l’homme : « je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs ».
Jésus nous apprend qu’il est venu restaurer, guérir l’humanité spirituellement malade. Et dans Mt 12, 7 : «
Si vous avez compris ce que signifie : c’est la miséricorde que je veux, et
non le sacrifice », vous n’auriez pas condamné des gens qui sont sans
faute ».
Ces
deux textes nous montrent combien nous sommes loin d’être des instruments de
la réconciliation, de la miséricorde. La tendance pour nous c’est
d’enfoncer celui qui a besoin d’être relevé, d’être soutenu et nous
nous fermons nous-mêmes au pardon de Dieu. Nous nous réjouissons facilement du
malheur de l’autre, de celui qui tombe au lieu de le tenir par la main, comme
le Christ, et de l’aider à s’en sortir.
Si nous
voulons gagner le prix de miséricorde promis aux miséricordieux, la parole de Dieu nous indique le modèle qui doit nous inspirer. C’est Dieu
lui-même qui a pour trait caractéristique : amour fidèle et miséricordieux.
Dieu est riche en miséricorde, bien disposé en faveur de l’homme pécheur.
Cette manière d’être de Dieu nous pousse à ne jamais négliger quiconque,
à avoir le dialogue avec la sœur, le frère, ami ou ennemi. Dieu nous pousse
à imiter son exemple : « soyez
miséricordieux comme votre père céleste est miséricordieux ; aimez vos
ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous
maudissent, priez pour ceux qui vous diffament ». Montrez-vous
compatissants comme votre père est compatissant.
Jésus
lui-même a imité le Père. Il est le modèle suprême de la miséricorde.
D’abord et avant tout sur la croix : «
Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font ». Au Larron, il donne cette assurance : «
en vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis »
(Lc 23, 43). A la lumière de cette manière d’être de Dieu et de son
Fils, faisons un exercice d’introspection, examinons- nous en présence du
Seigneur et soyons vrais avec nous-mêmes pour reconnaitre combien cela nous coûte
de faire le premier pas dans le processus de la réconciliation avec celui ou
celle qui nous offense. Comment cette dimension de miséricorde est-elle réellement
vécue dans ma vie ?
« Heureux
ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés »
Autrement
dit : heureux ceux qui désirent vivre comme Dieu le demande car Dieu le
leur accorde pleinement[4].
Il existe différentes Justices : Justice
de Dieu (c’est le salut final que Dieu offre à l’homme), Justice
de l’homme (ce sont ses bonnes œuvres, la soumission aux lois, les aumônes,
la sainteté morale ; c’est tout simplement l’accomplissement de la
volonté de Dieu) ; et Justice
sociale (ce sont les relations justes, la solidarité, la charité etc.). Être
rassasié, c’est entrer dans l’éternité car on n’est plus dans le
besoin. Mais pour être rassasié, il faut d’abord avoir faim et soif de la
vraie justice qu’est JESUS-CHRIST, donc la parole de DIEU. En clair, heureux
ceux qui ont faim et soif de JESUS-CHRIST, car il est écrit celui qui boira de
mon sang n’aura plus jamais soif, celui qui mangera de mon corps n’aura plus jamais faim (cf. Jn 6, 54). C’est
donc l’accomplissement de cette
parole.
Heureux
ceux qui ont faim et soif dela justice veut aussi dire faim et soif de la volonté de Dieu. « Ma nourriture, celle qui permette
l’épanouissement de ma vie, ce n’est pas ma volonté propre, mais celle de
Dieu ». Chacun de nous est appelé à ressentir la faim et la soif de la volonté
de Dieu, afin que s’accomplisse tout ce que le Seigneur estime bon et juste
dans notre Afrique, dans nos cœurs et les cœurs de chacun des enfants de nos
pays. Que nous ayons donc aussi le pain matériel, mais surtout la vérité et
la justice en tous domaines pour qu’advienne le règne de Dieu et de son
amour.
Comment
concrètement vivre cette béatitude, être au service de la Justice dans notre
société ? La faim et soif de justice nous fait aussi mortifier pour partager
avec nos frères et sœurs qui ont faim et soif de pain et de boisson. Nous nous
sentons réellement solidaires les uns pour les autres lorsque nous faisons nôtres
les joies et les soucis, les espoirs et les aspirations de notre peuple, lorsque
nous sommes là où le peuple de Dieu a besoin de nous. La prière de notre Père
peut nous aider aussi à obtenir la faim et la soif de la justice, de la volonté
de Dieu : « que ta volonté soit faite
sur la terre comme au ciel ». Comme la Vierge Marie, Mère de Dieu et Notre
Mère, redire chaque jour : « Je suis la
servante du Seigneur, que tout se passe pour moi selon ta parole ».
Pratiquer
la justice, c’est être exposé aux persécutions
Jésus
dit : « Heureux les persécutés pour la
justice car le Royaume des cieux est à eux ». Le persécuté pour la
justice est celui qui pratique la justice et se soumet, avec une humilité
confiante, à la volonté de Dieu ; celui qui embrasse la croix pour
qu’advienne le règne de Dieu, règne de justice, de fraternité, et ne met
pas au-dessus de tout les approbations et les applaudissements. Rien ne porte à
la joie dans la persécution, mais l’Esprit Saint peut transformer ces paroles
en termes concrets de vie pour chacun de nous. C’est le chemin que Jésus
lui-même a pris pour nous donner la vie, c’est le chemin que tous les apôtres
de Jésus ont suivi, et tant d’autres baptisés qui ont donné leur vie pour
le Christ et pour les autres. C’est le chemin que plusieurs de nos confrères
et consœurs dans la foi prennent pour défendre la cause des enfants de ce
continent. Ceux qui n’acceptent pas que l’homme soit réduit à un objet, à
une bête et qui protestent finissent toujours par y laisser leur peau. La liste
est longue surtout à l’Est de la RDC. L’Evêque de Bukavu n’ a pas pu
aller jusqu’au bout du synode parce que des prêtres étaient persécutés
dans son diocèse.
Ceux et
celles qui acceptent aujourd’hui de marcher sur les pas du Christ doivent
imiter le Christ, suivre le chemin que lui-même a suivi. Lui -même est avec
nous aujourd’hui, demain et toujours, il nous accompagne sur ce chemin qui
conduit à la plénitude de cette vie qu’il nous a apportée. Mais quand on
est dans le Seigneur, on est forcément persécuté. En effet, les gens du monde
nous outragent à cause de son nom. « Je
vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous
aurez à souffrir. Mais gardez courage ! J’ai vaincu le monde “ (Jn 16, 33) ;
« Je leur ai donné ta parole et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont
pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Je ne te prie pas de les
enlever du monde, mais de les garder du Mauvais » (Jn 17 : 14-15). Mais en
nous persécutant, ils sont en train de nous bénir (cf. Rm 8, 17).
« Heureux
les artisans depaix, ils seront appelés fils de Dieu »
Heureux
ceux qui savent faire cesser les vieilles rancunes, ceux qui ne prêtent ni leur
langue ni leurs oreilles à toutes les médisances, ceux qui ne désespèrent
pas de rendre le monde plus fraternel : ils font honneur au Créateur ! Heureux
ceux qui, dans les conflits, ne jugent pas déshonorant de chercher à
comprendre le point de vue de l’autre et de prendre le risque de passer pour
faible en esquissant un geste de réconciliation ! Ceux-là seuls méritent en
effet le nom de frères qui essaient de construire la paix[5] !
Ceux
qui sont proclamés Bienheureux, sont ceux qui se mettent au service de la paix,
et non ceux qui vivent en bon terme avec tout le monde, ceux qui acceptent le
dialogue comme voie et instrument de la paix. Dialogue sans frontière entre
races et peuples ; dialogue qui accepte l’autre par une attitude qui sait le
reconnaître, l’estimer, l’aider, le servir ; dialogue qui conteste
dictateur (despote) et oppresseur. C’est le défi de ne pas mettre à la première
place ce qui génère la violence, heureux serez-vous si vous savez apporter la
paix là où il y a dispute, là où des époux se déchirent, des amis sont
brouillés, là où il y a conflits entre parents et enfants, entre tribus,
entre races etc. Heureux es-tu si tu apportes la paix aux prisonniers, aux
malades, aux mal-aimés, aux laissés pour compte peut-être par une simple écoute
et une compréhension. Il n y en a pas de plus grand service à rendre à nos frères. « Je vous donne ma paix, pas comme le monde la donne ».
Quand
on est enfant de Dieu, on n’est pas à l’aise là où il y a des querelles.
Un enfant de Dieu aime la paix, car le Seigneur lui-même est appelé Prince de
la Paix. Cette paix doit être accompagnée de beaucoup d’amour[6].
On accomplit ainsi la volonté de
DIEU. Si nous procurons la paix, nous sommes à son image, c’est pour cela
qu’il est écrit, « vous êtes le
sel de la terre ; vous êtes la lumière du monde ».
Concluons
notre partage avec cette réflexion sur le bonheur
« Si
tu ne trouves pas le bonheur, c’est peut-être que tu le cherches ailleurs...
Ailleurs que dans tes souliers. Ailleurs que dans (ton foyer), ta communauté.
Selon toi, les autres sont plus heureux. Mais, toi, tu ne vis pas chez eux. Tu
oublies que chacun a ses tracas. Tu n’aimerais sûrement pas mieux leur cas.
Comment peux-tu aimer la vie si ton cœur est plein d’envie, si tu ne
t’aimes pas, si tu ne t’acceptes pas ? Le plus grand obstacle au bonheur,
sans doute, c’est de rêver d’un bonheur trop grand. Sache cueillir le
bonheur au compte-gouttes : ce sont de toutes petites qui font les océans.
Ne
cherche pas le bonheur dans tes souvenirs. Ne le cherche pas non plus dans
l’avenir. Cherche le bonheur dans le présent. C’est là et là seulement
qu’il t’attend. Le bonheur, ce n’est pas un objet que tu peux trouver
quelque part hors de toi. Le bonheur, ce n’est qu’un projet qui part de toi
et se réalise en toi. Il n’existe pas de marchands de bonheur. Il n’existe
pas de machines à bonheur. Il existe des gens qui croient au bonheur. Ce sont
ces gens qui font eux-mêmes leur bonheur. Si, dans ton miroir, ta figure te déplaît,
à quoi te sert de briser ton reflet ? Ce n’est pas ton miroir qu’il faut
casser. C’est toi qu’il faut changer ![7] »
De son
côté, Saint François d’Assise nous a laissé une prière semblable aux Béatitudes,
au chemin qui conduit au vrai bonheur.
« Seigneur,
fais de moi un instrument de paix. Là où est la haine, que je mette l’amour.
Là où est l’offense, que je mette le pardon. Là où est la discorde, que je
mette l’union. Là où est l’erreur, que je mette la vérité. Là où est
le désespoir que je mette l’espérance. Là où sont les ténèbres, que je
mette la lumière. Là où est la tristesse, que je mette la joie. Fais que je
ne cherche pas tant : à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à
comprendre, à être aimé qu’à aimer. Car c’est en donnant qu’on reçoit
; c’est en s’oubliant soi-même que l’on se trouve ; c’est en pardonnant
que l’on est pardonné ; c’est en mourant que l’on ressuscite à la vie éternelle.
AMEN »
Sr
Charlotte Matendo, fdp
[1] Intervention du Professeur
Martin Nkafu Nkemnkia au séminaire « Réconciliation,
justice et paix en Afrique », organisé à l’occasion de la IIe
Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des évêques.
[2] Conclusion du message final du Synode pour l’Afrique (4-25 octobre2009)
[3] Cf. Une lecture possible des Béatitudes de Philippe LOUVEAU, 2005
[4] Ibid.
[5] Ibid.
[6] Cf. www.cmcfrance-cam.ifrance.com/page6.html -, Les Béatitudes
[7] Voir Charles-Eugène PLOURDE, Une lumière sur mes pas,
Trois-Rivières 2003.
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24 août 2007 - Site perso de jbmusumbi, o.m.i. - Merci de vos
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