Un acteur qui explose vite, mais pas n’importe comment
En 2020, quand ÉtÉ 85 de François Ozon sort en salles, il réunit près de 300 000 entrées en France malgré le contexte sanitaire. Le film ne casse pas le box-office, mais un visage reste en tête des spectateurs : celui de Benjamin Voisin, alors 23 ans, qui décroche dans la foulée une nomination au César du meilleur espoir masculin et le Prix Lumière de la révélation masculine pour ce rôle et celui de La Dernière Vie de Simon.
Né le 14 décembre 1996 à Paris selon AlloCiné et IMDb, formé au Cours Florent puis au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, il ne sort pas de nulle part. Il passe par la télévision, des seconds rôles, quelques téléfilms, avant de plonger dans un cinéma très écrit, souvent tiré de la littérature, avec un goût assez clair pour les personnages extrêmes. En 2022, il rafle le César du meilleur espoir masculin pour Illusions perdues de Xavier Giannoli, adaptation balzacienne qui dépasse le million d’entrées en France. Là, on comprend que ce n’est pas juste un visage de casting : c’est un acteur qui assume le grand écart entre romanesque, noirceur et films plus “grand public”.
La suite le confirme : rôle-titre dans L’Étranger adapté de Camus par Ozon, biopic de Antonin Carême pour une série télé, projets internationaux recensés sur IMDb, passages par l’Angleterre avec The Happy Prince. On parle beaucoup des “nouveaux jeunes premiers” français, entre Timothée Chalamet expatrié et Paul Kircher qui monte, mais dans le cas de Benjamin Voisin, la filmo montre surtout un truc simple : il aime les personnages qui brûlent les étapes, qui se mettent en danger, et il aligne déjà plus d’une quinzaine de projets cinéma et séries avant 30 ans.
Les grandes dates de sa filmographie : du téléfilm au rôle principal
Pour comprendre le trajet, il faut regarder les années dans l’ordre, pas juste les trophées. AlloCiné et Wikipedia listent sa carrière depuis 2016, avec une montée en puissance assez nette.
| Année | Œuvre | Type | Rôle |
|---|---|---|---|
| 2016 | Emma (mini-série) | Série TV | Mathieu Fournier |
| 2016 | La Mort dans l’âme | Téléfilm | Alex Lagnier |
| 2017 | Bonne pomme (Florence Quentin) | Film | Thomas |
| 2018 | The Happy Prince (Rupert Everett) | Film | Jean |
| 2018 | Je sais tomber | TV / téléfilm | Kevin |
| 2018 | Fiertés (saison 1) | Mini-série | Victor, 17 ans |
| 2019 | La Dernière Vie de Simon | Film | Simon |
| 2020 | ÉtÉ 85 | Film | David Gorman |
| 2020 | Un vrai bonhomme | Film | Léo |
| 2021 | Illusions perdues | Film | Lucien de Rubempré |
| 2021 | Le Bal des folles | Film / Prime Video | Théophile Cléry |
| 2022 | En roue libre | Film | Paul |
| 2023 | Les Âmes sœurs | Film | David Fabert |
| 2024 | L’Esprit Coubertin | Film | Paul Bosquet |
| 2024 | Jouer avec le feu | Film | Fus |
| 2025 | L’Étranger (François Ozon) | Film | Meursault |
| 2025 | Carême (saison 1) | Série | Antonin Carême |
| 2025 | Gucci, luxe, drame & volupté | Docu / film | Narrateur |
On voit deux choses. D’un côté, un gros socle ciné d’auteur français, avec des cinéastes comme François Ozon, Xavier Giannoli, Mélanie Laurent, des projets labellisés festivals, récompenses, prix techniques. De l’autre, une présence continue en séries ou téléfilms, qui démarre tôt et qui revient aujourd’hui via des projets comme Carême, annoncée pour la télévision avec Martin Bourboulon</strong à la réalisation.
Sur Apple TV ou Mubi, les fiches “films et séries avec Benjamin Voisin” tournent autour des mêmes titres : L’Étranger, Jouer avec le feu, Illusions perdues, Le Bal des folles, ÉtÉ 85, En roue libre, L’Esprit Coubertin, La Dernière Vie de Simon. On a donc déjà une base solide pour un acteur de moins de 30 ans. Pas besoin d’enjoliver, c’est factuel.
Les séries TV : Fiertés, Emma, Carême… un terrain d’essai très politique
Avant les grandes affiches de cinéma, Benjamin Voisin passe par des formats TV très différents. Pas juste pour payer le loyer, mais parce que ces projets posent déjà les thèmes qu’il va creuser ensuite au cinéma : identité, classe sociale, corps malmenés, sexualité, héritage familial.
Emma (2016) : la case série policière France TV
En 2016, il apparaît dans Emma, mini-série diffusée sur France 2, réalisée par Alfred Lot. Il y joue Mathieu Fournier. La série repose sur une héroïne flic dotée d’une intelligence artificielle implantée dans le cerveau, variation très française du buddy cop futuriste. Le jeune acteur intervient dans un univers de prime-time, format 52 minutes, structure très carrée. Rien de révolutionnaire, mais un passage obligé pour un comédien qui commence.
Fiertés (2018) : la vraie première claque
En 2018, il tourne dans Fiertés, mini-série de Philippe Faucon, coproduite par Arte et revendue sur plusieurs territoires. Il interprète Victor à 17 ans, dans la première partie, située dans les années 80. La série suit l’évolution des droits LGBTQ+ en France sur trois décennies, avec trois épisodes, trois époques, trois acteurs pour incarner le même personnage à différents âges.
Dans le rôle de Victor adolescent, Benjamin Voisin porte tout un pan du récit sur son corps : l’éveil du désir, la honte sociale, la violence familiale, la découverte d’un militantisme naissant. C’est déjà un rôle de “jeune premier” mais perverti, avec un mélange de fragilité et de raideur. Pour beaucoup de spectateurs, c’est là que son nom claque pour la première fois. Et ce n’est pas anodin que ce soit dans une série engagée, qui parle de loi, de mariage pour tous, de sida, plutôt que dans une bluette.
Carême (2025) : le biopic de chef pâtissier en série
Fiche Wikipedia et AlloCiné le confirment : Benjamin Voisin tient le rôle principal de Carême, série annoncée pour 2025, réalisée par Martin Bourboulon (Eiffel, Les Trois Mousquetaires). Il y joue Antonin Carême, figure historique de la gastronomie française, considéré comme l’un des premiers “chefs” modernes, au début du XIXe siècle.

On reste dans quelque chose de très français : biopic en costumes, obsession du travail, ascension sociale par le talent, et grosse place accordée à la mise en scène des corps au travail. Bourboulon aime les grosses reconstitutions, les mouvements de caméra amples, les décors spectaculaires. Voisin, lui, arrive avec son goût pour les personnages explosifs, souvent en lutte avec le milieu qui les entoure. Sur le papier, ce genre de série peut très bien parler aux spectateurs qui ont apprécié les séries incontournables voyage temps type Dark ou 12 Monkeys, car Carême joue avec l’histoire, la construction d’une légende, même si on ne parle pas ici de science-fiction mais de chronologie sociale et culinaire. On surveillera de près la réception critique quand les épisodes arriveront chez les diffuseurs, probablement en parallèle des nouvelles sorties juillet Netflix et consorts qui saturent le marché.
ÉtÉ 85 : le film qui l’installe pour de bon
Sorti en France en juillet 2020, ÉtÉ 85 est adapté d’un roman d’Aidan Chambers, “La Danse du coucou”. François Ozon cast deux jeunes acteurs : Benjamin Voisin en David, blond solaire, et Félix Lefebvre en Alex, narrateur de l’histoire. L’un séduit, l’autre regarde. L’un domine, l’autre subit. On est dans une romance queer, mais le film prend rapidement un virage macabre.
Voisin y incarne un garçon fascinant et dangereux, sorte de fantasme adolescent qui ne sait pas gérer la puissance qu’il a sur les autres. L’acteur joue beaucoup avec son corps, le sourire carnassier, le regard qui se durcit, la brutalité des ruptures. Le film est tourné en 16 mm, avec une lumière très contrastée, ce qui donne à son visage une texture granuleuse, presque archaïque, loin de l’image lisse de séries pour ados type Elite.
Le film réalise un score modeste au box-office (moins de 300 000 entrées France) mais sa carrière en festivals, sa sortie internationale et sa présence sur les plateformes le rendent très visible. Il est sélectionné au label Cannes 2020, projeté à Deauville, nommé à plusieurs César. Benjamin Voisin reçoit une nomination au César du meilleur espoir masculin pour Été 85, et apparaît dans la presse anglo-saxonne, Variety, Screen, comme “one of the most promising young French actors”. Pour un spectateur qui veut découvrir l’acteur, c’est clairement un film à voir en premier, avant de creuser plus loin.
Illusions perdues : le rôle-monstre et le César du meilleur espoir
Illusions perdues, sorti en 2021, adapte Balzac avec une ambition rare pour le cinéma français récent : budgets conséquents, casting XXL (Cécile de France, Xavier Dolan, Gérard Depardieu, Jeanne Balibar, Vincent Lacoste), reconstitution de la presse du XIXe siècle, réflexion sur la manipulation médiatique qui choque par sa pertinence en 2021, en pleine épidémie de fake news.
Benjamin Voisin y joue Lucien de Rubempré, jeune poète provincial qui monte à Paris, se brûle à la mondanité, au journalisme, à l’argent. Le personnage demande une palette énorme : naïveté, ambition dévorante, lâcheté, désir, humiliation. Giannoli filme beaucoup en gros plans, collé au visage de Voisin, qui doit tenir la durée sur plus de 2 heures trente. Ses changements d’états sont brutaux, parfois volontairement outrés, collant bien au ton balzacien.
Le film dépasse le million d’entrées en France, ce qui, pour une adaptation littéraire de cette ampleur, n’a rien d’anodin. Aux César 2022, il rafle 7 statuettes, dont meilleur film et meilleure adaptation. Benjamin Voisin reçoit le César du meilleur espoir masculin. À ce moment précis, il sort du statut “prometteur” pour entrer dans la short list d’acteurs que tout le monde veut caster sur les gros projets d’auteur.
Pour les cinéphiles qui veulent tracer un parallèle, on peut voir dans ce rôle une énergie proche de ce que DiCaprio donne dans The Wolf of Wall Street ou de ce que Garrel fils joue dans La Jalousie. Pas dans la forme, ni dans le style de jeu, mais dans cette trajectoire de type “ascension-chute”, où le visage de l’acteur devient presque un terrain de guerre. C’est là que la carrière de Voisin bascule pour de bon.
Les films moins exposés mais révélateurs : La Dernière Vie de Simon, En roue libre, Les Âmes sœurs
Si on s’arrête à ÉtÉ 85 et Illusions perdues, on rate une grande partie de ce qui fait le sel de sa filmographie. Le gars ne choisit pas que les “grands films à César”. Il tourne aussi des choses plus petites, parfois bancales, parfois surprenantes, où son jeu s’affûte.
La Dernière Vie de Simon (2019)
Réalisé par Léo Karmann, La Dernière Vie de Simon sort en 2020 juste avant la pandémie. Le film mélange conte fantastique et drame familial, avec un pitch assez casse-gueule : un garçon orphelin, Simon, a la capacité de prendre l’apparence des autres. Benjamin Voisin incarne Simon plus âgé. On navigue entre film pour ados, fable métaphysique, récit d’identité troublée.
Côté jeu, Voisin doit composer un personnage qui n’est jamais vraiment “à sa place”, toujours coincé entre le visage qu’il porte et celui qu’il pense avoir. Ce n’est pas le film le plus réussi de sa filmo, mais c’est un laboratoire intéressant autour du thème du masque et de la mue, qu’il retrouvera de manière plus frontale dans Illusions perdues et L’Étranger.

En roue libre (2022)
En roue libre de Didier Barcelo rassemble Marina Foïs et Benjamin Voisin dans une comédie assez singulière : une femme victime de crise d’angoisse se retrouve incapable de sortir de sa voiture, et un petit délinquant tente de la braquer. Voisin joue Paul, ce braqueur coincé dans un huis clos sur quatre roues.
On s’éloigne du drame historique et de la fresque littéraire. Le film joue sur le comique de situation, l’alchimie entre les deux acteurs, et un ton doux-amer. L’acteur y montre un versant plus léger, sans pour autant lâcher son goût pour les personnages un peu paumés, pris dans un engrenage qu’ils ne contrôlent pas. C’est le type de film qu’on risque de retrouver en bonne place dans des listes de rédactions du style “top films séries emma” centrées sur des acteurs en vue, parce qu’il montre une autre facette du jeu.
Les Âmes sœurs (2023)
Les Âmes sœurs, réalisé par André Téchiné et coécrit avec Cédric Anger, sort en 2023. Benjamin Voisin y incarne David Fabert, un militaire traumatisé par une attaque au Mali, qui revient chez lui dans les Pyrénées, amnésique. Le film aborde la question des blessures de guerre, de la mémoire défaillante, des liens familiaux. Téchiné, qu’on ne présente plus, filme le corps de Voisin comme un corps blessé, désorienté, souvent filmé en contre-jour dans la montagne, silhouette fragile.
Ce projet confirme l’attirance de l’acteur pour les personnages borderline, à la fois victimes et potentiellement violents. La critique française se montre partagée sur le film, jugé parfois trop schématique sur la question du djihadisme. Mais le jeu de Voisin ressort dans beaucoup de papiers comme l’élément le plus vivant de l’ensemble.
L’Étranger : Meursault, la prise de risque maximale
Annoncé par AlloCiné, Apple TV et Mubi, L’Étranger de François Ozon adapte le roman d’Albert Camus, avec Benjamin Voisin en Meursault. Ozon avait déjà choisi Voisin pour ÉtÉ 85, il lui confie ici un personnage-mythologie de la littérature du XXe siècle, avec tout ce que ça implique de projections critiques et de polémiques potentielles.
Le film sort à l’automne 2025 en France. La promo s’organise autour du duo Ozon/Voisin. Dans une interview vidéo pour AlloCiné, on l’entend dire que “le cinéma peut changer des vies”. Le film assume une transposition partielle, mais conserve la question centrale de Meursault : un homme qui tue sur une plage, qui ne joue pas le jeu social au procès, et qui se retrouve condamné moins pour son crime que pour son absence de “bonne” émotion.
Jouer Meursault, c’est accepter de passer pour un salaud, un lâche, un être désaffecté. Voisin choisit une interprétation tendue, avec un visage fermé, une diction parfois presque blanche. Ozon désamorce certains enjeux coloniaux par la mise en scène, choix qui ne fait pas l’unanimité chez les camusiens, mais la prestation de Voisin intrigue. L’acteur se retrouve à la croisée d’un texte culte étudié au lycée, de débats sur le colonialisme, et d’un cinéma d’auteur grand public. On n’est plus dans la simple “ascension d’un jeune acteur” à ce stade, mais dans une prise de risque qui peut déplaire. Et c’est plutôt bon signe pour la suite de sa carrière.
Le Bal des folles, Jouer avec le feu, L’Esprit Coubertin : les variations autour du corps
Au-delà des grands titres déjà cités, plusieurs films où il apparaît tournent autour d’un motif récurrent : le corps contraint, verrouillé, observé.
Le Bal des folles (2021)
Le Bal des folles est réalisé par Mélanie Laurent pour Amazon Prime Video, librement adapté du roman de Victoria Mas. L’action se déroule à la fin du XIXe siècle à la Salpêtrière, célèbre hôpital psychiatrique parisien où le professeur Charcot exhibe ses patientes dans des “bals” mondains. Benjamin Voisin joue Théophile Cléry. La critique a beaucoup commenté le regard que le film porte sur le corps féminin enfermé, hystérisé, contrôlé par le médical.
En tant qu’acteur masculin dans ce récit, Voisin se trouve du côté de ceux qui regardent ou qui manipulent, rarement du côté des victimes directes. Ça rejoint une dimension de sa filmo : il occupe souvent la position de pouvoir symbolique, même quand son personnage reste fragile, et ce pouvoir se traduit dans le rapport aux corps des autres.
Jouer avec le feu (2024)
Jouer avec le feu figure dans les listings 2024 de sa filmographie sur AlloCiné et IMDb, avec un rôle nommé Fus. Le film s’inscrit dans la veine de drames français contemporains proches du terrain, avec un angle sur la radicalisation ou les tensions politiques, si l’on en croit les premiers matériaux promo. Canal+ a d’ailleurs relayé un extrait où la “part sombre” de Benjamin Voisin est mise en avant, dans un registre beaucoup plus violent.

Ce genre de projet, rattaché à une actualité brûlante, flirte avec le film-dossier. Le risque : tomber dans le didactisme. L’intérêt : pousser l’acteur à travailler un registre brutal, presque menaçant, loin du romantisme d’ÉtÉ 85. Pour un spectateur qui suit Voisin film après film, Jouer avec le feu ajoute une pierre dans la construction de ce “jeune homme dangereux” qui traverse sa filmo.
L’Esprit Coubertin (2024)
L’Esprit Coubertin, réalisé par Jérémie Sein, gravite autour du sport, de la compétition, des valeurs olympiques revisitées à la sauce française. Benjamin Voisin y joue Paul Bosquet. On ne parle pas d’un biopic sec sur Pierre de Coubertin, mais d’une comédie dramatique qui utilise le sport comme révélateur de tensions sociales et générationnelles.
La sortie du film arrive en plein moment de saturation médiatique autour des JO et de leur storytelling. Le titre joue sur l’expression “avoir l’esprit Coubertin” (perdre avec le sourire). On imagine assez bien Voisin en jeune homme qui refuse d’avoir cet “esprit”, qui veut gagner ou tout perdre. Sur ce registre, le film s’inscrit en contrechamp des contenus plus lisses que les plateformes mettent en avant. Un spectateur qui se balade entre les nouvelles sorties juillet Netflix mises en avant par la plateforme et ce genre de ciné français un peu vachard sent tout de suite la différence de ton.
Gucci, narrateur, et le jeu avec les marques et les plateformes
AlloCiné liste dans la filmographie récente de Benjamin Voisin un projet intitulé Gucci, luxe, drame & volupté, où il est crédité comme narrateur. On parle ici d’un film hybride, entre documentaire et fiction, qui s’inscrit dans la vague des contenus sur les grandes maisons de luxe, leurs scandales, leurs héritages. Après House of Gucci de Ridley Scott, c’est presque logique de voir d’autres projets se pencher sur la même marque à travers un regard français.
Le rôle de narrateur, voix off, demande un autre rapport au jeu. L’acteur n’apparaît pas forcément à l’image, mais il porte le rythme, la couleur du récit. Sa voix, déjà très sollicitée dans Illusions perdues par les dialogues fleuves, devient ici l’outil principal. Pour un acteur de sa génération, accepter ce genre de projet montre une ouverture à d’autres formats, plus proches de la série documentaire que du long métrage classique.
Sur Apple TV, Mubi, Canal+ ou Netflix, ce type de contenu s’insère dans des catalogues où le spectateur navigue en permanence entre fiction et docu. Les rédactions qui s’amusent à faire des “top films séries emma” autour d’Emma Mackey, par exemple, intègrent parfois ce genre de projets hybrides pour capter l’attention. Il n’y a aucune raison que Voisin échappe à la même logique de mise en avant à moyen terme.
Comparaison avec la nouvelle génération : un profil à part
Si on compare la trajectoire de Benjamin Voisin à celle d’autres acteurs de sa génération, un truc saute aux yeux. Là où certains misent d’abord sur les séries ados internationales, puis sur des franchises, lui commence par des téléfilms français, passe par Arte, et se retrouve rapidement chez Ozon, Giannoli, Téchiné. C’est un chemin plus “cinéphile”, avec des films qui visent les festivals, les César, plus que la trending page d’une plateforme.
Un spectateur habitué aux séries incontournables voyage temps ou aux grands shows US qui atterrissent dans les nouvelles sorties juillet Netflix peut être surpris par ce type de parcours. Mais l’effet est clair : à moins de 30 ans, Voisin a déjà ancré son visage dans une histoire du cinéma français qui regarde vers Balzac, Camus, la psychiatrie du XIXe siècle, la guerre au Mali. C’est un choix risqué. On le voit mal basculer demain dans une comédie romantique insipide tournées en trois semaines autour de la Tour Eiffel. Et tant mieux.
On peut aussi le rapprocher de l’autre jeunesse du cinéma anglophone. Quand on voit comment une Emma Mackey navigue entre Sex Education, Eiffel, Barbie, on comprend pourquoi les rédactions font des “top films séries emma” pour cartographier cette trajectoire. La même logique s’applique à Voisin : s’il continue à aligner films d’auteur costauds et projets plus exposés, on n’échappera pas aux listes “indispensables” à son sujet. On aura au moins le plaisir de pouvoir dire qu’on le suivait déjà à l’époque de Fiertés.
Comment regarder aujourd’hui les films et séries avec Benjamin Voisin
Pour un cinéphile qui veut vraiment se farcir l’intégrale Voisin, la question pratique se pose : on les trouve où, ces films et ces séries ? Sans donner de liens directs, on peut cartographier les diffuseurs.
- ÉtÉ 85 et L’Étranger circulent chez les plateformes qui misent sur le cinéma d’auteur européen. Les programmations de Mubi, Canal+ ou Filmo les mettent souvent en avant, en pack avec d’autres films d’Ozon.
- Illusions perdues est passé à la télévision sur Canal+ et sur des chaînes gratuites, et se trouve en VOD et Blu-ray. Vu son succès en salles et ses 7 César, il reste un titre phare du catalogue récent.
- Le Bal des folles est une exclu Prime Video. Il fait partie des premiers gros films français produits directement pour la plateforme, ce qui le rend très accessible pour les abonnés.
- Fiertés et Emma appartiennent aux archives de France Télévisions et Arte. Ces groupes recyclent souvent leurs mini-séries sur leurs plateformes maison (France.tv, Arte.tv) avec des fenêtres de disponibilité limitées.
- La Dernière Vie de Simon, En roue libre, Les Âmes sœurs, L’Esprit Coubertin circulent en VOD, parfois en SVOD selon les deals. On les voit surgir, disparaître, revenir, suivant les cycles d’acquisition, exactement comme beaucoup de titres france dans les “nouvelles sorties juillet Netflix” ou d’autres mois.
Pour les prochains projets, type Carême ou Gucci, luxe, drame & volupté, le plus simple reste de surveiller les annonces des plateformes et les calendriers de sorties. On vit une époque où un acteur comme Voisin peut passer d’un film de festival à un docu luxe sur une même année, sans que ça choque personne. Tant que le rôle a du relief, il y va.
Une carrière déjà très lisible, et encore en rodage
Si on résume, la filmographie de Benjamin Voisin tient sur quelques axes clairs. Il aime les adaptations littéraires lourdes, type Illusions perdues ou L’Étranger, où le personnage porte sur lui tout un système social. Il revient souvent vers des histoires de corps en crise : trauma de guerre dans Les Âmes sœurs, enfermement psychiatrique périphérique dans Le Bal des folles, captivité dans une voiture dans En roue libre, pouvoirs fantastiques dans La Dernière Vie de Simon. Il ne fuit pas les sujets politiques : Fiertés pour l’histoire des droits LGBTQ+, Jouer avec le feu du côté de la radicalisation, L’Esprit Coubertin sur le sport et ses arrière-cuisines.
On peut considérer qu’il joue souvent la même famille de personnages : des jeunes hommes qui veulent monter, qui se heurtent au réel, qui finissent cabossés. Parfois c’est très écrit, Balzac-style, parfois c’est plus brut. Ça peut agacer ceux qui rêveraient de le voir dans un registre plus comique ou plus trivial, mais pour l’instant, la cohérence est là. Il préfère visiblement se prendre des rôles en pleine tronche plutôt que d’aligner les comédies tièdes. On ne va pas s’en plaindre.
Pour un lecteur qui a déjà épluché stallone révèle origine nom ou des papiers sur les trajectoires d’acteurs iconiques, il y a quelque chose de familier dans ce qu’il construit : un mélange de destin fabriqué par l’industrie et de choix assez radicaux, surtout au début. Personne ne sait où ça mènera Benjamin Voisin dans dix ans. Mais si on regarde simplement les films et séries déjà tournés, il a déjà posé un territoire très identifiable. C’est suffisant pour qu’on continue à regarder son nom sur les affiches avec une curiosité qui ne faiblit pas.
