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Défis de la vie consacrée à l’ère de la mondialisation

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3. Pertinence de la vie consacrée à l’ère de la mondialisation

La nécessité s’avère forte, à l’heure de la mondialisation, de redécouvrir, face aux drames de la montée de contradictions sociales, spirituelles, politiques, économiques et culturelles, des lignes de pensée, de stratégie et d’action qui tendent à redonner son sens humain à tout homme. Et ce sens à redécouvrir c’est le développement de tout l’homme et de tous les hommes, appelant ainsi à une solidarité mondiale qui apparaît comme le versant éthique faisant défaut à la réalité de la mondialisation.

En termes clairs, il s’agit pour la vie consacrée de lutter, tant que faire se peut, pour une mondialisation à visage humain, celle qui fait découvrir en même temps le visage prophétique de la vie consacrée à travers des innovations propres à rendre compte de la sollicitude fraternelle des consacrés pour leurs frères humains asservis par des détresses de tout genre :

« Pour être crédible, pour être signe prophétique au sein de l’Eglise et de la société humaine, il faut être et se rendre visible, présent dans la vie quotidienne, dans la société qui nous entoure et qui crie ses besoins et ses détresses vers le ciel, et faire en même temps preuve d’inventivité et de créativité pour trouver des solutions de vie et de survie. Dans toutes ces situations les consacrés sont appelés à rendre un témoignage concret de leur appartenance au Christ et de leur sollicitude fraternelle pour leurs frères et sœurs. » [1]

Dans cette optique, les personnes consacrées travaillant avec d’autres frères et sœurs devront se montrer solidaires à l’égard de ces derniers quant aux exigences de la vie sociale actuelle. Il s’agit plus concrètement pour eux de tenir compte des conditions de vie souvent précaires dans lesquelles leurs frères et sœurs vivent en leur faisant preuve d’une grande sollicitude dans la charité.

Plus encore, c’est de cette façon que les consacrés exprimeront à leurs contemporains la proximité et la bonté de Dieu qui est une force que Dieu a posée en eux, pour les rendre capables de vaincre le pouvoir du mal et la souffrance qui afflige la majorité de leurs frères et sœurs. [2]

4. Nécessité d’une éthique mondiale

L’ampleur du phénomène de la mondialisation est pour les consacrés une invitation à se conformer à certaines règles et à certaines normes universelles qui concernent de manière spécifique la conduite de notre vie humaine. D’où la nécessité d’une prise de conscience éthique et une discipline qui favorisent l’éclosion de la vie humaine et sa destinée.

Or, une analyse lucide du phénomène de la mondialisation révèle à suffisance que celle-ci, loin d’œuvrer pour l’émergence de la solidarité, trouve son salut dans le repliement sur soi, symbole de l’égoïsme générateur de toutes les misères actuelles du monde :

« La mondialisation est souvent marquée par un égoïsme croissant, entre nations ou entre personnes. Les solidarités traditionnelles ont implosé. Aujourd’hui, pour être réellement efficace, la responsabilité de vaincre la misère et la violence doit devenir commune, mondiale. » [3]

D’autre part, Dieu étant un être universel et impartial, pourvoyeur du bien-être de tous, il devient absolument urgent pour les consacrés, dans le sillage du nouvel ordre mondial de développer une vision globale du monde en faveur d’un Dieu tout aussi universel :

« Hier comme aujourd’hui, dans une situation socioculturelle où la mondialisation est synonyme de marginalisation et de domination, les chrétiens, mus par l’Esprit de Jésus, proposent à leurs contemporains l’utopie de la fraternité universelle. Celle-ci est marquée par la justice distributive, le partage, le respect de chacun dans sa différence. »

5. Défi de spiritualité

C’est surtout au moment de crises et de mutations sociale, politique, économique, historique… que l’Esprit souffle le plus fort et inspire des projets audacieux de réformes des structures et d’engagement apostolique pour l’avènement du Règne de Dieu dans le monde. Il est vrai que les besoins de notre société et des peuples du  monde entier sont immenses. De partout, on fait appel à l’Eglise, à ses prêtres et aux hommes et femmes engagés.

L’un de ces besoins les plus urgents de notre monde s’avère être incontestablement celui de la prière qui, depuis la création du monde et à travers les siècles le moyen efficace par lequel Dieu se fait plus proche de l’homme et de toutes ses souffrances et ses joies. Et les personnes consacrées, pas plus que d’autres bien sûr, en devraient être des spécialistes. Et cela est d’autant plus vrai que l’opinion du peuple chrétien ordinaire ne cesse d’affirmer que les consacrés sont des personnes qui ‘prient’. Et à peine les rencontrent-ils qu’ils leur demandent de prier pour eux.

C’est tout aussi vrai qu’à plusieurs reprises dans l’histoire de la vie consacrée, il s’est toujours manifesté ce désir de vouloir cloisonner le consacré dans sa chapelle. A travers toutes les discussions y afférant, l’argument majeur a toujours été que ce qui correspond le mieux aux attitudes de la personne consacrée c’est la prière.

A l’heure de la mondialisation qui semble quelque peu basculer toutes ces attentes religieuses, les consacrés doivent affirmer davantage et avec force que l’expérience de Dieu, rien ne peut la remplacer. Et que sans vie de prière on serait aujourd’hui les premières victimes livrées à la merci de cette réalité aux dimensions planétaires qu’est la mondialisation.

Par conséquent, l’évangile doit trouver des nouvelles formules d’expression pour garder en veilleuse la dynamique de l’Esprit de Dieu :

« C’est dans cette exigence éthique que l’évangile se découvre comme la source d’une spiritualité à la hauteur de la mondialisation, comme une dynamique essentielle capable d’intégrer les exigences de l’Esprit de Dieu au cœur des réalités du monde, dans le but de construire une société eucharistique, dont l’énergie spirituelle ne peut être qu’une volonté de vivre la globalisation comme un souffle de bonheur partagé. »

C’est à faire advenir l’aurore d’une mondialisation spirituelle que les consacrés sont aujourd’hui invités. Et ce sera là pour eux le cœur de l’évangile à partir duquel la nouvelle évangélisation du monde en tant que réalité spatiale et globale devra commencer.

De cette manière, l’Eglise pour laquelle les consacrés oeuvrent pourra, elle aussi, se saisir comme une source d’initiative et d’inventivité, mais aussi des propositions nouvelles propres à enrichir les autres. D’héritière, elle pourra désormais devenir novatrice pour s’ouvrir davantage aux appels du monde et de l’Esprit. Ce sera également pour elle une manière d’œuvrer à son propre bénéfice à travers le perfectionnement de sa connaissance des Ecritures qui seront désormais une source de renouveau de l’être ensemble et de l’agir communautaire.

C’est finalement de cette façon que, sans se conformer foncièrement au monde, la vie consacrée pourra parler au sein du présent pour y faire écho de l’utopie et de l’exigence de Dieu pour les hommes de ce temps. C’est alors seulement qu’elle pourra renouveler l’intelligence qu’elle a des problèmes et des défis afin de devenir une église confiante en un Dieu qui vient à la rencontre des hommes.

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[1] De HAES R., Art. Cit., p. 60.

[2] Cf. Message du synode des évêques sur la vie religieuse, n° 8.

[3] POUCOUTA P., “Afrique, quelles alternatives à la mondialisation?”, in Spiritus, n° 166 (2002), p. 51.