Introduction
Confrontée aux mutations profondes que le phénomène de la mondialisation impose à notre Eglise aujourd’hui, la vie consacrée traverse une nouvelle étape de sa croissance spirituelle et de questionnement sur la pertinence de son message évangélique dans notre société actuelle. En effet, la vie consacrée bouge
au rythme d’intenses interrogations sur les nouvelles
orientations qu’elle est appelée à donner à son
action pour réaliser de manière plus efficace
sa mission au monde et en même temps assumer avec
courage et espérance sa longue marche vers son destin. Ces questions se présentent
aujourd’hui sous forme de défis auxquels la
vie consacrée doit faire face pour réussir à radicaliser
davantage son message de salut. En cette période
de mondialisation, ces défis, en partie résolus
chemin faisant, revêtent aujourd’hui des aspects
nouveaux qu’il convient d’appréhender
dans le sillage de la mondialisation et de la modernité. L’histoire du monde d’aujourd’hui,
qui s’incarne dans l’existence concrète
de tout homme, devient à l’ère de la
mondialisation un livre ouvert à la méditation
passionnée des religieux. La mondialisation, en
effet, est un défi qui atteint aujourd’hui
toutes les vocations en général et de manière
particulière la vie consacrée. En ce sens, l’avènement
de la mondialisation doit nous provoquer à une exigeante
révision de notre vie et de notre engagement, à une
remise en question de notre vécu religieux au cœur
du monde : « A la fin d’un millénaire
on cherche une perspective suffisamment claire pour évaluer
le passé aussi bien dans ses aspects honteux que
dans ses gloires, et pour prévoir l’avenir,
ses promesses et ses défis. Quel est le kaïros
de la vie consacrée, quelles sont les caractéristiques
de la métamorphose que ce moment requiert aussi
dans la vie consacrée ? »
[1]
En effet, les personnes consacrées
sont invitées à apporter leur contribution,
si modeste soit-elle, à l’accélération
de la conversion des mentalités et d’attitudes
qui rende réelle et stable la réforme des
structures économiques, sociales et politiques,
au service d’une vie en commun plus juste et plus
pacifique.
[2]
2.
La mondialisation, un appel à la
solidarité Le contact entre les hommes et la rencontre
des idéologies ou d’expériences des
peuples sont souvent considérés comme générateurs
de conflits et de tragédies, par les occasions qu’ils
offrent à ces différentes expériences
de s’entrechoquer. Le repli sur soi dans une vie
consacrée doit être aujourd’hui considéré comme
une perpétuation de l’instinct d’auto-conservation
et de pur égoïsme. Et une telle vision partiale
de la vie consacrée ne peut que percuter le désir
naturel de l’être humain, désir qui
le pousse au mouvement vers l’autre pour répondre
positivement aux appels du monde actuel. De manière plus concrète,
le souci d’ouverture se présente comme une
exigence pour la vie consacrée d’entamer une
nouvelle manière d’être au monde, laquelle
doit dès lors se fonder sur l’interdépendance
de l’espèce humaine ; car, comme on le
constate, le phénomène de la mondialisation
est une preuve que nul ne peut s’accomplir personnellement
au détriment de ses semblables. Notre Dieu se manifeste comme une générosité oeuvrant
pour le grand bénéfice des humains. Les consacrés à leur
tour doivent devenir des témoins vivants de ce Dieu
solidaire des hommes leurs semblables. Cette attitude sera
pour eux un signe éloquent de leur don aux autres. De cette manière, ils pourront être au monde des témoins d’un Dieu tellement solidaire aux hommes qu’il ne peut en aucun cas donner libre court aux divisions et disparités dans la société humaine. Les consacrés doivent donc, à l’ère de la mondialisation, « Etre des intendants responsables de la générosité que Dieu manifeste dans sa création. Ce qui implique pour nous le devoir d’être sensibles aux besoins des personnes à l’échelle de la planète. C’est donc une faute que de construire un ordre mondial qui aggrave les disparités entre les riches et les pauvres et qui permet aux privilégiés du monde de s’engraisser tandis que des millions d’êtres humains meurent de faim. » [3] Suite de l'article
[1]
De HAES R., “Le jubilé de l’an
2000 et la vie religieuse”, in Telema, n° 4
(2000), p. 56-57.
[2]
Cf. Lumen Gentium, 63.
[3]
AGNIVESH S., “Mondialisation: matérialisme
et spiritualité, deux paradigmes opposés »,
in Congo-Afrique, juin-juillet-août (1999),
p. 327. |