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Le phénomène de la mondialisation

(Obelemfu Oburf Arnold, svd)

Logone, Cameroun-Tchad

Introduction

Le phénomène de la mondialisation s’inscrit dans la dynamique même de l’existence humaine, laquelle engage à la fois la communauté et la rationalité. Cependant ce phénomène nous paraît être comme un couteau à double tranchant : à la fois il contribue à l’épanouissement des hommes et le rapprochement communautaire entre les peuples et l’émergence d’une solidarité mondiale ; à la mise en commun de la rationalité du  monde et de l’intercommunication planétaire qui fait que le monde soit de plus en plus un petit village uni. De l’autre côté, ce même phénomène qui se présente comme une chance et fruit de l’intelligibilité du monde moderne, semble détruire certaines valeurs culturelles et morales traditionnelles en l’enfermant dans un système des relations et d’échanges contraignants.

Approche définitionnelle

Le phénomène de la mondialisation est un vaste champ de recherche dont la définition est controverse et discutable, comme le souligne Zaki Laidi : « Il n’y a pas encore une définition canonique de la mondialisation […] il n’y en a pas de très satisfaisante dans la mesure où une définition fermée tend à mutiler les significations, tandis qu’une définition ouverte s’expose au risque de les diluer »[1].

Toutefois, disons avec Durand que la mondialisation est « un processus d’universalisation des échanges entre biens, valeurs, personnes. Elle est une circulation universelle et un « devenir monde » (…) C’est le dépassement du local et la transgression des frontières »[2]. Cette définition rejoint la pensée du cardinal Francis George dans son discours inaugural du premier congrès missionnaire américain. Il présente la mondialisation comme cette aspiration, ici sur terre, vers l’harmonie et l’unité telle qu’elle est perçue à partir de l’espace.

Les économistes conçoivent autrement la mondialisation. Pour eux, ce phénomène est le renforcement et l’élargissement des liaisons des économies et surtout des capitaux[3]. Et le lien visible est le marché dans la mesure où en utilisant l’Internet, par exemple, les différents marchés du monde font leur publicité en proposant des différents produits pour l’achat. C’est dans ce contexte d’échange de capitaux que la mondialisation paraît comme cette liberté pour chaque société d’investir où et quand elle veut, de produire ce qu’elle veut, d’acheter et vendre ce qu’elle veut, tout en supportant le moins de contraintes possibles découlant de la législation sociale.

Pour le professeur Léon de Saint Moulin, la mondialisation est « un fait, une transformation de l’environnement, qui fait que nous sommes de plus en plus affectés par ce qui se passe sur l’ensemble de la terre »[4]. C’est le rétrécissement de la distance entre les hommes et les pays du monde. Un fait individuel devient communautaire.

Les politiciens soutiennent que la mondialisation sous-tend le fondement de ce que l’on pourrait qualifier de « homo socialis » comme unité de décision. Elle a favorisé si pas en totalité, au moins en partie la structure de dictature. Elle est caractérisée en plus de façon pertinente dans les relations Nord-Sud, par la domination du Tiers monde et la perte relative de l’autonomie régionale.

Quelques implications

Selon les résultats d’une enquête menée dans la commune de Ngaba (Kinshasa), la mondialisation est bien présente en RDCongo[5]. Parmi ses exploits citons d’une manière ramassée l’utilisation des portables (téléphones cellulaires), de l’Internet, etc. Sur le plan international mentionnons avec Okolo la réduction des distances, les transports et les communications plus rapides, les échanges économiques à vocation planétaire (…) la circulation rapide des idées et idéologies[6]. Mais la mondialisation n’est pas que rose. Retenons trois de ses méfaits : l’enrichissement anarchique, le développement inégal et l’irruption de l’individu absolu.

Conclusion

Loin d’être un simple fait et phénomène, la mondialisation nous paraît comme une  opportunité ouverte et offerte à tous ceux qui veulent oser grand comme le monde avec espoir de faire partie des sociétés développées. Cependant force est de constater que la mondialisation semble être beaucoup plus au détriment d’une majorité déjà sacrifiée des pays du sud et au profit d’une minorité jalouse de ses acquis et de ses privilèges. D’où un appel pathétique pour une prise de conscience morale dans l’adhésion à ce phénomène avec beaucoup de rationalité et intelligibilité.


[1] LAIDI Zaki, cite par METENA Simon-Pierre, “La mondialisation: mythes et réalité”, in Les enjeux de la mondialisation pour l’Afrique, p. 13.
[2] DURAND Alain, “Pour une pratique chrétienne de la mondialisation”, in Congo-Afrique, n° 351, janvier 2001, p. 24.
[3] OHIORHENAUN, “Le sud dans une ère de mondialisation”, in Coopération SUD-PNUD, n° 1, 1998, p. 6.
[4] DE SAINT MOULIN Léon, “La mondialisation, chance ou menace”, in La mondialisation vue du  sud, p. 67.
[5] Cf. DE SAINT MOULIN Léon, “La mondialisation dans la commune de Ngaba à Kinshasa”, in Congo-Afrique, n° 327, septembre 1998, p. 436.
[6] OKOLO Okonda, “Cultures, valeurs spirituelles et mondialisation”, in Les enjeux de la mondialisation pour l’Afrique. Actes des journées philosophiques de Canisius, avril 1998, p. 66.