Ayaas ancien logo  

Photos funérailles

Homélie

Funérailles du frère Léonard Shinginieka, omi / Kintambo
(2 Timothée 2, 8-13 ; Jean 14, 1-6)

Face aux besoins immenses de notre congrégation, la disparition d’un membre est toujours une grande perte. Je voudrais commencer par transmettre les condoléances du Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée, p. Guillermo Steckling, au Provincial et aux Oblats du Congo ainsi qu’à la famille du Frère Léonard. Sa disparition intervient au moment où notre congrégation s’apprête à ouvrir un Chapitre général afin de réfléchir davantage sur le projet ‘Immense Espérance’ face au vieillissement du personnel et au manque de renouvellement dans la plupart de nos Unités en Occident. Nous savons combien Léonard a participé activement à la croissance rapide de cette province du Congo. Que le Seigneur lui donne aujourd’hui la récompense promise aux services fidèles !

Frères et sœurs, une fois de plus la mort nous a visités. Celui que nous appelions affectueusement ‘Oncle’ n’est plus. L’Auteur de la vie, le Créateur de l’existence humaine l’a libéré de souffrances de ce monde et l’a reçu dans la vie sans fin.

Voilà pourquoi, rassemblés aujourd’hui en chrétiens et chrétiennes, nous célébrons cette entrée joyeuse de Léonard dans la vie nouvelle promise aux enfants de Dieu. Nous y croyons car nous avons adhéré à la parole du Seigneur, laquelle nous rappelle en ce jour le sens de notre cheminement spirituel vers le monde avenir. Oui, « voici une parole sûre, dit saint Paul : ‘Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons.’

Ceux et celles qui ont rencontré Léonard pendant sa dernière hospitalisation à St. Joseph, ceux et celles qui ont chanté et prié avec lui en louant le Seigneur pour ses bienfaits, savent combien le frère était envahi par le désir de connaître le Royaume de Dieu. Ils ont compris le secret de sa force dans l’épreuve de maladie. Léonard croyait fermement en cette parole du Christ : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. »

Mais ce mystère qu’est la mort fait mal, malgré notre certitude de vivre ce face à face avec le Père. Car, en nous arrachant un être cher, la mort crée un vide que nul ne peut combler tout en suscitant plusieurs questions puisqu’elle nous dépasse et nous plonge dans l’angoisse du lendemain. Seule l’espérance allumée, cette vertu de l’homme en chemin, nous soutient et nous aide à avancer avec assurance vers le salut promis par la miséricorde divine.

Quant à notre préoccupation sur ce qui se passe après la mort, permettez-moi de recourir à la vie de certains saints pour nous aider davantage à veiller et à vivre sereinement la traversée de ce monde visible à celui invisible. Je pense précisément à l’histoire de Don Bosco qui, un jour se mit d’accord avec un de ses amis séminaristes sur une chose essentielle : ‘Que le premier d’entre eux qui connaîtrait la mort revienne dire à l’autre ce qui se passe après la mort.’

L’histoire dit que la promesse de ces deux amis s’est réalisée. Il s’est passé un phénomène le soir de la mort de son ami. Don Bosco aurait vu une lumière et entendu la voix forte de son ami qui disait : ‘Giovanni Bosco, je suis sauvé.’ Cette voix sema en lui la certitude d’une vie éternelle et l’aspiration irrésistible au salut.

Voilà pourquoi saint Paul confie à son ami Timothée qu’il « supporte tout pour ceux que Dieu a choisis, afin qu’ils obtiennent eux aussi le salut par Jésus-Christ, avec la gloire éternelle. »

Prions donc et demandons la grâce de ce salut en faveur de celui que nous pleurons. Puisqu’il a été choisi par ce Dieu dont parle saint Paul pour servir le Seigneur comme religieux dans la congrégation des missionnaires Oblats de Marie Immaculée, qu’il jouisse pleinement de la joie pascale !

Chose évidente, si Léonard est resté fidèle à sa consécration depuis 1958 en persévérant jusqu’à la mort, c’est qu’il a fait une sérieuse expérience personnelle du Christ qui l’a invité à renoncer à lui-même, à porter sa croix et à marcher à sa suite.

En effet, comme sur le chemin d'Emmaüs (Lc 24, 13-35), Jésus fait route avec nous aumilieu de nos désespoirs, de nos angoisses, de nos incertitudes, de nos inquiétudes, de nos questionnements et même de nos illusions d’aujourd’hui. Et quand nous avons découvert la joie de l’écouter, de marcher en sa compagnie et de demeurer auprès de Lui, l’Esprit de Dieu fait naître en nous la mission, ou mieux le devoir impérieux de l’annoncer à d’autres. "La mission, en effet, avant de se caractériser par les oeuvres extérieures, consiste à rendre présent au monde le Christ lui-même par le témoignage personnel" (VC 72.)

Nombreux parmi nous sont ceux et celles qui ont rencontré le Frère Léonard sur leur chemin. La plupart des jeunes oblats du Congo l’ont rencontré comme éducateur à la mission de Mwilambongo dans le diocèse d’Idiofa et comme formateur au noviciat et au pré-noviciat. Aujourd’hui certains reconnaissent le bienfait de la chuchote disciplinaire que savait infliger le Frère Léonard aux élèves récalcitrants, maraudeurs ou paresseux. Ainsi nous formait-il à la responsabilité personnelle en se basant sur son proverbe sacré : « L’antilope ne rate jamais ses traces. »

Une manière pour nous d’honorer ce frère qui savait rire et faire rire aux éclats, c’est de relever trois aspects de sa spiritualité personnelle que j’appelle ‘Spiritualité d’antilope’. Elle caractérise sa vie personnelle et sa vocation religieuse.

Tout d’abord, nous admirons son esprit de foi. Fier de sa vocation de Frère, Léonard nous laisse l’exemple d’un religieux fidèle, régulier et ponctuel à la prière, attaché à la Vierge Marie Mère de Dieu et à la prière du rosaire, respectueux et toujours ouvert à la recherche et à l’accomplissement de la volonté de Dieu sur lui. Il nous a toujours édifiés par sa docilité, son attitude de foi dans l’accueil de nouvelles obédiences.

Ensuite, son engagement d’amour envers Dieu et envers le prochain. Le Frère Léonard savait rendre service, donner et recevoir humblement car il tenait à ce que tous soient heureux. Afin d’égailler sa communauté et les personnes qu’il rencontrait sur son chemin, il aimait raconter des histoires et faire rire grâce à son sens développer de l’humour. Sa simplicité le rapprochait facilement des hommes et des femmes de tout âge.

Enfin, nous retenons son esprit de sacrifice ou le port de la croix. Le Frère Léonard aimait le travail manuel surtout le jardinage. Dieu seul sait combien d’arbres fruitiers il a planté partout il a vécu. Il avait le sens du beau et de l’ordre dans son travail. Il nous a appris à tracer la ligne droite par souci d’esthétique et à nous salir les mains pour manger à la sueur de nos fronts. A Limete où il a vécu pendant 3 ans, nous avons surtout admiré sa simplicité et sa disponibilité. Les habitants de l’avenue Zinnias le reconnaissaient comme ce grand-père qui lisait souvent son livre assis à côté du portail, tout simplement pour être prêt à accueillir nos visiteurs.

Cher Frère Léonard, merci pour le témoignage de ta vie simple parmi nous, ta consécration sans complexe, ton appartenance joyeuse à la famille d’Eugène de Mazenod, ton dévouement, ton goût du beau, tes blagues et tes sages conseils inspirés par la sagesse africaine.

Te reposer proche d’une grotte dans le jardin de cette maison de formation jusqu’à la résurrection des morts est une grâce et une bénédiction pour de nombreux jeunes que tu as éduqués et formés, pour tes amis et connaissances et pour ta famille. Pardonne-nous de t’avoir blessé ou fait souffrir d’une manière ou d’une autre, et intercède pour nous auprès de notre Seigneur Jésus-Christ et Marie Immaculée. Prie davantage pour notre pays afin qu’il retrouve la paix. Amen.

Jb musumbi, omi