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D'après Matungulu Otene, les religieux et les religieuses africains d'aujourd'hui “sont des précurseurs d'une vie religieuse authentiquement négro-africaine qui n'est pas encore née, mais elle naîtra à l'heure que le Christ se choisira” [1] . Utopie ou tâche ? Le père jésuite espère voir des “congrégations religieuses qui auront à leur origine des négro-africains animés d'une forte spiritualité qui donneront naissance aux congrégations religieuses des prêtres et des frères un peu comme certains Ordres religieux que nous connaissons aujourd'hui”. Cette vie religieuse authentiquement négro-africaine n'insinue pas l'exclusion des religieux étrangers. Chacun s'y retrouvera, car la source restera le même Christ, le même Evangile. Nous pensons, quant à nous, que ladite vie présuppose une formation authentiquement négro-africaine. En d'autres termes, nous attendons l'heure où des négro-africains prendront totalement en main la formation des jeunes Africains, Africaines, afin d'intégrer plus facilement les sensibilités africaines dans le planning de la formation. L'Afrique a besoin “d'une élite engagée, de guides et de penseurs capables d'élaborer une pensée originale et autonome” [2] . |
Les actuels formateurs africains, pensons-nous, ont des difficultés à gérer
l'harmonie et la cohérence entre la culture africaine dans
laquelle les a trouvés la grâce de Dieu et la culture
occidentale dans laquelle ils ont été éduqués. |
Mais hélas ! le rêve de formateurs négro-africains n'est
pas une promesse de miel. Il faudra attendre longtemps avant d'obtenir
des formateurs formés exclusivement par des négro-africains
en terre africaine. Alors, on pourra espérer une vie religieuse
authentiquement négro-africaine, ce qui ne signifie nullement,
répétons-le, qu'elle ne pourra être vécue
que par des Africains. |
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Non, parce que l'idéal restera le même, et oui, parce que la façon de tendre vers l'idéal sera différente : l'Africain parlant de l'amour de Dieu et du prochain aux Africains ne peut pas ne pas faire référence à la sensibilité qui est la sienne. Par exemple, l'Africain n'a pas besoin de téléphoner ni d'écrire avant de rendre visite à quelqu'un; il reçoit assis, accueille chaleureusement, partage et mange le peu qu'il possède avec son visiteur; il prend tout son temps pour écouter l'interlocuteur. Faut-il rappeler, en outre, que les Africains et les Occidentaux comprennent différemment le vocable “famille” ? La formation devra prendre en considération ces éléments et tant d'autres en proportion de leur compatibilité avec la vie religieuse dont la mission urgente, à notre avis, est de s'engager davantage à tirer l'Afrique du sous-développement. La tâche nous incombe. N'est-ce pas là un des nouveaux appels de la Mission aujourd'hui ? |
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L'Afrique a besoin
d'une formation adaptée.
Il lui faut une formation qui corresponde aux besoins réels
de la population. Certains formateurs Occidentaux, sans mauvaise foi
de leur part, éloignent les religieux africains de la réalité de
leur contexte socioculturel en leur donnant l'impression de vivre
plus en Europe qu'en Afrique. Les repas sont lourds, on ne manque de
rien, on reçoit tout ce qu'on désire puisque c'est facile à commander
de l'Europe. Une fois dans la rue, confronté à la vraie
réalité de sa société, le religieux africain,
la religieuse africaine ne se retrouve plus. Il n'ose même plus
se salir les mains et se gêne de passer plus d'une semaine de
vacances chez ses parents ! |
Le plus dur, c'est
le passage d'une communauté dirigée par un Européen à celle
dirigée par un Africain ! Le matériel peut corrompre.
Il n'est un secret pour personne : beaucoup de jeunes en formation ont
perdu leur vocation à cause de l'aisance matérielle. On
doit éviter les extrêmes. Vu sous un autre angle, on
pourrait imaginer l'incompréhension
et la souffrance qu'éprouveraient des séminaristes en
face d'un supérieur fraîchement venu d'Europe ! Toutefois,
réalisme considéré, nous pensons qu'à aptitude égale
et à compétence égale, le formateur africain est
préférable dans une maison en Afrique; mais s'il y a
manque d'Africains (compétents), on peut compter sur un formateur étranger,
afin de ne pas détruire le charisme de la congrégation. |
Dans l'attente de
la réalisation de ce beau rêve présenté à nous
comme une tâche, les formateurs sont appelés à façonner
un religieux humainement et spirituellement solide conformément
aux attentes du peuple de Dieu : homme de volonté qui ne recherche
pas d’aises et ne fuit pas l'effort; religieux qui a un sens de respect envers la personne humaine, qui
a de l'attention pour les abandonnés et qui s'engage pour
le développement intégral de l'homme; religieux qui a
une véritable expérience de Dieu, qui est intérieurement
libre de tout et qui a une vie extérieurement mortifiée;
religieux qui sait descendre dans la rue pour “apprendre à communier
au destin réel de nos contemporains”
[3]
; religieux qui a un sens du travail productif
et initié sans méfiance à la gestion
de l'économie; bref un bon religieux, conscient
de la dimension charismatique de sa vocation |
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