Ceux
et celles dont on parle |
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| Les trois savants qui prendront part à ce dialogue public ont consacré leur carrière professionnelle à revisiter l’interface des savoirs sur l’Afrique. A partir d’horizons différents, ils ont contribué, chacun selon sa spécialité propre, à renouveler les racines de l’arbre africain de la connaissance. Joseph Ki-Zerbo Historien, homme de culture et humaniste, Joseph Ki-Zerbo est sans conteste l’un des esprits les plus encyclopédiques d’Afrique. La somme de ses connaissances et l’étendue de sa culture générale et scientifique sont simplement époustouflantes. Historien, il a joué le rôle de pionnier en contribuant à déraciner, preuves à l’appui, le mythe, coriace parmi les historiens et historiographes occidentaux, d’une Afrique sans histoire parce que sans écriture. Ki-Zerbo a dirigé, à l’Unesco, le premier des huit volumes de l’opus magnum Histoire générale de l’Afrique. Déjà en 1972, son Histoire de l’Afrique d’hier à demain s’était imposée très vite comme manuel de référence pour l’enseignement de l’histoire de l’Afrique. Si l’historien en lui revisite constamment le passé humain, l’humaniste en lui le pousse à se soucier davantage de l’avenir de la planète et de l’espèce humaine. En témoigne ce véritable tour de force qu’est son anthologie Compagnons du soleil, qui rassemble les grands textes de toute l’humanité sur les rapports entre l’être humain et l’environnement (Paris, Unesco-La Découverte, 1992). Politicien et leader de l’opposition au parlement burkinabé, Ki-Zerbo sait bien de quoi est faite la politique africaine. Il nous aidera à ne pas avoir la mémoire courte et à mettre les choses en perspective. Homme de culture, le directeur du Centre d’Etudes sur le Développement africain sait que le développement durable se fonde en définitive sur l’identité culturelle d’un peuple: il nous fera comprendre qu’on ne dort pas à son aise sur La natte des autres (Paris, Karthala, 1992). Son talent polyvalent et sa notoriété internationale font de lui un vrai maître à penser. Sommité mondiale, Ki-Zerbo a été en 1997 le lauréat du prestigieux "The Right Livelihood Award" du Parlement suédois. Mais son âge lui vaut déjà la respectabilité: il aura 80 ans l’année prochaine. Valentin Y. Mudimbé Depuis près de vingt ans, Valentin Yves Mudimbé, avec une discipline de travail très monastique, s’attelle à monter et à démonter les mécanismes qui ont présidé à ce qu’il appelle "l’invention de l’Afrique". Ce travail de déconstruction s’accompagne, heureusement, d’une immense et ambitieuse entreprise de reconstruction visant à mettre au point un nouvel ordre africain de la connaissance. Véritable travail de fourmi, où l’expertise se conjugue avec l’érudition et le génie, cette recherche a commencé à livrer ses secrets dans la trilogie débutée en français, en Afrique, avec L’autre face du royaume ou la critique des langages en folie, et achevée, par la force des choses, en anglais, en Amérique, avec les œuvres jumelles que sont The Invention of Africa et The Idea of Africa. Dans sa vingtaine d’ouvrages publiés, Mudimbé pose et repose sans cesse le problème d’un outil épistémologique nouveau comme condition de possibilité d’une science africaine par laquelle l’Afrique noire pourra enfin assumer ses propres écarts. En 1990, à la veille d’accomplir cinquante ans d’âge, Mudimbé, retraçant son improbable généalogie intellectuelle, préféra se tourner vers la postérité à laquelle il confia son rêve de réinvention de l’Afrique à travers ces paroles qui tiennent presque du testament spirituel: «JE me remets à vous, mes anciens élèves et, à présent, amis, collègues, mes égaux. Il y a une foi à transmettre à la génération qui monte. Un esprit aussi. Je vous sais sevrés de naïvetés à propos des "traditions africaines". Je sais, aussi, que vous avez épuisé tous les secrets de la patience pour croire encore qu’il y a une limite aux coups de vos colères et à ceux de vos espoirs pour une meilleure Afrique. Vous avez raison d’espérer, malgré la bêtise générale qui nous entoure. Je sais, également, que vous avez parfois des doutes. Que des fois n’ai-je entendu ce propos effrayant: "La générosité ne paie pas...surtout en Afrique aujourd’hui." Pourquoi, bon Dieu, aimeriez-vous être payés pour votre foi? Demeurez ce que vous êtes: croyez en vous mêmes, en vos actions. Vous n’êtes pas seuls. Votre foi est, pour reprendre une métaphore venue d’un livre dont j’ai oublié tout, un anneau important et solide. Croyez-moi, vous êtes, nous sommes nombreux. Liés, entrelacés les uns dans les autres, nous finirons bien, un jour, par nous transformer en un câble capable de déplacer fleuves et montagnes, et de refaire l’Afrique du tout au tout" (Les corps glorieux..., 197-198). Tout un programme! Cet homme, que l’on dit écartelé, mais que je dis toujours en débat, se dit agnostique. Pourtant, depuis qu’il m’a été donné de le connaître, j’ai constamment été fasciné par sa vaste culture religieuse, de sorte que je n’ai cessé de m’inquiéter de son inquiétude, laquelle gravite autour de cette quête plutôt insolite pour un agnostique: susciter de l’immonde un monde "des sans-pouvoir et des saints". Mudimbé aura 60 ans le 8 décembre de cette année. Fabien Eboussi Boulaga En plus de ces trois principaux interlocuteurs, nous bénéficierons de l’apport de deux autres intervenants non moins remarquables: Mme Jacqueline Ki-Zerbo et M. Hyppolite Mimbu. Jacqueline Ki-Zerbo Educatrice, Jacqueline Ki-Zerbo apportera sans aucun doute au dialogue la voix et le souci des femmes africaines dont elle accompagne le combat et guide les pas vers le développement intégral, intégré et endogène depuis plusieurs décennies. Son engagement non démenti en faveur de l’éducation et de la promotion des œuvres sociales font d’elle une référence. En tant que femme, elle est à recherche d’un nouveau partenariat entre l’homme et la femme. Il y a quelques années, elle expliquait en ces termes le paradoxe d’une Afrique riche mais pauvre tout ensemble:"L’Afrique est peut-être le continent le plus riche en ressources naturelles, mais elle demeure emprisonnée dans le cercle vicieux du sous-développement pour deux raisons majeures: 1) la non valorisation de ses ressources humaines 2) le manque d’emprise de l’Afrique sur un ordre économique mondial générateur d’endettement et de pauvreté" ("Promotion des femmes africaines: partenariat hommes/femmes pour le développement en Afrique", 1997). Avec la promotion de la femme africaine, ce double défi, celui de la valorisation de la personne humaine en tant que matière première par excellence dans tout pays et celui de la maîtrise d’un ordre mondial distribuant le bonheur avec parcimonie, est au cœur du combat intellectuel de madame Ki-Zerbo.
Esprit prodigieux et épris d’excellence, Hippolyte Mimbu allie la passion pour l’Afrique, pour les Belles Lettres et pour les humanités latines à la recherche exigeante d’une foi chrétienne authentiquement africaine. De laborieuses reconstructions des structures thématiques de l’Ane d’or d’Apulée à ses recherches actuelles sur l’inculturation du christianisme en Afrique en passant par le rapprochement des arétalogies d’Isis et des rites initiatiques du Lyangombe, c’est à un mariage véritablement hétéroclite que le secrétaire académique de l’Institut De Mazenod et rédacteur en chef de la Revue africaine des sciences de la mission convie ceux et celles qui acceptent de partager son projet de l’enseignement comme une « éducation aux valeurs ». Mais c’est surtout la question de la diversité culturelle, comprise comme fondement de l’identité individuelle et collective et comme fenêtre sur l’altérité, qui constitue le socle sur lequel Mimbu entend fonder en raison sa reprise critique du dialogue des cultures et des religions. Sa connaissance du monde intellectuel, littéraire et politique gréco-romain nous aidera à comprendre comment naissent et meurent les grands empires et les civilisations. Né en 1956, Hippolyte Mimbu représente la génération qui vient immédiatement après celle d’Ela et de Mudimbe. En effet, Mimbu a été initié aux arcanes de la philologie romaine et à la rigueur scientifique par Valentin Mudimbe de 1976 à 1980 à l’Université de Lubumbashi. Comme
on peut le constater, ces intervenants représentent pratiquement
trois générations. Ce qui constitue une vraie richesse
et une grande diversité de points de vue. |
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4.
Mémoire |
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2.
Argument |
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3.
Intervenants |
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24 août 2007 - Site perso de jbmusumbi, o.m.i. - Merci de vos
précieuses suggestions |