Témoignage du P. André Ngoulsia, OMIPropos
recueilli par le P. Ballière[1] André Ngoulsia a été ordonné prêtre à la Cathédrale
de Garoua (Cameroun) par Mgr Antoine NTALOU le samedi 15 juin 2001. P.B.
Père
André, vous avez été ordonné prêtre hier, aujourd’hui vous avez célébré
votre première messe, toujours à la Cathédrale de Garoua, vous êtes entré
dans la Congrégation des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée, où,
quand et comment ? Quel a été votre cheminement pour en arriver à
poser votre demande d’entrée dans la Congrégation ? A.N.
Le désir d’entrer chez les Oblats part du fait que les Oblats travaillaient
dans le Logone et Chari, cela a favorisé peut-être quelque chose en moi,
mais c’est surtout avec l’arrivée, en 1974 du P. Joseph Boisseau que je
les ai bien connus sans avoir l’idée qu’un jour je deviendrais Oblats.
Quand en 1986, le P. Jo Boisseau m’accompagnait au moyen séminaire de
Douvangar, je ne faisais pas encore las différence entre prêtre Oblat
Ce
n’est qu’après, en 1988 quand les Oblats eurent quitté Kousseri,
je terminais mes études à Maroua et m’engageais à travailler au dispensaire
de Mada, c’est là surtout que je commençais à apprendre le travail des
Oblats, surtout avec la présence du P. Loïc Mégret. Chez les Arabes, tous
donnaient un bon témoignage sur lui, ils l’appelaient « Notre Frère »
et s’étonnaient de m’entendre l’appeler « Mon Père ». C’est
à partir de cette expérience que je me suis dit : « Il faudrait
que je m’engage à être prêtre, mais pas n’importe quel prêtre, être prêtre
pour s’occuper au moins des malades, mais aussi des pauvres et être toujours
là, à côté des gens qui ont besoin des autres. Il
faut reconnaître également que c’est au moment de la Visite
du Pape Jean-Paul II à N’Djamena, le 30-01, que j’ai eu, je peux le dire,
comme un coup de cœur et que j’ai entrepris des démarches à Maroua en
envoyant une note au Frère Emile qui m’a demandé au préalable de donner
ma démission d’infirmier, par la suite, tout s’est bien passé ! Après ma démission, j’ai fait encoure beaucoup d’autres chemins,
mais c’est à la Cathédrale Sainte Thérèse de Garoua, quand les Oblats
étaient encore là, avec le P. Crugnola et P. Carpentier, que j’ai fait
deux ans, et quand ils ont quitté la Cathédrale, je me suis dit :
c’est fini, je vais rejoindre saint Pierre ; c’est ainsi que je me
suis engagé sur un chemin où je ne m’étais jamais posé de question, me
disant que si les Oblats m’acceptaient au Noviciat, c’était déjà quelque
chose, c’était déjà comme un miracle pour moi. C’est ainsi que j’ai cheminé
jusqu’à aujourd’hui. La seule chose pour moi, c’était de faire confiance
au Seigneur et aujourd’hui, prêtre, je vois que depuis le premier appel
que j’ai ressenti en moi, cela n'a rien changé en mon orientation, celle
de m’occuper des pauvres comme les premiers prêtres que j’ai vus. C’est
vrai qu’au début on ne voyait pas très bien leur travail, mais en fait
le fruit était déjà là. C’est chez les Arabes que j’ai été le plus frappé,
c’est là que j’ai pu faire vraiment la différence entre prêtres diocésains
et prêtres oblats. P.B.
P.
André, vous avez fait le Noviciat à N’Gaoundéré, le Philosophat à Yaoundé
Durant trios ans, et le Théologat à Maroua; dans ce long bain des Oblats,
est-ce que vous avez retrouvé ce que vous cherchiez au départ, avez-vous
été encourage? P.B.
P. André, vous avez été ordonné Prêtre hier,
aujourd’hui vous avez dit votre première messe, comment avez-vous vécu
toutes ces cérémonies ? A.N.
L’événement d’hier est pour moi inoubliable, déjà la veille, je n’ai pu
dormir. Je me disais que je suis quelqu’un qui va dormir sans problème,
je n’ai pu dormir de la nuit, ce qui fait qu’à 5h00 j’étais déjà à la
chapelle. Mais durant la messe, je voyais derrière moi toute cette foule,
surtout cette foule de la Cathédrale et c’est là que les choses sont devenues
beaucoup plus claires pour moi avec les Oblats ; la présence de mes
parents m’a ému, surtout la présence de quelques frères qui n’avaient
jamais remis les pieds dans le Nord depuis vingt ans. Pendant la messe,
j’étais serein, je me suis remis dans la main de Dieu et je me disais :
Si c’est tout ce que Dieu a voulu réaliser en moi, aujourd’hui c’est bien !
Mais je dois reconnaître que vers la fin de la messe, il y a eu cette
émotion surtout devant ces frères qui étaient absents depuis vingt ans
et qui étaient là, avec leurs pleurs, ils m’ont entraîné un peu dedans !
Le plus important, c’est que j’ai gardé cette tranquillité et à tout moment
je me rappelais cette phrase de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus :
« Je suis ta sœur et ton amie, je veillerai toujours sur toi. »
Cette phrase de Sainte Thérèse est tombée à pic car je l’avais reçue la
veille au soir dans une petite carte de vœux, aussi, me disais-je, que
je n’avais pas fait le mauvais choix en prenant Sainte Thérèse comme une
sœur, comme une amie. Aujourd’hui on m’envoie les paroles qui étaient
pour moi les plus significatives. P.B.
Mais pour demain, c’est un peu l’aventure, vous
ne savez pas où vous allez aller. N’êtes-vous pas un peu stressé ?
De toutes façons, les brebis du troupeau du Seigneur sont là tout autour
de vous, pouvez-vous nous dire un petit mot, même si vous aller n’importe
où, comment envisagez-vous pour demain, l’avenir de votre Prêtrise, d’Apôtre,
de Ministre de l’Evangile ? P.B.
Vous parlez comme si vous saviez où vous allez
demain ? A.N.
Bon ! Etant donné que le P. Provincial m’a déjà donné l’obédience,
je sais que je vais à la Mission de N’Djamena. Sur place à N’Djamena,
la population n’est pas trop différente de celle que j’avais à Kousseri ;
je sais que dans cette partie il y a des Ngambayes, comme je parle quand
même la langue arabe et un peu le N’Gambaye, cela pourra m’aider dans
ma mission, mais je sais que ce ne sont pas les moyens qui vont me faire
réussir ou pas, ce qui importe est de savoir si j’aurai le temps d’être
celui vers lequel les gens pourront venir et lui demander conseil. Je
devrai veiller sur ces personnes que Dieu me confie. Je laisse tout dans
les mains de Dieu, avec Lui, il faut que je garde la tête haute, ne pas
trop vivre dans le découragement. Pour moi, je veux rester un homme optimiste
qui s’abandonne dans les mains de Dieu. P.B. Moi, je ne connais pas Kousseri, je ne connais pas N’Djamena, mais il me semble qu’il y a beaucoup de vos frères Massas qui sont là-bas sur les rives du Logone et vous n’en parlez pas ? A.N. De fait, à Kousseri, comme à N’Djamena, il y a beaucoup de Massas, déjà dans la paroisse confiée aux Oblats, il y a une autre paroisse qui pratiquement est une paroisse Massa. Je n’ai pas évoqué les Massas, étant donné que moi-même je suis Massa ; pour la langue, je n’aurai guère de problème, mais j’ai voulu parler des autres, surtout des N’Gambayes. Comme tout le monde parle l’Arabe là-bas, comme on parle le fufuldé à Garoua, je pense ne pas avoir trop de difficultés. P.B. Tout en étant né à Kousseri, jais appelé Fort-Fourreau, vous n’allez pas rester toute votre vie à N’Djamena ; un jour ou l’autre vous risquez d’aller je ne sais où. Comment envisagez-vous cet avenir, même s’il n’est pas immédiat ? A.N.
C’est vrai, je sais que je ne passerai pas toute ma vie à N’Djamena ;
j’ai eu la chance de connaître beaucoup Oblats qui sont arrivés dans notre
pays. Ils n’ont pas eu beaucoup de souci à quitter leurs parents. Quand
je serai en Mission, je me disais qu’il ne me fallait pas mettre en avant
le souci de repartir tout de suite pour aller visiter mes parents. Si
mes Supérieurs jugent que je dois quitter N’Djamena après 2, 3, 10 ans,
je serai toujours le même qui va accepter. Je demande à Dieu de ne pas
être l’homme qui s’attache trop, trop à une seule localité. P.B. Vous êtes prêt pour l’apostolat à N’Djamena, peut-être vous enverra-t-on, un jour continuer vos études à Rome ou ailleurs, peut-être vous appellera-t-on un jour à être un formateur ou un formateur de formateurs quelque part on ne sait où, comme pour d’autres Pères, cela fait un virage à angle droit, qu’est-ce que vous en pensez ? Pour moi,
c’est le signe qu’anciens des Lycées, nous restons très unis malgré nos
différences. |