(Julien
Mbada)[1] |
|
Il y a réellement des personnes qui passent de l’hôpital à la rue, c’est-à-dire qui, après s’être soignées à l’hôpital regagnent la rue, milieu auquel elles sont habituées. Ce n’est pas de ces personnes que je prétends asseoir ma réflexion. Je voudrais plutôt partager une expérience que j’ai moi-même vécue en passant de l’hôpital à la rue. |
|
Foyers d’espérance et d’amour gratuit Le cheminement ‘’hôpital, rue’’ semble bien triste, c’est vrai, mais je l’ai fait. Ces milieux qui ne sont nullement des endroits de joie et de bien-être peuvent être transformés en véritables foyers d’espérance et d’amour gratuit selon la manière dont on s’y engage. « Croissant dans la foi, l’espérance et l’amour, nous nous engageons à être au cœur du monde un levain des Béatitudes. » [2] |
![]() |
![]() |
Bamenda/Shisong. Nous
[3]
arrivions à BAMENDA puis à KUMBO le 03
juillet 04. Nous fûmes accueillis par des sœurs Franciscaines
au bâtiment ‘’St
Francis room’’ situé à près de soixante
mètres de leurs locaux. C’est de là que nous devrions partir chaque matin pour la prière commune
et surtout pour l’hôpital où nous avions passé le
plus clair de notre temps. ‘’St Elisabeth’s general
hospital of shisong’’ est en effet dirigé par des sœurs
franciscaines dont une matrone et quelques infirmières bien investies.
Il comprend plusieurs pavillons dont la cardiologie, la chirurgie, la pédiatrie,
le laboratoire, la gynécologie pour ne citer que ceux-là. |
Ce mystère qu’est la vie |
|
Certes, la vie n’est
pas si banale comme je suis tenté de le dire mais devant la
mort, elle se trouve minimisée. Combien de souffles de vie
se sont-ils coupés tandis que je prélevais la température
et les signes vitaux des malades ou lorsque je leur plaçais
des perfusions ? Dans cette atmosphère perpétuellement
triste, la leçon à tirer est qu’il faut vivre
en homme vivant, se sachant soi-même mortel et croyant en la
victoire triomphale de Jésus sur la mort. Et lorsque l’on
sait avec saint Paul que ‘’la mort est un (joyeux) passage
pour la Vie’’, elle se trouve elle-même minimisée.
|
![]() |
Mais puisqu’il
ne faut pas non plus négliger la vie qui nous est offerte sur
la terre, il est de notre devoir de continuer à la protéger
contre ce perturbateur de l’ambiance terrestre. Toutefois, j’ai
aussi vécu intensément
et dans la foi des moments de joie : nouvelles naissances à la
maternité et guérison de certains malades. |
|
![]() |
Vers les enfants de la rue Yaoundé. Cette
expérience, tout
en redoublant ma joie et mes efforts, m’a engagé résolument à continuer
dans la même perspective à prêter attention à la
précieuse vie. C’est en effet en allant rencontrer les
enfants de la rue chaque samedi depuis le début de cette année
académique.
[4] Il y a dans nos villes et surtout dans la capitale
politique ( économique peut-être aussi) beaucoup d’enfants
dans la rue. |
Quelques causes majeures. Ils s’y
retrouvent pour plusieurs raisons. Pour la plupart des cas, le climat
dans les familles ne favorise pas l’épanouissement, l’unité et
la paix de ses membres. Des orphelins sont les plus victimes de ce
vice. D’autres
s’y trouvent malheureusement, pas à cause des mêmes
raisons mais, par pure curiosité et désir de vivre à Yaoundé et
se voient abandonnés à eux-mêmes. N’est-ce
pas là l’aventure des jeunes qui ont soif de la prétendue ‘’liberté’’ comme
c’est le cas de l’enfant prodigue dont nous parle l’Évangile ?[5] |
![]() |
Faire
advenir le Royaume des Cieux. |
![]() |
De la rue à la prison. Les cas plus durs
et lamentables sont des enfants qui partent de la rue pour la prison
et de manière cyclique s’ils n’ont pas eu des motivations
et la volonté de regagner leurs familles. ‘’De
la rue à la prison’’ est donc un autre itinéraire
facile et très régulier pour les enfants de la rue. C’est
peut-être ce que nous pourrions faire prochainement dans le cadre
de notre apostolat - et nous en sommes d’ailleurs prêts
- pourvu que l’amour soit vécu. Nous nous y engagerons
en ayant à l’idée
cette parole de St Eugène de Mazenod : « Notre mission
est d’aller d’abord vers ceux dont la condition réclame à grands
cris une espérance et un salut que seul le Christ peut apporter
en plénitude. »
[6]
|
[1] MBADA Julien, Camerounais, scolastique oblat, étudiant en Philo II à l’Institut st Mukasa de Yaoundé. [2] Constitutions et Règles OMI, n° 11. [3] Un groupe formé des frères Anicet TCHOUTSEMA, Freddy MATONGO et moi-même. [4] Je ne suis pas seul à y aller. Nous sommes deux scolastiques encadrés par le frère Hervé GIVELET. [5] Cf. Luc 15, 1-32. [6] Constitutions et Règles OMI, n° 5.
|