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P. Yves Chalvet de Récy, omi


Du Cameroun à la Grotte de Massabielle

En entrant chez les Oblats de Marie Immaculée en septembre 1968, je rêvais de devenir missionnaire chez les esquimaux. Un an après, je me retrouvais sur la terre d’Afrique… Un 1er séjour d’abord, puis un deuxième pour y faire mon noviciat. Rentré en France, je rêvais de repartir en Afrique. Je suis resté en France ! A Lyon d’abord, puis à Lorient et maintenant à Lourdes. J’avais rêvé (quand ? je ne me le rappelle plus) de vivre dans une communauté internationale… ce rêve là, au moins, s’est réalisé. Je suis comblé !

Histoire de communauté…

Depuis plus de 5 ans maintenant, j’appartiens à la Communauté Internationale de Lourdes. Dès que je suis arrivé, je me suis senti chez moi, comme si, après de nombreuses années de voyage, je revenais dans un lieu familier. Je me suis très vite souvenu de mon tout premier séjour à Lourdes comme jeune brancardier, alors que je venais tout juste de quitter la Paroisse Sainte Bernadette de Lorient pour une autre Bernadette, celle de Lourdes précisément ! Décidément et heureusement, il n’y a pas de hasard ! Il n’y a que des Rendez-vous – c’est ce que Lourdes m’apprend chaque jour – des Rendez-vous qu’il ne faut pas manquer !

Je n’ai guère eu de peine à intégrer ma nouvelle communauté, et je n’ai jamais pris comme un handicap d’être l’unique français de la communauté, bien au contraire. Ce qui changeait énormément pour moi, c’était le fait d’appartenir à une communauté encore plus large que celle des oblats : la communauté des Chapelains. Il y a là des Frères de Ploërmel, des prêtres diocésains de Lourdes, de Bayonne, de Versailles, de Paris, des Missionnaires de l’Immaculée Conception appelés aussi Pères de Garaison, des Pères Eudistes, arrivés tout récemment et notre « tribu internationale».

Nous résidons tous sous le même toit, nous n’avons d’autre tâche ménagère que celle de faire notre lit chaque jour (et encore !), nous n’avons ni le souci de faire la cuisine, ni celui du repassage ni celui de vider les ordures ménagères. Nous sommes même servis à table. Parfois je regrette ces petites choses du quotidien qui font le lot de la vie communautaire telle que je l’ai connues à Lyon ou en Bretagne : les invités que l’on accueille à sa table, le supermarché où l’on remplit son caddie pour la semaine, le poisson frais qu’on va chercher sur le port, le bricolage ou le ménage, l’émission de télévision que l’on regarde et que l’on commente ensemble, ces petits riens qui changent tout… C’est ainsi ! Ceci n’empêche pas la communauté oblate de se retrouver chaque matin pour prier, de se rencontrer pour fêter les anniversaires, célébrer les fêtes qui nous sont propres et d’échanger de temps à autre des nouvelles entre nous ou avec un visiteur de marque, le provincial délégué, par exemple.
La mission des Oblats de Marie Immaculée

La charge pastorale confiée aux Oblats est importante : la pastorale internationale d’une part et la pastorale des jeunes d’autre part. Mes confrères chargés de la pastorale internationale diront mieux que moi quelles sont leurs responsabilités, et comment ils les assument au sein des Sanctuaires.

La pastorale des jeunes est un formidable réseau, une vaste entreprise, mieux un « service » qui étend ses ramifications dans de nombreuses directions : il y a d’abord le « Service Jeunes », c’est ce qui est le plus connu et le plus voyant. Il y a ensuite le Village des Jeunes, situé à quelques encablures des Sanctuaires, lieu de vie, d’hébergement, de fête et de célébration. A cela, il faut ajouter l’Ecole de l’Evangile, lieu de formation chrétienne pour des jeunes qui viendront passer dix mois à Lourdes.
Cette mission est relativement récente, et l’évêque de Tarbes et Lourdes a souhaité que les responsables du Service Jeunes aient aussi le soin de cette école. Pour finir, il faut noter l’accueil des scouts et guides venant en service pendant les mois d’été.

Des ouvriers pour la mission

Dresser la liste de toutes les activités de la « planète jeunes » est presque impossible : disons que nous essayons de conseiller, de préparer, de proposer et d’animer certaines activités des pèlerinages de jeunes. Il y a donc une véritable logistique en « amont » pour épauler les responsables et les animateurs des groupes de jeunes, leur permettre de vivre avec leurs jeunes un temps de ressourcement et de découverte lors de leur séjour dans la cité mariale.

Trois oblats se partagent, en plusieurs langues si nécessaire, mais surtout en français et en italien, cette charge de la pastorale des jeunes : Norbert Kingani, arrivé tout dernièrement de la province du Congo, Alfonso Bartolotta oblat italien « recruté » dans la délégation du Sénégal qui achève sa 3ème année et moi-même. Chacun prend sa part de service et anime les temps forts qui nous sont demandés : sacrement de réconciliation, conférences, célébration de l’Eucharistie, animation de chemin de Croix, découverte des Sanctuaires, animation des pas de Bernadette, animation de veillées à thème, accompagnements personnels, présence active aux messes internationales à la Basilique Saint Pie X, les mercredis et dimanches en saison, messe des enfants en juin (de 600 à 2000 enfants du primaire et leurs catéchistes), les messes internationales des jeunes en juillet et août (de 1500 à 4000 jeunes), la participation à différents conseils (épiscopaux, communication ou autres), rencontres « tous azimuts » des groupes de jeunes, en basse saison y compris, animation avec les jeunes bénévoles venus de plusieurs continents pour épauler le Service Jeunes (juillet et août), relecture et célébrations avec les Scouts (principalement les Scouts de France), conférences et catéchèses auprès des Hospitalités Diocésaines…

Bien épaulés

Fort heureusement nous sommes formidablement bien épaulés pour toutes ces tâches et ces services : nous avons un secrétariat opérationnel qui ne se contente pas de répondre au téléphone, d’envoyer des télécopies de confirmation ou de traiter les messages Internet et cela en plusieurs langues, ce secrétariat assuré par Delphine, Muriel ² (deux secrétaires ont le même prénom) se double aussi de certaines animations et d’accompagnements de groupes. C’est vrai, il faut veiller à tout : les plannings, le nombre de petites votives nécessaires à telle veillée, le billet de chemin de croix, les horaires de passage à la vidéo, les fournitures à commander au magasin, les tirages au dupli copieur ou au photocopieur, les statistiques à rendre chaque mois, la liste des tours de vaisselle et de nettoyage pour les jeunes bénévoles, les documents à expédier à tel animateur étranger pour obtenir son visa, la prise en charge de telle ou telle procession d’offrande avec les jeunes lors des messes internationales…

Le renfort est encore plus nécessaire en été avec un très grand nombre de jeunes qui viennent en pèlerinage sans parler des 2000 scouts et guides qu’il faudra accueillir et piloter. 150 à 200 jeunes bénévoles viennent nous prêter main forte pendant les mois de juillet et d’août, et 15 à 25 scouts « confirmés » pour assurer la logistique et distribuer les tâches et services aux unités qui viennent mettre leurs bras et cœurs à disposition.

La mission la plus récente : l’Ecole de l’Evangile

Parmi les tâches que nous assumons, Alfonso et moi-même, il y a l’Ecole de l’Evangile. Voulue par les évêques de la Région Apostolique, cette Ecole a maintenant 11 années d’existence. C’est un des premiers responsables du Service Jeunes, le Père André Cabes qui a lancé l’Ecole de l’Evangile de Lourdes sur les traces de sa sœur aînée, l’Ecole de la Foi de Coutances. Il y a 2 ans, Mgr Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes, a souhaité le transfert de cette Ecole, située alors à la maison de l’Assomption, au Village des Jeunes. Il a voulu confier la responsabilité de l’Ecole aux permanents du Service Jeunes.

Nous avons accepté cette nouvelle charge, conscients du surcroît de travail et d’animation que cela nous donnerait. Nous l’avons accepté parce qu’il nous semblait important de répondre à cette marque de confiance mais, surtout, parce qu’il s’agissait de jeunes chrétiens en recherche ou en discernement. Nous avons considéré cette nouvelle mission comme une chance pour la communauté et une certaine reconnaissance du travail déjà accompli.

Aujourd’hui, 9 jeunes et jeunes adultes(21 ans-32ans), dont 2 jeunes vietnamiens, ont commencé leur pèlerinage pour une période de 10 mois en acceptant de le vivre l’Evangile à la main .Un temps important de formation chrétienne, avec des cours réguliers, une initiation à la prière, des services notamment auprès d’une maison de handicapés mentaux, des sessions, des temps de découverte des réalités ecclésiales autres que les Sanctuaires, 2 temps de retraite… et une vie commune où chacun et chacune apporte le meilleur de lui-même : de la cuisine au repassage, via la décoration florale de la chapelle.

Des scouts de tous horizons

Un mot sur les scouts et les guides : depuis plusieurs années, les scouts et guides (Scouts de France, Guides France, Scouts et Guides Unitaires de France, Scouts et Guides d’Europe, Scouts Italiens AGESCI, Foulards blancs, Scouts Espagnols, Irlandais, Allemands ou Libanais) ont coutume de venir une dizaine de jours pour se mettre aux services des malades. C’est une tâche qui est confiée, de fait, au Service Jeunes que des les accueillir en lien avec le Village des Jeunes, en lien avec les directeurs d’hospitalité, l’Hospitalité Notre Dame de Lourdes et parfois en lien avec quelques services des Sanctuaires.

Là encore, en amont, ce sont les permanents du Service Jeunes et du Village des Jeunes qui tiennent à jour les inscriptions, renvoient les confirmations, donnent des précisions et mettent en contact les unités scoutes avec les hospitalités diocésaines. J’ai trouvé une formule pour évoquer le grand service que rendent les scouts et les guides, je les appelle : « les bras et les cœurs ». « Les bras », parce qu’ils sont les bienvenus quand les hospitalités sont un peu « à court » de personnel pour les différents services, et « les cœurs » parce que j’estime qu’il ne faut pas seulement utiliser les bras (une main d’œuvre parmi d’autre) mais en même temps ne jamais perdre de vue que les jeunes pionniers, compagnons, guides… sont aussi des cœurs que la rencontre de l’autre peut profondément bouleverser. Eux aussi, sont pèlerins. Le message de Lourdes dans sa simplicité, la découverte de Bernadette dans sa docilité à l’Esprit, telle ou telle célébration, telle ou telle liturgie sont autant de moments privilégiés pour grandir, relire sa vie et avancer…

Pour gérer ces « bras et ses cœurs », tout au long de ces mois de juillet et août, nous avons la chance d’avoir une « permanence scoute » rôdée, disponible et compétente, connaissant bien les arcanes des Sanctuaires. Pour nous, pour moi, pour les unités venant sur Lourdes, ces permanents sont vraiment une aide très précieuse. Encore faut-il battre le rappel et motiver pour ce service qui est parfois ingrat…

La venue des scouts me donne l’occasion de faire un peu d’œcuménisme : bien qu’ayant un mandat des Scouts de France en tant que « chargé de mission à Lourdes », dépendant directement de l’Aumônerie Générale des Scouts de France, j’essaie d’accueillir toutes chemises et tous foulards, sans discrimination et avec la meilleure bienveillance – Ce n’est certes pas toujours facile – mais la grande chance de Lourdes, c’est que chacun et chacune vient pour la même chose.
Comme l’a écrit un jeune chef Scout Unitaire de France : « Je crois aux miracles – Servir en a été un ! ».
Etre en lien, garder des liens, faire des passerelles, lire et relire ce qui a été bonne nouvelle pour tous et pour chacun, voilà mon service d’aumônier scout ici à Lourdes.

Lourdes : la grâce de tous les instants

A lire cet ensemble d’activités, à additionner toutes les responsabilités et à coiffer toutes ces casquettes… chacun est en droit de se demander : « n’est-ce pas trop ? comment garder un équilibre ? quand prends-tu des plages de repos et de vacances ? quand pries-tu et comment le fais-tu ? As-tu le temps de lire, d’aller au cinéma ? de rencontrer ta famille ? ». Je me pose ces questions ! J’ai parfois la sensation, à certains moments surtout, d’être un peu en « sur-régime » ou alors de m’user la gomme des pneus un peu plus vite qu’il n’est nécessaire… J’essaie alors de ménager le moteur, de ne pas dépasser la vitesse autorisée et d’économiser ainsi un peu de carburant. Cela m’obligera à rouler un peu moins vite, certes, mais cela me permettra de me rendre un peu plus loin , sain et sauf à mon rendez-vous.

J’apprends à Lourdes que l’essentiel n’est pas d’accumuler les activités, mais véritablement de savoir avec qui je les accomplis. J’apprends à redire avec mes mots cette prière glanée il y a quelque temps : « Seigneur, donne-moi la force de changer ce qui peut être changé – Seigneur, donne-moi la patience d’accepter ce qui ne peut être changé – Mais surtout, Seigneur, donne-moi la sagesse pour savoir discerner l’un et l’autre ! ».

J’ai eu la grande chance de vivre l’expérience de Mazenod il y a déjà quelques années. A la fin de cette expérience, je suis arrivé à cette simple conviction : « Je n’ai pas à faire des choses, je n’ai pas à mener des activités, exercer des responsabilités pour le Seigneur, j’ai tout à faire, j’ai tout à vivre avec Lui ! » - C’est ce que je continue de vivre ici à Lourdes avec les Jeunes qui me sont confiés – J’accueille et je recueille tous ces instants de grâce – Ils me permettent de continuer à vivre ma mission avec mes frères Oblats.