Assemblée des Supérieurs Majeurs -
Union des Supérieures Majeures
ASUMA
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ème Semaine de la Vie Consacrée en R.D.Congo
Repenser nos vies et panser nos blessures Mgr le Chargé
d’Affaires a.i. à la Nonciature Apostolique, Avant toute chose, je voudrais remercier l’ASUMA et l’USUMA Kinshasa, à
travers leurs Représentants, le Père Séraphin Kiosi, Président de l’ASUMA
Kinshasa, et la Sœur Marie Mubamba, Présidente de l’USUMA Kinshasa, qui
m’ont invité à présider cette Eucharistie et à vous adresser un petit mot
de circonstance.
La IIème Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Evêques
nous aura laissé des souvenirs qui méritent d’être revisités et
approfondis dans les différentes communautés ecclésiales. Si le Pape Benoît
XVI a eu à prononcer ces propos visionnaires qui qualifient l’Afrique de «poumon spirituel de l’humanité…», les Pères synodaux ont,
quant à eux, salué avec une profonde affection notre engagement dans le
domaine de la réconciliation : «Nous vous félicitons, hommes et
femmes de la vie consacrée, pour le témoignage de la vie religieuse, de
l'observance des conseils évangéliques de chasteté, pauvreté et d'obéissance
qui souvent font de vous des prophètes et des modèles de la réconciliation,
de la justice et de la paix, en des circonstances d'extrême tension» (Message final, n° 20).
Elogieuses et encourageantes, ces paroles des Pères Synodaux ne peuvent que
nous pousser à la réflexion sur notre témoignage dans le domaine si important
et si délicat de la réconciliation, de la justice et de la paix. D’où
l’importance de cette IVe Semaine de la Vie consacrée organisée autour du thème
de la réconciliation, la justice et la paix à la lumière du Message
final du IIe Synode des Evêques pour l’Afrique.
Le choix des lectures de cette Eucharistie répond à une double fidélité :
fidélité à la liturgie du jour pour la première lecture (2S 7,1-17) et fidélité
au Magistère de l’Eglise pour l’Evangile (Mt 5,13-16) où Jésus nous
exhorte à adopter un style de vie inspiré par la métaphore du sel et de la
lumière, une exhortation qui nous rappelle le thème du IIe Synode des Evêques
pour l’Afrique.
Etre sel de la terre
et lumière du monde
Dans notre contexte africain, la métaphore du palmier, riche en
significations, est souvent évoquée pour désigner la richesse des charismes
dans la Vie consacrée. Le caractère polysémique et polyvalent du palmier dont
les produits assurent une variété de fonctions dans les différents secteurs
de la vie, devient ainsi le symbole de la polyvalence du charisme de la Vie
consacrée. Cette allusion à la métaphore du palmier et ses implications dans
la compréhension du service que nous avons à rendre dans l’Eglise ouvre une
brèche qui permet de saisir, par analogie, la valeur du sel dans la tradition
biblique. Le sel, réputé incorruptible, est symbole de l’alliance (cf. Nb
18,19), de la sagesse (votre parole doit être assaisonnée de sel : Col
4,6) ; et, dans le monde grec, symbole de l’hospitalité. Le sel sert à
purifier (2R 2,19-23) et à protéger contre la putréfaction. L’on comprend dès
lors comment, dans une société aussi corrompue que la nôtre, c’est une
urgence que de témoigner de l’incorruptibilité à l’instar du sel. Dans le
contexte de la Palestine, le sel renvoie aussi au fameux sel de la Mer morte si
réputé par ses vertus thérapeutiques, efficace quant à l’éradication des
maladies de la peau. Saint Luc attribue aussi au sel une fonction relative à la
fertilité (cf. Lc 14,34-35).
Ainsi, le sel qui s’avère une métaphore polyvalente à l’instar du
palmier, assure au moins 7 fonctions : l’incorruptibilité, la
purification, la guérison, la fécondité, etc. En plus, le sel symbolise
l’alliance, la sagesse, l’hospitalité. Le sel nous inspire un style de vie
marqué par l’incorruptibilité et un engagement missionnaire qui vise à
purifier notre société des antivaleurs qui la rongent dans tous les sens.
Outre le sel qui purifie et rend incorruptible, Jésus recourt aussi à la métaphore
de la lumière, symbole de la présence efficace et salvifique de Dieu (cf. Is
9,1; 60,1-3) auquel le Christ, Lumière du monde, s’identifie dans le Nouveau
Testament (cf. Jn 8,12). Alors que le sel transforme en purifiant, la lumière
transfigure et fait resplendir (cf. Mt 17,2). Transformer et transfigurer :
voilà deux verbes complémentaires qui peuvent mieux définir notre agir
missionnaire à l’heure actuelle. Logiquement, la transfiguration est le
couronnement de la transformation. La réalité transformée devient beaucoup
plus éloquente lorsque, transfigurée, elle resplendit de lumière aux yeux de
tous.
Notre témoignage
dans le domaine de la réconciliation, de la justice et de la paix
Notre action de transformer et de transfigurer a comme cible, dans le
contexte post-synodal, le domaine de la réconciliation, de la justice et de la
paix. Comme l’ont bien souligné les Pères Synodaux, la réconciliation a
comme préalable important la réconciliation avec Dieu (cf. Message final du
Synode, n° 8).
«Au nom du Christ, laissez-vous réconcilier
avec Dieu», disent les Pères synodaux à la suite de Saint Paul (cf. 2Co
5,20). Ce Dieu avec lequel il nous faut nous réconcilier apparaît, dans la
première lecture sous les traits d’un Dieu Missionnaire (cf. 2S 7,1-17).
Refusant de s’enfermer dans un temple que David souhaiterait ériger, Dieu se
veut Pèlerin, compagnon de l’homme partout et toujours. C’est ce Dieu
Missionnaire qui chemine avec l’Afrique dans sa marche vers «le port de la réconciliation,
de la justice et de la paix» (Message final du Synode, n° 42). L’attitude
missionnaire de Dieu devient ainsi un défi pour nous. Nos reflexes de mobilité,
de missionnariété sont interpellés au point de faire de nous des
missionnaires non seulement de par nos corps appelés à se mouvoir d’un
endroit à un autre mais surtout de par nos cœurs. Il nous faut un cœur
missionnaire, un cœur souple et mobile qui ne s’appesantit pas dans les
antivaleurs (cf. Lc 21,34), dans la rancune. Nos cœurs entrainés dans le pèlerinage
de la foi, loin de s’appesantir dans un passé sombre et conflictuel,
s’ouvrent ainsi à un avenir transfiguré par la présence de Celui qui nous
donne la force du pardon en vue de la réconciliation.
Outre
«la réconciliation avec Dieu», le pardon constitue un autre préalable
important à la réconciliation avec autrui. A ce propos, les Pères Synodaux
nous exhortent à un pardon qui précède «la reconnaissance de la culpabilité»
et qui «promeut la justice de la conversion et de la réparation» (Message
final du Synode, n° 8). Naturellement, les humains tendent à mesurer le
pardon. N’entendons-nous pas souvent dire : « je lui pardonne mais
c’est la dernière fois… » ou encore « je lui pardonne mais à
condition que… » A l’époque de Jésus, les maîtres spirituels
d’Israël avaient eux aussi établi les conditions dans lesquelles l’homme
pouvait pardonner son prochain. Selon un texte de Talmud,
« l’homme doit pardonner celui qui l’a offensé à condition que ce
dernier sollicite le pardon selon les normes prescrites, c’est-à-dire à
trois reprises et devant les témoins ». Etant disciple de Jésus,
Pierre a voulu se montrer un peu plus indulgent que les maîtres juifs ; il
suggère que le chrétien pardonne jusqu’à sept fois (cf. Mt 18,21), sans nécessairement
exiger la présence des témoins. En réponse à l’intervention de Pierre, Jésus
propose un pardon qui échappe à toute mesure, à toute forme de calculs :
« Pardonnez jusqu’à soixante-dix sept fois » (Mt 18,22).
Très
probablement, en suggérant que le chrétien pardonne jusqu’à sept fois,
Pierre pense à la valeur sacrée du chiffre sept, qui symbolise la perfection,
la plénitude. En d’autres termes, Pierre suggère un pardon plein, complet de
sorte que la victime qui offre le pardon se débarrasse complètement des effets
de l’offense subie au point de n’en garder aucune rancune. Mais Jésus, dans
sa réponse, voudrait insister sur le caractère immesurable du pardon. Un
pardon complet, comme dit Pierre ; mais aussi sans mesure, dirait Jésus.
Il recourt alors à l’expression “soixante-dix sept fois” utilisé dans
l’Ancien Testament pour justifier la vengeance illimitée (cf. Gn 4,24). Mais
dans le Nouveau Testament, Jésus fait usage de la même expression pour
justifier le pardon illimité. Le chrétien pardonne « soixante-dix sept
fois » c’est-à-dire, chaque fois qu’il sera offensé, il devra
pardonner complètement, sans garder aucune rancune.
Cette Semaine de la Vie consacrée devrait être pour nos différentes
communautés une semaine de pardon mutuel qui scelle la réconciliation, la
vraie. Nous voudrions ici rappeler les paroles des Supérieurs majeurs réunis
à l’occasion de la XVIIème Assemblée générale de l’ASUMA.
Conscients de la perfectibilité de leur rendement dans l’exercice du service
de l’autorité, vos frères engagés dans ce service sollicitent votre pardon
en ces termes : « Nous sommes
conscients que nos communautés n’ont pas toujours bénéficié de la compétence
de telles autorités tout le temps et que, quelquefois, sans qu’il en ait été
fait exprès, des frustrations ont été provoquées par des décisions non
suffisamment expliquées. Certaines animosités ont leur source lointaine dans
un dialogue qui s’est arrêté en cours de chemin. Au nom de Dieu, nous
demandons à nos frères lésés d’offrir le pardon en vue d’une réconciliation
qui rende possible la constitution des communautés qui soient des « lieux
de fête et de pardon » (Jean Vanier) (Message de l’ASUMA, n° 25).
En
cette Semaine de la Vie consacrée, nous vous exhortons à faire autant, à
s’offrir mutuellement le pardon. Situés au cœur d’une société qui sert
de terrain fertile au virus de division et d’antagonisme, nous voulons saisir
l’opportunité que nous offre cette Semaine de la Vie consacrée pour repenser
nos vies et panser nos blessures intérieures dans un esprit de pardon mutuel en
vue de promouvoir la justice, la paix et la réconciliation dans nos communautés.
Réconciliés pour une
collaboration harmonieuse et efficace
Réconciliés avec Dieu et entre nous, nous pourrons alors nous tendre la
main pour collaborer de manière harmonieuse et efficace dans la Vigne du
Seigneur. Dans un monde où l’unité est souvent mise à l’épreuve par le
primat des intérêts personnels sur le sens du bien commun, une vraie
collaboration entre les membres d’une communauté et entre différentes
communautés -- au-delà de la divergence de tempéraments, de tribus, de races
et au-delà de la diversité de nos charismes respectifs -- dans une «solidarité
intercommunautaire» (Message de l’ASUMA, n° 36) spirituellement édifiante
et pastoralement fructueuse, constitue à coup sûr un témoignage éloquent. Le
succès pastoral, nous disent les Pères Synodaux, dépend de notre sens de
collaboration (cf. Message final du Synode, n° 20).
Que l’intercession puissante de la Très Sainte Vierge Marie, la Mère des
personnes consacrées, nous aide à mener une vie pacifique, non-violente et
exemplaire à même de toucher les cœurs de tous ceux qui, bafouant la dignité
humaine, s’obstinent à entretenir des situations de conflits, de divisions et
de rivalités de tout genre.
Roger
WAWA, ssp
Kinshasa,
le 27 janvier 2010
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