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III. VIE CONSACREE ET PROBLEMES DE SOCIETE

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La crise est peut-être le seul mot qui mette aujourd’hui tout le monde d’accord pour décrire l’état du monde en général et de notre pays la RDC en particulier. La VC ne peut prétendre échapper à cette situation de crise. Cette crise de société allie en fait plusieurs éléments. Dans la VC, elle se laisse percevoir comme une crise d‘identité. Quelque chose a changé dans notre vie, qui provoque des insatisfactions et invite à faire de nouveaux choix. Livrée à des concurrences les plus farouches prétendant offrir plus de bonheur ou une qualité de vie meilleure dans un contexte de pluralisme culturel, la VC connaît aussi la crise du sens de l’homme, c’est-à-dire de la raison. Dans ces conditions, tout ce qui permettrait d’acquérir une identité tant personnelle que narrative se trouve en déphasage, alors que déjà l’instance de légitimité qui définit l’instance de fidélité a éclaté. Même dans la VC, il devient difficile de percevoir la valeur sans laquelle la communauté ne vaut plus rien et ne sait plus marquer sa particularité et son originalité par rapport aux autres communautés. Cette valeur est en même temps celle pour laquelle on est prêt à se battre jusqu’au sacrifice suprême. C’est pourtant cela que signifie le sacré.

Noyautés dans une crise d’identité dont la solution se trouve peut-être dans la recherche d’une formation solide et de l’éducation qui ne peuvent faire fi de l’exercice de la rationalité, la personne consacrée se retrouve comme de surcroît confrontée à des problèmes de société dont les conséquences la concernent à la fois dans sa chair et dans sa mission. C’est notamment le cas de la question de la justice sociale et des violences et des conflits armés. Le drame humanitaire sans précédent de plus de 1100 femmes violées par mois, environ 2.000.000 personnes déplacées et, pour le comble, 6.000.000 de morts depuis 1998 n'est ni plus ni moins qu’un « génocide silencieux » dont nos Pères les Evêques de la CENCO ont ouvertement (officiellement) donné la raison. Et curieusement c’est à cause de cette raison que la «communauté internationale» ne veut pas le reconnaître comme tel, sans doute ne voulant pas se faire une mauvaise conscience à cause d’une complicité plus qu’évidente : le projet de balkanisation de la RDC et l’exploitation de ses richesses naturelles incommensurables.

Ces violences attestées et ces conflits laissent des traces indélébiles chez des personnes, même des consacrés, dont il faut chercher à guérir les fragilités psychologiques et toutes sortes de traumatisme. Ce qui rend notre engagement pour la justice sociale plus que prioritaire dans le cadre de l’option préférentielle pour les pauvres.

III.1. CONSTATS

III.1.1. Sur le plan de la crise de l’identité de la VC

Bien que la VC ait pris forme dans toutes ses dimensions en RDC et que les communautés religieuses ont à cœur de réaliser leur vocation selon les divers charismes que l’Eglise reconnaît, nous reconnaissons que le relativisme semble avoir gagné même notre perception du sacré et des valeurs de la VC. Dans le vécu de notre VC, on peut constater aussi un laisser aller qui consiste à vouloir faire tout comme tout le monde (manger, boire, s’habiller, danser…).

Nous observons aussi un manque de respects des lieux et objets sacrés et des attitudes de moquerie de la part de certaines personnes consacrées vis-à-vis de certaines pratiques de dévotions religieuses traditionnelles.

Dans quelques maisons religieuses, il n’existe plus d’espace d’intimité propre aux consacrés ; un manque d’ouverture et du sens de responsabilité alors que l’individualisme prend le pas.

III.1.2. Sur le plan de la justice sociale

Nous nous demandons s'il n’y a pas une stratégie concoctée par la communauté internationale pour fragiliser la RDC, par quelques pays voisins interposés, selon la vieille méthode conquérante romaine de « divide et impera ».

Les différentes vagues d’entrées des populations voisines, sous quelque prétexte que se soit s’apparente à une stratégie d’occupation : comment croire qu’on vienne faire la guerre en amenant au « lieu de bataille » des troupeaux de vache ?

Même les communautés religieuses sont victimes de pillages successifs et d’expropriation, souvent sans aucune possibilité de se défendre ou de revendiquer leurs biens par peur des exactions et/ou des représailles.

III.1.3. Sur le plan des violences et des conflits armés provoquant des traumatismes psychologiques

  • Les violences ont causé des dégâts matériels et humains inimaginables et qualifiés par les analystes de « conflit le plus meurtrier que la planète ait connu depuis la seconde guerre mondiale ».
  • Des vies humaines innocentes, notamment des enfants, sont brisées pour toujours et rien de substantiel n’a été fait pour les reconstruire.
  • La dislocation du tissu social : difficulté de restaurer la confiance entre des populations qui se sont affrontées.
  • Même les personnes consacrées sont traumatisées, alors que souvent elles sont les personnes les plus proches auxquelles les victimes peuvent se confier.

III.2. MOTIVATIONS

  • - Nous avons la volonté de poursuivre la réalisation de la VC dans ses valeurs christiques authentiques et non négociables.
  • De même, la dignité de l'homme est une valeur humaine fondamentale.
  • Au nom de notre foi en Jésus, fils de Dieu et notre libérateur et frère de tous les hommes, nous ne pouvons accepter l'humiliation de tout un peuple et sa souffrance à cause de sa richesse enviée ou convoitée par des nations étrangères et des lobbies financiers.
  • La richesse des ressources naturelles de la RDC doit profiter à tous les congolais.

III.3. LIGNES D'ACTION

Nous nous engageons à :

III.3.1. Sur le plan de la crise de l’identité de la VC

    1. Donner la parole aux aînés pour nous dire le secret de leur fidélité à la vie consacrée et comment ils ont fait pour résister aux mutations.
    2. Redécouvrir le sens du sacré par la formation.
    3. Prendre soins des choses sacrées dans nos communautés et lieu de travail.
    4. Soigner la liturgie, notamment en redécouvrant le lien entre le Sacré, la Beauté et la Vérité.
    5. Voir ce qui est encore beau dans la VC et l'entretenir. Reconnaître ce qui ne va pas et chercher à y remédier.

III.3.2. Sur le plan de la justice sociale

    1. Sortir de nos peurs à nous engager pour assumer pleinement la fonction prophétique de la vie consacrée.
    2. Déraciner à la base les mécanismes de la corruption qui gangrène notre société par une vaste campagne d'éducation à la citoyenneté dans nos écoles mais aussi à tous les citoyens.
    3. Appuyer les actions de la Commission épiscopale Justice et paix de la CENCO.
    4. Chercher à l'intérieur de l'Eglise et dans nos communautés religieuses les tentatives de déstabilisation et de désunion pour faire corps dans la défense des intérêts de nos populations.
    5. Revitaliser nos réseaux de Justice et paix et mener une action de sensibilisation des nos partenaires internationaux pour les mettre au courant de la vraie situation de la guerre et de l'exploitation des ressources naturelles du Congo.

III.2.3. Sur le plan des violences et des conflits armés provoquant des traumatismes psychologiques

    1. Vulgariser (faire passer l'information) les témoignages des violences et des traumatismes au Nord-Est et à l'Est du pays.
    2. Faire prendre conscience aux personnes traumatisées des traumas et les énumérer.
    3. Insérer des sessions sur la connaissance de soi (acceptation des choix) pendant la formation initiale.
    4. Former de manière urgente les accompagnateurs des consacrés et autres personnes en difficulté (que cela devienne un nouvel apostolat pour certaines congrégations).
    5. Créer un Centre d'écoute pour les consacrés traumatisés.

 

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