«Qui nous séparera de l’amour du Christ?» (Rm 8,35)

Message de la XVIIème Assemblée générale de l’ASUMA aux consacrés de la RDCongo

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Introduction
Mission et Gestion, un lien nécessaire et indiscutable
Une mission et une gestion exercées au cœur de l’Eglise
Notre Mission au service de la justice, la paix et la réconciliation
Témoins de Dieu au cœur d’un monde brisé
La «Gestion» : Une «responsabilité» du devenir de la Mission de Dieu
Une gestion plus particulière : le souci pour la Nation
Conclusion
Supérieurs Majeurs et leurs Délégués signataires du présent message


Introduction

  1. La XVIIème Assemblée plénière des Supérieurs Majeurs en RDC s’est réunie à Nganda (Kinshasa) du 08 au 15 novembre ’09 autour du thème «Gestion et mission. Défis majeurs de la Vie consacrée dans le contexte post-synodal». Le thème abordé revêt une importance capitale. Notre Assemblée s’est tenue après un Synode où les pères synodaux, tout en appréciant le progrès réalisé en divers domaines sur le continent, ont, avec courage, analysé les différents maux qui rongent l’Afrique, Notre Mère, et distingué les vraies responsabilités, non seulement des pays et firmes étrangers, mais aussi de nos propres frères, fils et filles d’une Afrique minée par la misère et le chaos (IIème Assemblée Spéciale du Synode des Evêques pour l’Afrique: Message final, n° 5 et 36-37). Elle s’est donné le devoir de se recentrer sur l’essentiel de notre Mission particulière à l’intérieur de la Mission une de l’Eglise de Dieu qui est en RDC.

 

Mission et Gestion, un lien nécessaire et indiscutable

  1. Le choix de la bipolarité Mission et Gestion se justifiait, parce que ce thème s’est voulu un approfondissement du IIème colloque de l’Asuma-Usuma organisé autour des Défis majeurs de l’identité de la vie consacrée en RDC. Les différents défis – crise de l’autorité et de l’obéissance, fragilisation de l’ascèse dans l’observance des conseils évangéliques, tensions tradition - fidélité créatrice, normes – liberté, statu quo – écoute des signes des temps, etc. – ont révélé ce qui était au cœur de la «crise» qui menace la vie religieuse en RDC. Il s’agit de « gérer » ce que le Seigneur, l’Eglise et nos instituts nous confient comme tâches particulières au sein de notre tâche unique qui n’est autre que la participation à la mission du Christ, mission que lui-même a reçue du Père.
  2. Pour retrouver son identité propre, invitation était lancée aux consacrés d’approfondir la compréhension et les modalités de l’exercice efficient et efficace de leur mission propre.  En effet, il y a un lien étroit entre nos identités religieuses – personnelles et institutionnelles – et la mission. Nous entrons dans des instituts, en y introduisant nos histoires pour qu’elles soient transfigurées par l’idéal de ces instituts et nous rendent aptes à participer à notre tour à sa mission particulière au sein de l’Eglise une mais aux charismes multiples. Dans ce sens, nos apostolats particuliers (nos «obédiences» individuelles) et communautaires (nos charismes particuliers) sont des missions reçues de l’Esprit qui nous révèle la volonté de Dieu pour nous, pour nos instituts et pour notre société. En d’autres termes, ayant reçu cette mission après l’écoute priante de l’Esprit, nous comprenons que, comme les apôtres, nous sommes appelés par le Christ, pour être avec Lui et être envoyés dans les villes et villages où lui-même devait se rendre (Lc 10,1).
  3. C’est là le sens de mission, envoi, être envoyé. Aussi, nos apostolats, avant d’être initiatives privées de nos instituts, sont avant tout «missions» de Dieu inspirées par l’Ecoute et la recherche de «ce qu’il attend et veut de nous» dans la situation concrète de notre pays. Nous ne sommes pas les propriétaires de notre mission, nous la recevons. Le grand défi, pour nous religieux, est d’approfondir le sens du discernement spirituel pour mieux être à l’écoute de Dieu et comprendre ce qu’Il veut nous dire à travers les signes des temps.

 

Une mission et une gestion exercées au cœur de l’Eglise

  1. Recevoir une mission, c’est aussi accepter d’en prendre soin. L’analogie avec le monde agricole est éclairante à ce sujet. En effet, l’agriculteur responsable prend soin de son champ et y met tout son cœur et toute sa force. Il le laboure et l’entretient, assuré qu’ainsi faisant, il récoltera au terme le fruit d’un labeur consenti sans murmurer. Le consacré aussi est appelé à se convaincre que son vrai bonheur et la joie de Celui qui lui confie sa mission dépendent en partie du soin qu’il apportera à son ouvrage. Tel est le sens originel de la « gestion », porter, accomplir, administrer. La gestion comprend donc une invitation à porter dans son cœur ce qu’on nous confie, à en « faire un objet de souci ». Elle est « accomplissement » d’un devoir issu d’un acte de confiance, mais devoir dont il faudra répondre au moment opportun.
  2. Pour nous religieux, l’exercice de la gestion se déploie dans de nombreuses directions dans lesquelles se réalisent nos divers apostolats enracinés dans nos charismes personnels et communautaires spécifiques  : La gestion est responsabilité vis-à-vis de nos frères de l’institut, parce que nous exerçons tous une responsabilité, c’est-à-dire nous « répondons » toujours d’une manière ou d’une autre du bien-être de nos confrères (Mt 25,21; 1Co 4,1) ; elle est accomplissement d’une meilleure administration de nos biens et de nos collaborateurs (Lc 16,10); et finalement, elle est responsabilité vis-à-vis du pays qui nous a été donné et confié comme le lieu concret à partir duquel nous devons préparer les germes du Royaume à venir.
  3. Toutefois, notre mission et notre gestion sont sous la mouvance du même Esprit de Dieu qui vivifie son Eglise. En effet, c’est à l’intérieur de la mission de cette Eglise une et sainte des pécheurs, que le Seigneur nous confie sa mission (Vatican II, Perfectae caritatis n° 6). Car nous ne sommes pas des Eglises privées dans l’Eglise, même si nous cheminons selon des voies particulières au sein du pèlerinage de l’Eglise dans le monde. Nous exerçons nos missions particulières au sein de la Mère-Eglise, mais comme ambassadeurs ou corps apostoliques, selon des charismes propres, des personnes et des moyens dont la gestion mérite d’être repensée, pour le bien le plus grand dans la vigne du Seigneur qui nous recommande de fonder nos actions en vue de l’unité et de la concorde sur le Roc qu’il est lui-même.
  4. Voilà ce qui justifie le fait que nous nous sommes décidés de relire notre mission et notre gestion à la lumière de la manière dont l’Eglise d’Afrique comprend sa mission et sa responsabilité dans l’avenir de notre continent, particulièrement après le second Synode africain dont le thème, « L’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix : Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde (Mt 5, 13-14) », nous rappelle de façon brutale que l’avènement du Royaume de Dieu dans le contexte qui est le nôtre se vit et se fait à travers la lutte perpétuelle contre la violence et l’arbitraire, contre le virus de l’exclusion des autres par le tribalisme et les confréries fondées sur l’intérêt égoïste, contre l’injustice et les discordes de toutes sortes.  

 

Notre Mission au service de la justice, la paix et la réconciliation

  1. Les pères synodaux décrivent la situation que connaît l’Afrique comme une urgence provoquée par les défis de la réconciliation, de la justice et de la paix face auxquels «il n’y a plus de temps à perdre» (Message final, n° 6). Bien plus, dans une Afrique où la plupart des guerres et des conflits proviennent des structures injustes (Message final, n° 32) et sont largement tributaires des décisions et activités humaines qui méprisent le bien commun (Message final, n° 5), ils affirment que l’Evangélisation en vue de la conversion et du vrai développement est la première et essentielle mission de l’Eglise appelée à être Sel de la terre et Lumière du monde (Message final, n° 16).  
  2. Plus concrètement, les Pères synodaux précisent le sens de cette évangélisation en profondeur. « L’Eglise en Afrique, écrivent-ils, constituée à la fois de la famille de Dieu et des croyants individuels, se doit d’être instrument de paix et de réconciliation, conformément au cœur du Christ, et cela ne sera possible que dans la mesure où elle-même se réconcilie avec Dieu» (Message final, n° 8). Le but de cette évangélisation est de «casser le cercle vicieux de l’offense», par un pardon qui précède la reconnaissance même de la culpabilité. Finalement, les pères Synodaux nous rappellent qu’une Eglise qui veut être un instrument de justice, de paix et de réconciliation, n’exerce pas sa mission selon des «stratégies» étrangères à son essence (Message final, n° 8). Elle devra se démarquer de la manière dont le monde résout le plus souvent les problèmes qui affectent les sociétés et les institutions.
  3. Exerçant notre mission à l’intérieur de l’Eglise et dans le monde, mieux encore, vivant notre mission non pas en marge de l’Eglise, mais plutôt en son milieu (Jean-Paul II), nous nous réapproprions cette mission nouvellement redéfinie par l’Eglise de Dieu qui est en Afrique, celle de travailler à l’avènement des pays un peu plus paisibles et dont les citoyens sont en paix avec eux-mêmes et avec leur prochain, dans un dialogue franc et sincère. Nous entendons et souhaitons vivre notre mission en conformité avec l’essence de l’Eglise et en tenant compte de nos charismes propres, charismes dont nous éprouvons la solidité et la pérennité dans l’interprétation des signes des temps que les événements vécus nous indiquent. C’est donc dans la fidélité à notre identité propre que, nous aussi, nous voudrions adopter des stratégies qui ne se modèlent pas, par esprit de mimétisme et d’aveuglement, sur des intuitions étrangères à l’Eglise et à l’esprit de nos fondateurs.

 

Témoins de Dieu au cœur d’un monde brisé

  1. Dans cette mission de l’Eglise, les pères synodaux reconnaissent à la Vie Consacrée une valeur indéniable. Autant les pères synodaux considèrent les prêtres comme la face la plus visible du clergé tant intérieur qu’extérieur de l’Eglise, à qui il revient d’offrir le service le mieux possible, sans parti pris, dans un esprit pastoral et évangélique (Message final, n° 20), autant ils invitent les hommes et les femmes consacrés à être performants au maximum dans leur apostolat (Message final, n° 16).
  2. Une telle demande est en réalité, un défi qui nous est lancé dans les jours à venir, défi d’une fidélité créatrice à nos traditions spirituelles et apostoliques, défi de choisir des moyens adéquats et efficaces sans tomber dans le populisme et la quête du spectacle, du tape-à-l’œil que le monde actuel chérit et recherche. Ce défi, nous le vivons dans un monde où les repères éthiques sont fragilisés par la mondialisation d’un modèle de vie et de penser occidental qui entend remettre en question les acquis des traditions différentes d’elle, surtout celles façonnées par le christianisme. Ce modèle exalte l’individualisme et la réussite à tout prix, avec comme conséquence la course à l’argent et au pouvoir, avec leurs corolaires de corruptions et de détournements des deniers publics, sans oublier l’exploitation et le mépris du pauvre et du faible.
  3. Aussi, nous voulons, pour correspondre à l’Idéal d’être sel de la terre et lumière du monde, nous rappeler notre tâche essentielle de témoignage prophétique de notre vocation, sans ambiguïté sur les critères et évaluations de nos ministères ordonnés au Royaume à construire. Ce témoignage, nous le comprenons comme appel au  courage prophétique de la parole convaincue et engagée et confirmation d’une identité particulière qui ne se négocie pas avec les opportunismes superficiels que nous miroitent les sollicitations artificielles du monde.
  4. Cependant, notre vrai témoignage prophétique réside aussi dans l’amour de l’excellence qui a en horreur la médiocrité et le minimalisme dans ce que nous faisons. Notre manière de procéder et d’entreprendre des œuvres au service du Royaume de Dieu ne doit être ni légère ni entachée d’amateurisme. Nous avons besoin d’un professionnalisme, quel que soit le domaine d’apostolat où nous nous trouvons envoyés, pour offrir à notre peuple le meilleur de nous-mêmes et de notre effort. Dans un pays où des initiatives de toutes sortes (scolaires, sociales, etc.) n’ont comme visée que le gain et le profit matériel dans un esprit matérialiste, nous estimons que nous contenter du statu quo et du moindre effort dans nos œuvres apostoliques serait nourrir nos peuples d’illusions et les condamner à l’ignorance.
  5. Toutefois, ce souci de professionnalisme et d’écoute des signes des temps ne doit pas nous faire perdre de vue nos charismes particuliers.  Pour cela, nous souhaitons que nos instituts ne se limitent pas à la formation classique qui conduit au sacerdoce, mais qu’ils préparent aussi pour le peuple de Dieu en Afrique des apôtres compétents et zélés dans leur tâche, quel qu’en soit le domaine. Cette formation doit cependant trouver son point d’ancrage sur le discernement de ce qu’il y a de meilleur à faire, en tenant compte du charisme particulier et spécifique.
  6. Par ailleurs, la mission requiert sans aucun doute le devoir de financer nos œuvres. Car nous ne créons pas des œuvres pour pouvoir y renoncer si tôt faute de moyens financiers. Conscients de la déchristianisation de l’Europe et de la disparition de nos sources traditionnelles des financements de nos œuvres, nous avons le devoir, en même temps que nous prenons soin du patrimoine financier concret, de chercher et trouver des moyens d’engendrer des sources d’autofinancement et d’indépendance pour nos œuvres et nos communautés. Cette quête, cependant, doit distinguer clairement nos œuvres apostoliques à financer de nos communautés religieuses à entretenir, établissant une séparation nette entre les œuvres d’autofinancement et celles, strictement pastorales ou sociales, pour lesquelles nous demandons des subsides qui, en principe et en droit, ne devraient pas être détournées de l’intention des donateurs pour servir à notre propre bien-être.
  7. Finalement, nous n’oublions pas que le Christ envoie ses 72 disciples dans la pauvreté et la gratuité (Lc 10,4). Notre idéal est de nous distinguer, non pas par des initiatives qui exploiteraient davantage le pauvre, mais plutôt par la qualité de notre engagement et des services que nous offrons à la société. En effet, conscients que nos ministères et nos œuvres apostoliques, bien que utiles à la société, nous poussent quelquefois et malgré nous à tomber dans la tentation de nous substituer au devoir d’un Etat qui, normalement, devrait assumer sa responsabilité de prendre soin de ses citoyens, nous pensons avec sérieux que ce déficit de l’Etat ne doit pas nous empêcher d’exercer la charité et la miséricorde du Bon Samaritain confronté au malheureux dont personne ne s’occupe. Cette dimension fait d’ailleurs partie de ce qui nous distingue de beaucoup d’autres organismes : la gratuité de nos ministères. Bien sûr, nous ne devons pas renoncer à une juste rémunération dans nos ministères ; mais l’aspect financier n’est pas le critère premier qui les détermine, comme nous l’indique d’ailleurs le Saint Père, lorsqu’il écrit : « La cité de l’homme n’est pas uniquement constituée par des rapports de droits et de devoirs, mais plus encore et d’abord, par des relations de gratuité, de miséricorde et de communion » (Benoît XVI, Caritas in Veritate, n° 6).
  8. C’est d’ailleurs dans ce sens que nous entendons, dans un dialogue franc et constructif avec nos évêques et sans ignorer les normes du pays, réfléchir au moyen le meilleur et le plus juste d’alléger la tâche des parents face à la question qui nous préoccupe tous, celle de la scolarisation de nos enfants qui constituent l’avenir de la nation, en évitant le stress inutilement entretenu chez les parents obligés de payer des primes pour soutenir et motiver des enseignants abandonnés et méprisés dans leurs droits par l’instance politique irresponsable. C’est aussi dans ce sens que nous encourageons toutes les initiatives qui veulent soulager la souffrance des pauvres et des laissés pour compte telles que les enfants du cœur, les malades, les vieillards, etc. Nous voulons participer à la réduction de la souffrance, faute de pouvoir l’abolir totalement, et réduire les obstacles à la paix qui résultent aussi quelquefois des situations de pauvreté et d’ignorance intolérables.
  9. Cette diversité d’apostolats, notent les pères synodaux, doit se faire en communion loyale et engagée avec la hiérarchie locale (Message final, n° 20). Nous ne cesserons jamais de bénir Dieu et d’être reconnaissants envers nos Evêques d’avoir accepté et accueilli nos instituts dans leurs diocèses respectifs. Nombreuses ont été des marques de bienveillance depuis de longues générations. Ensemble, dans l’esprit de la communion ecclésiale, nous avons essayé et nous essayons encore de participer à l’édification progressive du Règne de Dieu. Leur soutien nous a été précieux aux temps de consolation tout comme lors des épreuves de la désolation. Nous voulons confirmer de manière claire notre respect envers nos pasteurs qui sont nos pères dans la foi. Nous leur réaffirmons notre désir et notre disponibilité de vivre en communion respectueuse avec eux. Nous nous efforcerons de comprendre leurs souhaits et directives dans la ligne de la charité, du respect de nos charismes et des droits de nos traditions religieuses dans l’Eglise.
  10. Désirant collaborer étroitement à la pastorale d’ensemble de nos diocèses, nous encourageons des lieux communs d’approfondissement de certains aspects des missions qui se recoupent entre nos structures particulières et les œuvres de nos diocèses. Nous voulons exprimer de nouveau notre disponibilité à réfléchir et dialoguer avec nos pasteurs pour mieux comprendre leurs préoccupations, surtout lorsqu’il s’agit de missions particulières que nos instituts exercent pour l’Eglise et la nation selon nos charismes propres, spécialement dans le domaine de l’éducation et de l’exercice de l’apostolat social, notamment auprès des personnes fragilisées et défavorisées de la société.

 

La « Gestion » : Une « responsabilité » du devenir de la Mission de Dieu

  1. La mission n’est pas seulement « envoi » ; elle est aussi un « munus », une « charge », un ministère. Celui qui la reçoit est investi d’une charge particulière de « répondre » d’elle et de la manière dont il l’assume, c’est-à-dire de sa « gestion » qui, nous l’avons dit, signifie « porter » et accomplir, assumer et parfaire. Voilà pourquoi la mission entraîne avec elle, dans son unicité et sa pluralité, l’organisation et la gestion aussi bien des personnes engagées dans la Vigne du Seigneur que des moyens mis à leur disposition pour atteindre leurs différents buts. Les pères synodaux, après une analyse rigoureuse et sans complaisance de la situation de nos pays, estiment qu’en matière de gestion de la chose publique et du bien commun, « le temps était venu de changer les habitudes pour l’amour du présent et des générations futures » (Message final, n° 37). A nos églises particulières et nos entités ecclésiales, ils demandent de devenir le sel de la terre et la lumière du monde en prenant résolument le chemin de la bonne gouvernance, de la transparence et de la bonne gestion (Message final, n° 19).
  2. Mais nous savons qu’il n’y a pas de bonne gestion sans formation ni éducation. Nos expériences le montrent. Le manque de transparence et de souci d’édification du prochain en matière de gestion n’est pas toujours lié à la mauvaise foi. Quelquefois, c’est avec un jugement tronqué et erroné sur les personnes et les événements qu’un religieux se laisse prendre dans le piège des sollicitations et des pressions de toutes sortes, familiales ou autres qui l’empêchent de gérer les biens selon l’esprit de son institut.
  3. La bonne gestion commence, pour nous religieux, dans nos propres communautés, lorsqu’il y règne des conditions d’unité et de paix, lorsqu’au-delà des frustrations et des incompréhensions inhérentes aux hommes, chacun s’efforce de sauvegarder l’unité et la paix dans nos communautés. Le premier responsable de cette situation reste celui qui assume la charge et le ministère de veiller sur ses frères. « Premier entre les pairs », il est celui qui est « mis (au) devant » de ses frères, pour les aider à discerner la volonté de Dieu dans leurs vies et dans la vie communautaire selon la manière de procéder de leur l’institut. C’est cela le sens premier de l’autorité, le fait de grandir, de faire croître. Formée au vrai leadership spirituel, l’autorité devient capable de responsabilité vis-à-vis du bien de ses frères et de les encourager dans le zèle pour le bien (Saint Polycarpe), au-delà de l’autoritarisme et de l’absentéisme, de la démission. Fondée sur la prière et la vertu de l’écoute de l’Esprit qui parle en lui-même et en ses frères (Cf. Congrégation pour les Instituts de Vie consacrée et les Sociétés de Vie apostolique, Le service de l’autorité et l’obéissance, n° 20a), elle travaille à la construction d’une communauté joyeuse et fraternelle, parce que réconciliée et éprise de justice entre tous.
  4. Nous sommes conscients que nos communautés n’ont pas toujours bénéficié de la compétence de telles autorités tout le temps et que, quelquefois, sans qu’il en ait été fait exprès, des frustrations ont été provoquées par des décisions non suffisamment expliquées. Certaines animosités ont leur source lointaine dans un dialogue qui s’est arrêté en cours de chemin. Au nom de Dieu, nous demandons à nos frères lésés d’offrir le pardon en vue d’une réconciliation qui rende possible la constitution des communautés qui soient des « lieux de fête et de pardon » (Jean Vanier).
  5. Cependant, la gestion de la mission et de ses œuvres n’est pas l’apanage de ceux qui exercent l’autorité. C’est chaque membre de nos instituts qui assume, partout où il se trouve, une tâche de gestion des autres et des biens. Les crises nombreuses et les scandales dans la gestion de personnes et de biens nous indiquent comment nos instituts ont besoin de former des hommes instruits et capables d’émettre de bons jugements. Nous avons besoin de membres instruits et mûrs, responsables d’eux-mêmes et de leurs frères devant Dieu, capables de s’approcher de Dieu avec un cœur libéré parce que disposé au pardon et à la réconciliation, soucieux de vivre selon un jugement et une autonomie qui tienne compte de la promotion de la justice dans nos maisons et nos œuvres et disposés à respecter le charisme et la manière de faire qui caractérisent leur être de religieux. Seuls des tels religieux pourront diriger des œuvres avec la liberté intérieure requise vis-à-vis des biens leur confiés et poseront des actions qui se distinguent du commun par la qualité et la durée. Ils seront capables de porter des jugements justes sur des personnes et d’agir avec justice dans la répartition des tâches et des biens.
  6. Par ailleurs, le Saint Père, lors de son homélie d’ouverture du Synode présente l’Afrique comme un « immense poumon spirituel pour une humanité en pleine crise de foi et d’espérance. Mais ce poumon peut aussi tomber malade. Et aujourd’hui il est attaqué par au moins deux pathologies dangereuses : d’abord une maladie déjà répandue dans le monde occidental, le matérialisme combiné avec un courant de pensée relativiste et nihiliste (…) Le second virus, susceptible aussi de toucher l’Afrique, est le fondamentalisme religieux mêlé à des intérêts politiques et économiques. Des groupes se prétendant de diverses appartenances religieuses se répandent sur le continent africain. Ils agissent au nom de Dieu mais selon une logique opposée à la logique divine, en enseignant et pratiquant, en fait, non pas l’amour et le respect de la liberté, mais l’intolérance et la violence » (Benoît XVI, Homélie lors de la messe d’ouverture de la  IIème Assemblée Spéciale du Synode des Evêques pour l’Afrique).
  7. Une telle menace n’est pas un fantasme pour les religieux africains appelés à vivre leurs vœux de consécration dans un contexte de pauvreté et d’émiettement des mœurs. Il est vrai que le vrai propriétaire de nos biens ce sont les pauvres, et que nous devons tenir compte du fait que le religieux ne peut pas faire comme s’il n’était pas issu d’une famille naturelle souvent moins nantie, victime du désordre structurel d’un pays où les démunis sont de plus en plus nombreux.Mais il reste clair aussi que ce serait un contre-témoignage criant, pour ceux qui assument quelque responsabilité en matière de finances, d’user des biens de la communauté pour leurs parents et amis sans un dialogue et un discernement préalables avec les autorités de leurs instituts. La référence et l’obéissance éclairée rendent libre vis-à-vis des sollicitations qui ne rejoignent pas les manières particulières de procéder dans nos instituts.
  8. Par ailleurs, nous sommes conviés à promouvoir des lieux de bonne gouvernance et de justice sociale. Un des lieux privilégiés, pour nous religieux, de l’application de cette justice reste la manière dont nous traitons nos collaborateurs quant à leur dignité de personnes et à leur rémunération. Les Ecritures elles-mêmes nous rappellent que nous n’avons pas le droit de priver le prochain de son dû et du nécessaire pour vivre (Si 4, 1-10).  Bien que vivants quelquefois avec des moyens pauvres et à la limite de notre propre satisfaction, nous voulons nous efforcer de nous éduquer aux relations non conflictuelles dans notre entourage et de respecter la justice et de créer des conditions de paix et de réconciliation avec nos collaborateurs les plus proches.
  9. Nous savons d’ailleurs que seules cette transparence et cette édification du prochain donnent crédibilité et poids à nos initiatives de dialogue avec les partenaires aussi bien civils que religieux, à nos engagements pour des causes du pauvre.

 

Une gestion plus particulière : le souci pour la Nation

  1. Nous devons comprendre que comme religieux, nous vivons dans un pays bien précis, qui traverse une situation particulière décriée par tous : guerre, crises, violences de toutes sortes, corruption, fuite de responsabilité, etc. Avec enthousiasme et détermination, nous avons accompagné notre population, par la promotion de l’éducation civique, aux élections libres et démocratiques en 2006, les premières depuis de longues années. Depuis lors, nous assistons, indécis et inquiets, à une sorte d’amateurisme général et généralisé dans les institutions publiques à tous les niveaux.
  2. Conscients que c’est le propre des laïcs d’exercer leur vocation particulière dans les choses publiques (Vatican II, Gaudium et spes, n° 2), et que notre statut de consacrés ne nous autorise pas à nous engager dans la politique active, nous estimons cependant que nos communautés ne sont pas des châteaux fermés aux pleurs et gémissements de notre monde. Aussi, nous ne pouvons pas nous sentir en paix et réconciliés avec nous-mêmes, sans prendre position vis-à-vis des questions d’injustices, de manque de paix et d’irresponsabilité que connaît notre pays.
  3. Nous croyons en la valeur incomparable de la vie, don précieux reçu de Dieu seul et qu’aucun humain n’a le droit d’éliminer. Voilà pourquoi, nous soutenons fermement les différents messages de nos Evêques concernant la gestion publique de notre pays et nous rappelons que les pères synodaux nous encouragent à aider notre peuple à acquérir un niveau adéquat de la culture religieuse (Message final, n° 22) pour éviter d’attribuer à Dieu ce qui appartient à la négligence humaine ; à accompagner spirituellement ceux qui œuvrent dans le domaine public (Message final, n° 23) et à éduquer nos populations à la vigilance face aux idéologies et à tout ce qui frise l’idéologie qui ne dit pas son nom (Message final, n° 24).
  4. Nos écoles, nos centres sociaux et nos différentes autres activités pastorales font de nous des témoins privilégiés de tout ce qui se vit dans les recoins éloignés du pays et qui échappe à l’œil du citoyen et même de la communauté internationale. Nos maisons sont souvent les premières cibles de la violence organisée et aveugle. Nous déplorons le sort subi par certains instituts de consacrés et consacrées victimes de l’insécurité et de la violence dans l’Est et le Nord-est du pays.
  5. Notre engagement auprès des pauvres et des laïcs engagés dans la gestion publique n’est pas toujours interprété à sa juste valeur. Nous savons pourtant que comme corps de religieux, à l’heure de la mondialisation, nous pouvons constituer une force, non pas destinée à nuire et à défendre des intérêts égoïstes, mais plutôt à faire avancer le pays dans le sens du bien.
  6. Ce faisant, nous voulons renforcer notre travail en créant un réseau de communication autour des tâches et apostolats qui cadrent avec notre identité commune. Une attention particulière sera accordée au monitoring et au plaidoyer, grâce aux différentes commissions de Justice et Paix et de Communications sociales de l’ASUMA. C’est dans ce sens que nous encourageons la création d’œuvres apostoliques impliquant plusieurs instituts et gérées en consortium. De telles œuvres pourront construire les bases d’une solidarité intercommunautaire pour une nouvelle synergie religieuse et un témoignage de la communion dans la diversité des charismes.

 

Conclusion

  1. Nous formulons le vœu de voir la Vie consacrée masculine en RDC offrir à notre peuple un témoignage authentique de justice, paix et réconciliation dans une transparence vraie et éprouvée, dans une vérité et un dialogue franc, dans le domaine de la gestion des personnes et des biens que le Seigneur lui confie.
  2. Que la très sainte Vierge Marie, Mère de Notre Sauveur, de l’Eglise et des consacrés, intercède pour qu’advienne dans notre pays une nouvelle génération de consacrés conscients de leur mission prophétique d’être le sel de la terre et la lumière du monde.

 

Fait à Kinshasa, le 14 novembre 2009

 

Supérieurs Majeurs et leurs Délégués signataires du présent message

   

Roger WAWA, ssp
Régional de la Société Missionnaire de Saint Paul
Président national de l’ASUMA

Louis-Valère Banga Banga, smi
Supérieur Général de la Société
de Marie Immaculée

Jean-Bertin Nadonye, ofmcap
Provincial de l’Ordre des Frères Mineurs Capucins
Vice-président national de l’ASUMA

Marc-André Couture, rsv
Vice-Provincial des Religieux
de Saint Vincent de Paul

Seraphin KIOSI, sma
Régional de la Société des Missions africaines
Président de l’ASUMA Kinshasa

Maurice Nsambo, cicm
Provincial de la Congr. de l’Immaculée Conception
de Marie (Province de Kinshasa)

Dom Védaste Vitchomo, ocso
Prieur du Monastère N-D. de Mokoto (Cisterciens)
Président de l’ASUMA Bukavu

Michel Kaneru, osa
Vicaire Régional de l’Ordre
de Saint Augustin

Oscar Nkolo, cicm
Provincial de la Congr. de l’Im. Concept. de Marie
Président de l’ASUMA Kananga

Nicola Ndiwa, fsjl
Sup. Général des Frères de Saint Joseph de Lisala

Herbert-Marie Ngabu Nkanza, fsjt
Supérieur Délégué des Fr. de St Joseph travailleur
Délégué de l’ASUMA Mbandaka-Bikoro

Pistil-Richard Kilunga, osb
Prieur du Monastère Bénédictin
de Mambré

Pierre-Anicet Salumu, ifi
Sup. Général de l’Institut des Fils de l’Incarnation
Délégué de l’ASUMA Lubumbashi

Réné Fidèle Maluila Mabombo, cfsj
Sup. Général des Frères de St Joseph
de Molegbe

Augustin Ntima Nkanza, sj
Provincial de la Compagnie de Jésus (Jésuites)

Rinaldo Do, imc
Supérieur Régional de l’Institut Missionnaire
de la Consolata

Justin ADRIKO MUNDUA, op
Vicaire général de l’Ordre des Prêcheurs
(Dominicains)

Roger Ngungampimpa, ocd
Délégué Général de l’Ordre des Carmes Déchaux

Marcel Mukadi, sds
Provincial de la Société du Divin Sauveur (Salvatoriens)

Albert Mpaka, cssp
Délégué du Provincial de la Congrégation
du Saint Esprit (Spiritains)

Médard Kwango, cmf
Supérieur Délégué des Fils du Cœur Immaculé
de Marie (Clarétains)

Boniface M. MUTAHI, aa
Délégué du Provincial de la Congrégation
des Augustins de l’Assomption

Augustin Moanda, cssr
Vice-Provincial de la Congrégation du Très Saint
Rédempteur (Rédemptoristes)

Guido MATARRESE, sdc
Délégué des Serviteurs de la Charité pour la RDC

Bernard Ilunga wa Ilunga, svd
Provincial de la Société du Verbe Divin

Félicien Bora, fec
Délégué du Provincial des Frères
des Ecoles Chrétiennes

Constantin Mutombo, fft
Vicaire Général des Frères
Franci-Trinitaires

Ferdinand Mupenda, fvi
Délégué des Frères du Verbe Incarné
de Kalemie

Crispin Solula, o. praem
Prieur du Monastère N.-D. de l’Assomption
de l’Ordre de Prémontré

Florent Dundji Dhenyi, o. carm
Délégué du Commissaire Provincial
de l’Ordre des Grands Carmes

Fabien Marie MUVUNYI, crsp
Pro-provincial des Clercs Réguliers
de Saint Paul (Barnabites)

François Lotango, cfic
Délégué du Régional de la Congrégation
des Fils de l’Immaculée Conception

Flavien Kambale Vayire, fsjc
Sup. Général des Frères Serviteurs de Jésus-Christ

Jean-Claude Nkuka, scj
Délégué du Provincial des prêtres
du Sacré-Cœur de Jésus

Giancarlo Frigerio, sdc
Supérieur de la Délégation africaine
des Serviteurs de la Charité

Jean-Pierre KIMBINDI MALONDA, fsjb
Délégué du Modérateur des Frères
de Saint Joseph de Boma

Gilbert Mbambi, sj
Commissaire Pontifical des Frères
de Saint Joseph de Kinzambi

Odilon Musubao, osc
Délégué du Supérieur régional
de l’Ordre de la Sainte Croix (Croisiers)

Ignace Biselele, cfd
Supérieur Général de la Congrégation
du Fils de Dieu

Jean-Christophe Tshimpaka, msc
Délégué du Régional
des Missionnaires du Sacré-Cœur

Jean-Pierre Lakika, sss
Provincial de la Congrégation
du Saint Sacrement (Sacrementains)

Jean-Pierre BWALWEL, omi
Délégué du Provincial
des Oblats de Marie Immaculée

Joachim Tshibangu, sdb
Provincial de la Société de Saint François de Sales (Salésiens de Don Bosco)

Paul Lejeune, sscc
Délégué du Provincial de la Congrégation
des Sacrés Cœurs

Joseph Kanda Mabika, fsjm
Sup. Général des Fr. de St Joseph de Mbuji-Mayi

Stéphane Kamanga, mccj
Délégué du Provincial des Missionnaires Comboniens du Cœur de Jésus

 

 

 

Etole
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