Mot de circonstance à l’occasion de la présentation
des Actes du 2e colloque national sur la Vie consacrée en RDC

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Excellence Monseigneur le Nonce Apostolique,
Excellence Monseigneur l’Archevêque de Kinshasa,
Messieurs les Abbés Secrétaires généraux de la CENCO,
Monsieur l’Abbé Curé de la Paroisse Saint Raphaël,
Révérends et Révérendes Supérieurs Majeurs,
Frères et Sœurs dans la Vie consacrée,

Actes AsumaAu nom des comités directeurs de l’ASUMA et l’USUMA, je voudrais exprimer notre gratitude à nos Evêques ici présents. Leur participation à cette cérémonie nous rappelle, une de plus, comment leadership du Bon Pasteur est aussi et surtout un leadership de proximité, expression d’une sollicitude pastorale édifiante et salutaire.

Je saisis l’occasion pour exprimer à Son Excellence Monseigneur le Nonce Apostolique nos vœux les meilleurs à l’occasion du 5e anniversaire du Pontificat de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI. Excellence, l’ASUMA et l’USUMA voudraient que vous puissiez transmettre à Sa Sainteté l’expression de notre soutien unanime, filial, indéfectible et irréversible quand bien même une certaine presse, en mal d’idéal religieux et professionnel, s’hasarderaient malencontreu-sement et vainement à jeter le discrédit sur sa personne. Autant certains médias tentent maladroitement de ternir l’image de Sa Sainteté, autant nous voudrions lui demeurer attachés de façon filiale et inconditionnelle.

Nos remerciements s’adressent également à vous tous ici présents, aux Secrétaires généraux de la CENCO, à nos deux conférenciers du jour sans oublier la chorale, ces voix angéliques, ces mélodies célestes qui ont évacué nos stress et élever nos esprits nous permettant ainsi de réaliser notre destin transcendant que Saint Paul exprime avec des mots appropriés à ce contexte pascal : «Ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut» (Col 3,1). Merci à la chorale de nous avoir offert une voie d’accès à ces réalités célestes, source, fondement et finalité de notre destin.


Frères et Sœurs dans la Vie consacrée,

En Afrique traditionnelle, en Afrique des villages diraient certains, l’éducation offrait aux jeunes l’opportunité d’être à la fois témoins oculaires des attitudes exemplaires des aînés et témoins auriculaires des valeurs véhiculées à travers la littérature orale. La journée, les jeunes regardaient et imitaient les adultes qui s’adonnaient à la chasse, à la pêche, à l’agriculture, aux travaux de ménage, etc. Le soir, autour du feu, les jeunes écoutaient le sage conter, raconter, énoncer et annoncer. La vie est vécue la journée avant d’être racontée le soir. C’est donc une pédagogie où la pratique passe avant la théorie. A l’image du Christ qui, au cours du dernier repas avec les siens, procéda d’abord au lavement des pieds des siens avant d’en donner la signification et la justification (cf. Jn 13). Le Christ agit avant de raconter. S’inspirant de ce modèle pédagogique biblique et traditionnel, au terme du 2e colloque national sur la Vie consacrée en RDC, les comités directeurs de l’ASUMA et de l’USUMA ont préféré d’abord vulgariser la dimension pratique de ce colloque, à savoir, les lignes d’action publiées depuis le mois de mars 2009. A en croire certains supérieurs, les lignes d’action du colloque ont servi énormément dans l’élaboration des projets communautaires dans leurs instituts respectifs. C’est donc le moment passer de la pratique à la théorie en réfléchissant sur les présupposés, les tenants et les aboutissants de ces lignes d’action. D’où la cérémonie de ce jour qui nous aura permis de revisiter le colloque et d’en redécouvrir le contenu dans le contexte pascal, en ce moment où le cierge pascal brille encore dans nos églises et dans nos cœurs.

Cette coïncidence entre la restitution des Actes de notre colloque et le temps pascal nous suggère d’accueillir les enseignements de ce colloque à la lumière du message pascal qui est un message mobilisateur. Pâques dans son étymologique hébraïque signifie passage, passage de l’esclavage à la liberté des enfants de Dieu, passage de la mort à la vie. Célébrer la Pâques c’est donc opérer des passages dans la vie. Ainsi, les Actes du colloque restitués dans ce contexte pascal, deviennent pour chacun de nous un instrument de passage. Puisque ces actes comportent 5 parties comme le Pentateuque qui en comprend aussi 5, je voudrais énumérer les 5 passages que ces Actes nous suggèrent d’opérer. Un rabbin disait que la Torah comprend 5 parties parce que l’homme a 5 doigts par main. Ainsi, le chiffre 5 favorise-t-il la mémorisation en attribuant à chaque doigt une partie concernée. Je vais donc énumérer les 5 cinq passages à opérer tel qu’il en découle des Actes du colloque :

1. Le passage de la médiocratie à la méritocratie. Nous trouvant dans une société où, dans beaucoup de cas, les médiocres sont facilement hissés aux postes de responsabilité pendant que les meilleurs croupissent au banc des chômeurs, le consacré appelé à être levain dans la pâte, a l’impérieux devoir d’œuvrer pour que la culture de la médiocratie cède la place à la méritocratie où chacun(e) est apprécié(e) à partir de ses mérites et rien qu’à partir de ses mérites, et non sur la base des critères d’ordre tribal, régional, racial, etc.

2. Le passage de la diplômolatrie (passez-moi l’expression) au brevet de crédibilité. La diplômolatrie, la culture du diplôme pour le diplôme, le culte du diplôme, a produit, dans notre société, une culture où règnent l’inflation de la pensée et le déclin du témoignage ou de l’exemple. Le passage de la diplômolatrie au brevet de crédibilité nous invite après avoir décroché le diplôme à l’université, à arracher le brevet de crédibilité en faisant preuve de compétence et d’efficacité sur terrain.

3. Le passage du mimétisme à l’audace missionnaire. Le mimétisme, la culture du perroquet, le perroquetage qui consiste à reproduire, à imiter et à copier à l’aveuglette produit des hommes et des femmes en panne d’imagination, incapables d’inventer des pistes de solution adaptées aux problèmes majeurs de la société. Aujourd’hui, un certain mimétisme du monde ambiant et des cultures contemporaines, par une imitation caricaturale, nous expose plus que jamais au grave danger de sécularisation. Face aux grands défis d’évangélisation à l’heure actuelle, il nous faut donc sortir de la torpeur et du mimétisme pour afficher une audace missionnaire sans pareille. Hier, les missionnaires occidentaux ont aussi brillé par un zèle missionnaire hors paire : quittant leurs pays d’origine, ils se sont déployés même dans les coins les plus reculés de notre pays où ils ont bâti églises, cures, écoles, centres de santé, hospices, etc. Aujourd’hui, il nous appartient de ne pas traîner le pied face aux appels de certains diocèses enclavés où des milliers de personnes attendent encore le message de l’Evangile. Voilà donc un grand défi qui attend, de notre part, audace missionnaire, imagination et créativité.

4. Le passage de la génération de «Boîte postale» à la génération e-mail ou génération arobase. Ce paragraphe correspond tant soit peu à la quatrième partie des Actes du Colloque. Dans son message à l’occasion de la journée des communications sociales 2009, le Pape Benoît XVI s’adressait particulièrement aux jeunes de la génération numérique, c’est-à-dire, ceux qui sont rompus aux nouvelles technologies de l’information dont ils sont contemporains. S’inspirant de cette pensée du Saint-Père, l’on pourrait parler de la génération arobase, la génération de ceux qui sont joignables à travers l’Internet, à la différence de la génération «Boîte postale» qui serait la génération de ceux qu’on ne peut atteindre qu’en passant par la poste traditionnelle. Le passage de la génération «Boîte postale» à la génération arobase nous permet d’évangéliser le domaine des nouvelles technologies numériques qui constitue le moule qui structure, remodèle et charrie toutes les cultures de notre temps.

5. Le passage de l’égocentrisme au christocentrisme. Le dernier chapitre des Actes du Colloque, intitulé Pour une vie consacrée christocentrique, nous exhorte à une vie centrée sur le Christ. L’égocentrisme, cette culture où l’homme se met lui-même au centre de tout, a comme conséquence l’égoïsme à outrance et la perte du sens du bien commun au grand dam de l’intérêt communautaire. Il nous faut passer de l’égocentrisme au christocentrisme en faisant de Jésus-Christ le fondement, le centre et la finalité de notre pensée, de notre agir et de notre vie. Ainsi pourrions-nous combattre les antivaleurs dans lesquelles notre société s’est enlisée. Je m’inspire ici du message de l’Archevêque de Kinshasa à l’occasion de la fête de Pâques, message dans lequel il énumère ces antivaleurs : «viols et violences contre les femmes en cascades, mauvais traitements des enfants, vol à mains armées et insécurité, homicides et assassinats, atteinte à l’intégrité familiale, mauvaise gouvernance et dilapidation des deniers publics, idolâtrie et culte de la personnalité du chef, divinisation du dictateur, déni de justice, mauvais encadrement des hommes de troupes, luxure et obscénité…» (p. 11).
Je voudrais terminer cette petite réflexion en proposant à votre méditation cette anecdote des moines du IVe S. :

Un jour, un jeune moine demanda à son aîné : pourquoi ces derniers temps, y a-t-il très peu de persévérance dans la vie monastique. L’aîné lui répondit : la vie monastique (donc la vie consacrée) ressemble à l’histoire d’un chien qui a vu une antilope et s’est mis à aboyer. D’autres chiens ne tardèrent pas à le rejoindre. Ils se mirent eux aussi à aboyer. Après un certain temps, la plupart des chiens s’en allèrent. Savez-vous pourquoi un nombre si important de chiens ont quitté la scène ?... Car, poursuivit l’aîné, beaucoup aboyaient sans voir l’antilope. Ils avaient juste imité d’autres chiens par mimétisme et perroquetage. D’où leur découragement et abandon. Par contre, les chiens qui continuent à aboyer sans arrêt sont ceux qui voient l’antilope. Ainsi, conclut le moine, le chien qui aboie en regardant l’antilope ressemble au religieux qui a braqué son regard fixé sur le Christ. Il ne lâche jamais prise…

Chers frères et sœurs consacrés, je vous souhaite de mener une vie christocentrique, regard fixé continuellement sur le Christ à l’instar de ce chien anecdotique dont le regard ne quitte jamais l’antilope.

Je vous remercie.

Roger WAWA, ssp
Président national de l’ASUMA

Kinshasa, le 21 avril 2010

 

Etole
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