Nous sommes le 12/12/2018 et il est 06h03 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Vie consacrée, signe d'espérance

(Jean Bosco Musumbi)

Introduction

Abbaye MaredsousDans l'Église, la vie consacrée est "un don précieux et nécessaire pour le présent et pour l'avenir du Peuple de Dieu, parce qu'elle appartient de manière intime à sa vie, à sa sainteté et à sa mission" (VC 3).

De cet état de vie le peuple de Dieu qui est en Afrique attend, dans le contexte trouble qui est le sien, que les personnes consacrées, dans les congrégations religieuses, les sociétés de vie apostoliques et dans les instituts séculiers, soient avant tout des femmes et des hommes de Dieu, remplis de l'esprit de foi, capables de fournir des raisons d'espérer à ceux et celles dont la vie n'a plus de sens; ou encore des personnes ouvertes à la libération des opprimés de la société.

Plus que jamais la société a besoin de véritables signes et symboles pour le monde, visibles et reconnus comme tels dans l'Église, capables de marcher à contre-courant en dénonçant le mal et en annonçant la Vérité, bref des prophètes. Cette noble tâche engage les personnes consacrées non seulement dans leur rapport avec le monde extérieur mais aussi et surtout dans leurs relations internes. En ce sens, elles deviennent des signes d'espérance tant pour l'Église que pour le monde. Homme et femme, même combat.

Notre réflexion portera sur deux points. Le premier tâchera de préciser la signification de signe et d'espérance. Le second point s'attellera à la réponse de la vie consacrée aux besoins de l'Église et du monde. Nous examinerons entre autres l'attitude face à une jeunesse meurtrie, le regard christique sur le monde et la mission spécifique de la femme. Nous pourrions ainsi, sans prétention d'exhaustivité[1], montrer comment les personnes consacrées sont réellement des signes d'espérance pour l'Église et pour le monde.

1. Quelques définitions descriptives

Présenter la vie consacrée comme un signe d'espérance pour le monde et pour l'Église, c'est vouloir la situer au coeur même de l'Évangile où Jésus s'occupe de l'homme intégrale, image de Dieu. Pour bien saisir cette mission, nous devons commencer par fournir certaines explications teRomainsinologiques.

1.1. Un signe

D'après le Vocabulaire de Théologie Biblique, on appelle signe "ce qui, par rapport naturel ou par convention, fait connaître la pensée ou la volonté d’une personne, l’existence ou la vérité d’une chose”[2]. En d’autres teRomainses, un signe est une réalité sensible qui renvoie à une autre réalité.

Auprès de qui la voit ou l'approche, la personne consacrée signifie une grande réalité de foi. Elle vit en vérité les engagements de la vie consacrée lorsque son style de vie correspond aux valeurs professées dans les voeux de religion et qu’elle fait sa part dans la mise en oeuvre du projet missionnaire de son Institut.

Le questionnement suscité dans le coeur de ceux et celles qui l'entourent est un véritable regard vers la source de toute vie et de toute vocation chrétienne. Néanmoins toute réponse à ce questionnement devient obscure et même impossible quand on ne sait pas de qui la personne consacrée est réellement signe et en quoi consiste son témoignage. En ce sens, le concept de signe est lié à celui de témoin.

1.2. La vertu d'espérance

Parler de l'espérance, c'est dire la place que tient l'avenir dans la vie consacrée du peuple de Dieu, un avenir de bonheur auquel sont appelés tous les hommes (1 Tm 2, 4). Ce sont la confiance en Dieu et en sa fidélité, la foi en ses promesses, qui garantissent la réalité de cet avenir (cf. He 11, 1) et qui peRomainsettent au moins d'en deviner les merveilles. Il est dès lors possible au croyant de désirer cet avenir ou, plus précisément, de l'espérer.

En effet, la participation à cet avenir indubitable reste problématique, car elle dépend d'un amour fidèle et patient qui est une exigence difficile pour une liberté pécheresse. Le croyant ne peut donc absolument pas se fier à lui-même pour atteindre à cet avenir. Il ne peut que l'espérer, dans la confiance, du Dieu en qui il croit et qui peut seul rendre sa liberté capable d'aimer. C'est enracinée ainsi dans la foi et dans la confiance que l'espérance peut se déployer vers l'avenir et soulever de son dynamisme toute la vie du croyant[3].

Ainsi, l'espérance apparaît comme l'une des attitudes fondamentales de l'homme biblique. Dans l'existence chrétienne la priorité appartient à la foi, mais l'essentiel est d'espérer. Sans la connaissance que l'on a du Christ par la foi, l'espérance deviendrait une utopie purement imaginaire[4]. Mais sans l'espérance, la foi se délite en devenant tiède et morte. Par la foi l'homme trouve le chemin de la vraie vie, mais l'espérance seule l'y maintient. C'est pourquoi la foi au Christ peRomainset à l'espérance de devenir certitude; et l'espérance donne tout son horizon à la foi, et la mène à la vie.

L'espérance est donc la véritable dimension de la foi; c'est la foi en marche vers son objet, un Dieu Seigneur du futur. C'est la vertu de l'homme en chemin vers la vie éternelle et qui, durant ce chemin, expérimente les difficultés de la vie et le risque de ne pas atteindre le teRomainse désiré[5]. En d'autres teRomainses: l'espérance se développe en confiance dans la grâce de Dieu qui doit nous peRomainsettre de suRomainsonter tous les obstacles.

Dans notre situation, la vertu d'espérance devient plus significative quand, face aux affrontements fratricides et meurtriers, face aux multiples souffrances et devant l'avenir parfois incertain, nous avons tendance à baisser les bras par découragement. C'est en fait là que la personne consacrée doit devenir un signe d'espérance par son engagement concret dans l'Église, sa capacité de créer l'amour et d'inventer de nouvelles façons de vivre. La vie n'est pas que fatalité. Elle est aussi et surtout bonté de Dieu.

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2. Une réponse aux besoins du monde

La vie consacrée, redisons-le, se comprend comme une mission avant tout spirituelle et comme une réponse aux besoins du monde. Telle est son identité profonde. Telle est aussi sa mission dans l'aujourd'hui de l'Afrique, terre aux multiples déchirures, lieu d'angoisse et du désespoir quant à l'avenir. Ce second volet de l'identité charismatique auquel nous voulons nous arrêter est une manière d'être efficacement missionnaire.

En effet, il y a trois façons d'être missionnaire aujourd'hui[6]. Si la première consiste à suivre le Christ, la seconde à professer les conseils évangéliques, la troisième est la réponse des personnes consacrées aux besoins du monde, ou mieux aux signes des temps. Or, notre monde est un monde tiraillé et éclaté par la violence, un monde de sans-voix à la fois assoiffé et indifférent, un monde qui dévalue la vie et dont les changements font douter de la vertu de fidélité, etc. La personne consacrée doit s'ouvrir avec amour à ce monde aimé de Dieu afin de le rendre plus fraternel. La situation de la jeunesse d'aujourd'hui nous intéresse davantage.

2.1. Attitudes face à une jeunesse africaine meurtrie

L'apostolat chrétien n'a de sens que dans la logique de l'option préférentielle pour les pauvres[7]. Or, les pauvres en Afrique aujourd'hui, il n'est un secret pour personne, ce sont aussi et surtout les jeunes de nos sociétés, abandonnés à leur triste sort, comme l'ont si bien révélé les enquêtes menées par le Père salésien Frank Ginneberge à Lubumbashi. Il suffit de nous baser essentiellement sur son précieux document[8] pour dégager une image à la fois positive et négative de la jeunesse africaine d'aujourd'hui, à laquelle ne devraient être indifférentes les familles de vie consacrées implantées en terre africaine.

a) Quelques observations positives

* Les jeunes de nos sociétés ont foi en Dieu. L'existence de Dieu est hors de doute parce que "les Africains sont par nature religieux". Cette foi est plus personnelle malgré la distance croissante vis-à-vis des structures et institutions ecclésiales. Pour les jeunes, en effet, l'appartenance à une église ou à une secte est moins importante que la foi en Dieu. Beaucoup font usage de la Bible, mais à quelle fin? Quoiqu'il en soit, "la Bible a déjà pénétré les foyers et les cases", pour reprendre les expressions de Paul De Meester.

* Les jeunes ont soif de paix et sont en quête de liberté. Face aux guerres ethniques, aux violences de tout genre, aux pillages systématiques, aux insécurités généralisées, les jeunes ne peuvent que désirer la paix, comme aime le souhaiter Jean-Paul II lors de ses rencontres avec la jeunesse. De fait, nombreux sont ceux qui s'opposent aux incitations à la violence politicienne pour ne pas être toujours de grands perdants. Ils "refusent une idéologie du développement lié au système traditionnel et n'acceptent pas le monopole de la scène politique par les aînés". Ils cherchent un rôle à jouer dans la société et veulent être reconnus comme personnes, possédant toutes les qualités qui distinguent un être humain de l'animal.

* Les jeunes sont disponibles et ils ont un sens communautaire, un sens d'appartenance à une culture, une ethnie, une association, une équipe de sport, un club, un groupe de vie ou d'amis qui deviennent un cadre de référence. Ce qui prouve effectivement que l'Africain est "un être qui vit avec". Dans ces groupes divers, les jeunes sont disponibles, prêts à rendre n'importe quel service demandé. Il suffit de penser à ceux et celles qui se dévouent au service de leurs paroisses. Combien ne prennent-ils pas de leur temps pour la chorale, la catéchèse, etc.!

* Certains paRomainsi eux répondent généreusement à l'appel du Seigneur pour son service d'amour tant dans la vie sacerdotale, séculière que religieuse. La multiplication des maisons de foRomainsation en Afrique, particulièrement au Congo-Kinshasa, est signe de la grâce divine. Le sérieux de la réponse se vérifie parfois dans le fait que l'Église ou les familles religieuses n'hésitent pas à confier très tôt de grandes responsabilités aux jeunes, en dépit du "péché" de leur jeunesse. Ils "ont dû vaincre des obstacles énoRomainses pour devenir prêtres, religieux et religieuses", constate René de Haes[9]. Les jeunes sont pleins de créativité quand on leur fait confiance et ils ont grandement envie de servir efficacement l'Église confrontée à plusieurs ennemis, notamment les sectes religieuses ou la nouvelle religiosité. Mais beaucoup se découragent quand personne ne fait attention à ce qu'ils font de bien ou de beau, et quand leur disponibilité est comptée pour rien.

b) Quelques observations négatives

* Les jeunes de nos sociétés sont sacrifiés. Il suffit de regarder de près le secteur de l'enseignement pour s'en convaincre. En effet, l'avenir de la jeunesse demeure incertain: avec ou sans diplôme, on chôme. Nombreux constituent, avec des adultes, la masse des sous-employés. Certains n'ont pas droit aux études parce que issus des familles pauvres, comme le constate un document de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo : "Notre peuple en ville comme à la campagne se trouve plongé dans une pauvreté toujours croissante au point qu'il y a lieu de craindre qu'il se soit bientôt asphyxié par la misère"[10]. En outre, les jeunes manifestent un sentiment d'insécurité et d'impuissance. Ce qui explique sans doute le phénomène d'enfants de la rue. "Au monde d'injustice, de pauvreté et de souffrance s'ajoute la désintégration dans la société et dans la vie familiale (familles incomplètes, divorces, femmes seules avec leurs enfants, prostitution, malnutrition, conflit des générations)".

* Certains jeunes sont paresseux. Ils traînent dans les rues et les carrefours, "affairés sans rien faire", parce qu'ils n'aiment pas assez le travail tant manuel qu'intellectuel. Ils détestent le moindre effort, lisent très peu et étudient moins, car la réussite en classe dépend de l'argent et non forcément de l'intelligence. Voilà pourquoi la baisse du niveau d'études est spectaculaire en certains pays d'Afrique comme le Congo-Kinshasa. La société reçoit alors des jeunes dont les diplômes sont inutiles et "nuisibles parfois à l'État et à la société". Cette jeunesse semble le produit d'un programme d'enseignement qui, pense Tidiane Diakité, "ne servirait au mieux qu'à faire des Africains les ramasseurs de poubelles et les moutons de Panurge de la communauté internationale de l'an 2000"[11].

* D'autres encore n'ont pas de "projet de vie" et manquent de sincérité. Ils ignorent ce à quoi ils pourront être utiles demain. De fait, le choix des études supérieures, faute sans doute de l'État, est arbitraire. L'essentiel est de "se faire caser". Ainsi sont-ils souvent irresponsables et naïfs, se nourrissant des relations "oniriques" avec le présent. Dans un tel contexte, on comprend pourquoi bien de gars préfèrent être pris la main dans le sac que de se faire "accuser", ou mieux avouer sa faute; le malin est celui qui triche sans être attrapé!

* Les jeunes sont en relations conflictuelles avec leurs parents et leurs aînés. La modernité et la perte des croyances traditionnelles ont provoqué la crise de l'autorité. "Les jeunes se trouvent à l'étroit dans les anciens cadres qui freinent ou bloquent leur désir d'épanouissement"[12]. Aussi accusent-ils le passé d'être cause des malheurs du présent. Voilà qui pourrait justifier dans certains milieux la persécution de vieilles personnes surtout quand la mort arrache quelqu'un à la fleur de l'âge. Cela arrive malheureusement même lorsque les causes de décès sont médicalement connues. Problème de mentalité.

* Nombreux sont ceux qui aiment l'aisance, la vie facile et sont incapables de justifier leur foi chrétienne. Ils ont opté pour la loi du moindre effort et ne veulent pas entendre parler de la croix. Renonçant à leur mission d'être "le sel de la terre" et "la lumière du monde" (Matthieu 5, 13. 14), , les jeunes chrétiens en l'occurrence se modèlent naïvement sur le monde à travers la course effrénée derrière la mode (habillement, coiffure, danse, etc.). Une telle légèreté ne peut que déboucher sur l'incapacité de justifier sa foi en Jésus-Christ. De fait, certains se laissent facilement acculer par des adeptes de la nouvelle religiosité qui "séduisent par la force de leur conviction, la sincérité de leur enthousiasme, la simplicité de leur doctrine. Chez plusieurs, par leur amour de Jésus"[13]. Quelle contribution le troisième millénaire pourrait-il attendre de tels jeunes pour l'édification du monde?

Si telle est en substance l'image de la jeunesse africaine d'aujourd'hui, avenir de l'Église et des Instituts de vie consacrée, les personnes consacrées doivent imaginer d'autres foRomainses de dialogue et d'encadrement pour les amis du Christ (cf. Marc 10, 14).

2.2. La tâche de reconstruction

L'attitude du Christ doit encourager les personnes consacrées à répondre généreusement à l'invitation du Synode sur la vie consacrée. Elles doivent "reprendre avec une déteRomainsination renouvelée la mission de l'éducation, là où c'est possible, dans des écoles de tous les types et de tous les niveaux, dans des Universités et des Instituts d'enseignement supérieur" (VC 97). Cela concerne bien sûr en premier les Instituts dont le charisme spécifique est l'enseignement ou l'éducation. Mais puisque tous sont au contact de la jeunesse, chacun doit avoir sa part de responsabilité dans la reconstruction de ce monde. Il faut s'engager davantage afin que les jeunes grandissent haRomainsonieusement dans la recherche des voies de Dieu.

Aussi, avec perspicacité les personnes consacrées doivent-elles être une réponse efficace, en occurrence, au récent phénomène d'enfants de la rue dont les causes principales sont entre autres l'éclatement de la famille, l'échec scolaire et la pauvreté. Selon Annie Ikwala de la Divine Providence, ces enfants sont des révoltés contre la vie noRomainsale, la famille, la société et même contre Dieu: "Pour eux, Dieu n'existe pas; si Dieu existait, ils ne souffriraient pas ainsi"[14]. Et pourtant ils sont pleins de solidarité entre eux et ils ont besoin de rencontrer des personnes qui les aiment et les écoutent, qui les encadrent et les orientent vers une vie meilleure. Comme on peut le deviner, la réussite d'une telle entreprise dépend en gros de la qualité de notre dialogue avec cette jeunesse meurtrie. Ce qui peRomainsettrait de découvrir leurs vraies attentes. Or dialoguer n'est pas un exercice facile.

Le véritable dialogue suppose trois attitudes fondamentales: savoir écouter, reconnaître l'autre comme un interlocuteur valable et répondre "au vrai de la demande". La foRomainsation devrait aider les personnes consacrées à cultiver davantage ces dispositions indispensables pour la vie missionnaire. Le but étant de découvrir et d'accomplir ensemble la volonté divine, le véritable évangélisateur doit écouter humblement, patiemment, avec tout son coeur et en renonçant à son esprit propre et à toute théorie. En effet, le dialogue exige qu'on accueille l'autre à la manière du Christ qui s'est identifié aux pauvres dans sa vie terrestre. En d'autres teRomainses, le dialogue nous peRomainset de recevoir l'autre comme personne humaine, à la fois différente et semblable à nous, ayant ses qualités et ses limites, capable de nous apprendre quelque chose de sa vie.

Aussi le véritable dialogue doit-il peRomainsettre non pas de suggérer nos solutions parfois inadaptées à l'autre mais de l'aider réellement à être lui-même, authentique, c'est-à-dire image de Dieu. Alors l'autre devient pour nous "quelqu'un qui demande à être écouté jusqu'au bout, une personne dont on cherche à saisir le vrai besoin par-delà la foRomainse des mots et qui a faim d'être écoutée et aimée pour elle-même, jusqu'à trouver confiance en elle-même et par le fait même trouver les réponses qu'elle porte". On ne saurait y arriver sans la confiance réciproque et sans le respect de l'autre. Ce qui nous manque le plus souvent.

Voilà qui fait que nous ne soyons réellement réponse aux signes des temps dans le contexte qui est le nôtre aujourd'hui. Seule l'école de Jésus, celle de "l'amour sans frontière", pourra nous aider à nous engager plus efficacement, "pour que le monde devienne plus serein et plus capable d'accueillir Dieu et, en Lui, tous ses fils et toutes ses filles" (VC 106).

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2.3. Témoignage d'un regard christique

Concrètement, l'Afrique attend de personnes consacrées un témoignage plus évangélique, plus incarné. Quelles que soient les argumentations opposées à une telle vérité, il reste clair que tout l’effort de l’inculturation de la vie consacrée en Afrique en dépend largement.

En effet, la réponse de la vie consacrée aux défis actuels du monde, particulièrement africain, ne se trouvera pas, disons-le avec Soeur Silvia Vallejo, “en se retirant du monde pour se défendre contre ses dangers mais plutôt en s’y insérant avec une conscience claire de ce que nous sommes et de ce que nous cherchons, le regard et le coeur fixés sur Celui qui nous façonne et nous renouvelle constamment, Jésus qui nous remplit de son Esprit et nous envoie prêcher l’Évangile dans le monde entier (cf. Matthieu 28, 19)”. Sur ce point, avouons-le, les membres des instituts séculiers ont beaucoup à apprendre aux religieux et religieuses.

L’intimité des personnes consacrées avec le Christ qui passait partout en faisant le bien devrait leur inspirer son regard prophétique. En effet, qui prétendrait prier profondément sans admirer l’histoire du salut? L’union à Dieu les ouvre au monde et les pousse à unir leurs talents à l’effort de toutes les personnes de bonne volonté qui cherchent par tous les moyens à améliorer les conditions de vie du genre humain. Quatre attitudes apostoliques de Jésus méritent d’être mentionnées.

a) Un regard qui aime

“Jésus le regarda, nous dit l’Évangile, et se prit à l’aimer” (Marc 10, 21). Comme ce regard du Seigneur sur le jeune homme riche, les personnes consacrées doivent sentir que Dieu les appelle aujourd’hui à aimer convenablement les autres, à accueillir sans discrimination et à respecter toute personne qui désire les rencontrer, homme ou femme, jeune ou vieux. “La pureté chrétienne ne signifie pas refuser ou mépriser l’amour, mais au contraire, cultiver l’amour. Mais l’amour vrai”[15]. C’est un devoir sacré, un mandat inconditionnel qu’aucun prétexte ne peut ou ne doit excuser. Sa réalisation dépendra de la vie de prière quotidiennement bien nourrie.

Il faut avouer, cependant, que dans notre société, cet amour humain contient beaucoup de risques. La personne que je rencontre ne le vit pas nécessairement au même niveau que moi. Lorsqu’il s’agit d’une personne de l’autre sexe, l’égoïsme et le transfert affectif ne tardent pas à s’y mêler. Et souvent la tendance pour l’autre est de profiter de ma sympathie pour m’adresser n’importe quelle parole, vice versa. Et quand il s’agit d’un homme, le profit matériel prend le dessus sur le désintéressement. Voilà qui pourrait freiner l’élan d’une charité saine. C’est ici que s’impose justement l’impérieuse nécessité de discernement de nos relations d’amitié, là où l’amour d’amitié est possible.

Autant “la bougie bénie peut brûler”, autant les amitiés même privilégiées peuvent devenir dangereuses. A en croire Xavier Thévenot, l’amitié privilégiée peut être positive. Elle

signifie un lien affectif fondé sur la sympathie qui pousse à une communion profonde, tant dans le domaine des idées que dans celui des sentiments, et qui se traduit par une réciprocité réelle des confidences sur soi-même. Dans un tel lien, l’autre est objet d’attention privilégiée et source spécifique de joies et de préoccupations. De plus, les partenaires d’une telle amitié sentent que la force du désir sexuel n’est jamais totalement absente, même si elle est maîtrisée[16].

Là où elle sera possible, les personnes consacrées éviteront de trahir leur voeu de chasteté en vue du Royaume. Pour y demeurer fidèle, chacun tiendra à être vrai avec lui-même, exercera sa responsabilité quant aux gestes et vivra une certaine ascèse comme l’exige l’Évangile. “Si ton oeil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin...” (Matthieu 5, 29). On ne vit pas un amour sans sacrifice, sans renoncement.

b) Un regard qui prend en pitié

Lisons une fois de plus l’Évangile: “Or, ayant levé les yeux, Jésus vit une grande foule qui venait à lui. Il dit à Philippe : <Où achèterons-nous des pains pour qu’ils aient de quoi manger?>” (Jean 6, 5). Jésus demande aux personnes consacrées d’être attentives aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui afin de discerner leur vrai besoin et de les secourir. Comme lui, elles doivent être capables de percevoir les appels du monde, les signes des temps à l'instar de Marie aux noces de Cana (cf. Jean 2, 1-12).

La prière profonde, redisons-le, porte inévitablement à cet ardent désir de regarder le monde dans ses besoins matériels et spirituels. Les personnes consacrées sont conscientes de ses joies et de ses souffrances. Mais les misères sont tellement nombreuses qu’elles se trouvent souvent impuissantes, incapables d’aider. Même si chacun possédait des sous disponibles, on hésiterait à se présenter en donateur universel pour ne pas entretenir le paternalisme et la paresse. Le mieux serait néanmoins d’offrir au Seigneur toutes ces souffrances et d’encourager les gens à vivre de la sueur de leur front. Mais que pourrait-on exiger, par exemple, des enfants de la rue ou des malades? C’est assurément là que tout se complique; c’est de là également que proviennent toutes les incompréhensions; c’est de là enfin que commence ou s’impose un réel discernement.

c) Un regard qui corrige

“Il trouva dans le temple, témoigne st Jean, les marchands de boeufs, de brebis et de colombes ainsi que les changeurs qui s’y étaient installés. Alors s’étant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple (...) Ôtez tout cela d’ici et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic” (Jean 2, 14-16).

Nous sommes reconnaissant envers le Seigneur pour les merveilles qu’il ne cesse d'accomplir aujourd’hui paRomainsi son peuple. Beaucoup de gens fréquentent les églises. Mais ces croyants ont-ils de bons pasteurs? Il n’est pas impossible que les profiteurs s’y mêlent et répandent des erreurs doctrinales. Quand dans une église les membres ne peuvent se saluer ou se marier qu’entre eux, n’offrir du travail qu’à leurs frères et soeurs “en Christ”, ne respecter que les membres de leur groupe de prière, il y a lieu de se demander où est l’amour “sans frontière” de Jésus Christ? Et quand s'y mêlent ouvertement la magie, la soif du pouvoir et d'argent dont sont souvent victimes les femmes, il faut chercher rigoureusement à libérer l'intellectuel d'aujourd'hui de sa naïveté et de sa complicité.

Devant de telles situations, les personnes consacrées devraient fortement éprouver le goût de parler de Jésus Christ avec conviction, Lui qui est venu paRomainsi nous “non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude” (Marc 10, 45), Lui qui nous a appris à aimer nos ennemis et à leur vouloir du bien (cf. Matthieu 5, 43-48).

d) Un regard qui libère

Les membres de vie consacrée qui vivent en Afrique ne doivent pas croiser les bras à l’heure de la reconstruction de nos pays surtout quand l’État semble démissionner de son pouvoir. Ils ne doivent pas perdre de vue la mission prophétique qui est la leur dans l’Église, le devoir d’être “signe eschatologique”. Loin de se plonger dans le découragement dû aux multiples mauvais traitements dont elles sont souvent victimes, les personnes consacrées “ont l’impératif de comprendre leur voeu de pauvreté comme exigence de la justice sociale et de la libération”[17]. Ce qui fut l’engagement de Jésus au milieu de son peuple aux multiples barrières humaines.

Continuateurs de Jésus, ses disciples perpétuent son action sous la mouvance de l’Esprit Saint. Ils ne doivent pas avoir peur de soulager la misère du monde. Dieu ne cesse d’agir à travers sa présence mystérieuse dans son Église (cf. Matthieu 28, 20). Les personnes consacrées doivent rétablir les personnes blessées dans leur dignité comme le faisait Jésus de Nazareth.

Il y a bien d'autres femmes courbées (Luc 13, 10-17) paRomainsi nous. C'est toute personne dans le besoin tant matériel que spirituel, méprisée par la société. A elle il faut apporter le Christ. Au couvent, c'est aussi moi-même, mon confrère et ma consoeur.

Certes, tous devront faire que chacun retrouve sa grandeur d’homme debout, actif, capable de prendre son destin en main. Qu’au nom de Jésus, les personnes consacrées lèvent et fassent marcher quand paralyse l’épreuve de la faim, la maladie, la violence, l'oppression, l'injustice, etc.

2.4. Le rôle spécifique de la femme

"Un pays qui laisse mourir de froid ses enfants et de faim ses vieux hommes; un pays qui préfère ses aïeux à ses vivants et installe ses hôpitaux dans des ruines historiques (...); un pays qui déterre ses morts pour ses les lancer à la tête; un pays dont l'hymne n'est plus jamais chanté que par les uns contre les autres et dont chacun tire à soi le drapeau, j'aimerais bien que ce ne fût pas le mien" (G. Sesbron).

En nous appropriant cette pensée de Sesbron nous nous sentons en droit, après ce survol sur la façon d'être réponse aux signes des temps, de reconnaître et de donner à la femme la place qui lui revient dans l'édification de l'Église. Le corps du Christ doit être une réponse aux problèmes brûlants d'aujourd'hui: la pauvreté grandissante, les coups d'états militaires, la guerre, l'instabilité politique et économique, la corruption, la prostitution, etc. Nous voulons parler de la femme consacrée qui, par son fiat au Seigneur, n'est qu'abandon et dévouement. Quel serait son apport à la reconstruction de notre société?

Malheureusement, certains écrivains ne présentent souvent la femme que négativement comme étant celle qui apporte le péché au monde. Et pourtant, selon la logique de l'anthropologie africaine, la femme est celle qui donne la vie, qui la sauve, la nourrit, l'éduque et l'entretient. Celle consacrée joue un rôle vital et irremplaçable dans la distribution des dons de l'Esprit, de la foRomainsation et la direction spirituelle de la communauté chrétienne. Son apport est précieux dans la liturgie, la prière, l'Eucharistie, dans l'administration de l'Église[18].

Ne voir la femme que sous l'angle négatif de l'existence, c'est ignorer la place unique de Marie dans le mystère du salut. C'est aussi oublier gravement la beauté des femmes de l'Évangile, celles qui suivirent fidèlement l'appel du Christ. Il suffit de penser à la Samaritaine ou à Marie de Magdala pour découvrir le véritable coeur de la femme authentique: un coeur qui aime grandement et témoigne activement de Jésus. La lettre Apostolique de Jean-Paul II sur la dignité et la vocation de la femme, "mulieris dignitatem", nous en dirait davantage. "La façon d'agir du Christ, l'Évangile de ses oeuvres et de ses paroles, est une protestation cohérente contre ce qui offense la dignité de la femme. C'est pourquoi les femmes qui se trouvent dans l'entourage du Christ se redécouvrent elles-mêmes dans la vérité qu'il "enseigne" et qu'il "fait", même lorsque c'est une vérité sur leur "condition de pécheresse" (n° 15).

Mais pourquoi des femmes ont-elles été les premières averties de la résurrection? Jésus aurait pu se manifester directement à ses disciples, et le tombeau vide être découvert par n'importe qui, puisque le témoignage des femmes n'avait pas de valeur juridique chez les Juifs. Il faut le reconnaître avec France Quéré,

chaque évangéliste prend soin de noter que les femmes ne sont pas allées clamer la nouvelle n'importe où. Elles ont évité la dispersion paRomainsi des foules, qui sont inconstantes et sujettes au délire. Cet événement devait être porté par des témoins sûrs: des femmes, fidèles accompagnatrices des disciples choisis et confiRomainsés, puis des évêques et des prédicateurs ordonnés[19].

A la lumière de ces femmes qui offrent le premier témoignage de la foi et la plus vivante réponse de l'humanité à l'appel de la grâce, la femme consacrée d'aujourd'hui doit être le témoin fidèle du Christ de par son style de vie, témoin de fidélité à sa consécration. Dans un monde de relativisme, elle doit aimer sa vocation, son institut ou sa famille religieuse, sa société avant même de s'engager pour elle. On ne donne le meilleur de soi-même qu'à celui ou celle qu'on aime. Voilà qui peRomainset un service désintéressé. La femme consacrée devrait mettre en évidence son rôle d'être le levain dans la pâte au sein d'une société tiraillée plutôt que de se lancer sans cesse dans des polémiques autour de l'émancipation de l'être féminin. Ce qui en réalité n'est que l'expression d'un complexe d'infériorité par rapport à l'homme.

Avec sa sensibilité de mère, elle contribuerait plus efficacement à modifier, en l'occurrence, le comportement des danseuses exploitées par les vedettes de la chanson africaine, la conduite des enfants de la rue qui ont besoin de tant d'affection, ainsi que l'attitude des femmes exploitées naïvement par des sectes religieuses qui envahissent le monde.

La femme est bien sûr victime des traditions ou de la mentalité africaine. Mais la femme consacrée doit, en vertu de sa mission prophétique, marcher à contre courant en dénonçant les injustices de la société. Elle doit combattre vigoureusement, par exemple, la pratique de la dot qui devient de plus en plus un moyen d'autofinancement pour les parents de la fille. Ce qui explique parfois le célibat de longue durée chez bon nombre de jeunes. Curieusement, la dot est pratiquée même dans certaines congrégations au Congo. Nous pourrions la qualifier de "dot religieuse". Voilà qui détruit le sens de donation totale au Christ. Les congrégations pensent se débarrasser du parasitisme familial en donnant une somme considérable aux parents de la fille qui désire partager leur style de vie (aide matérielle à la famille). L'intéressée s'en réjouit parce qu'elle se compare aux autres filles appelées au mariage et parce qu'elle pense être libérée de la pression familiale. Or, en Afrique, loin de couper les liens entre les partenaires, la dot les renforce. Elle unit les familles impliquées. Cette ignorance prouve que le réflexe d'inculturation de la vie consacrée en Afrique doit commencer par l'initiation sérieuse aux cultures africaines. Que savons-nous de nos cultures et de nos mentalités africaines?

Certes, comme dit Claire Mbuyi, "Il faut d'abord un changement de mentalité chez la femme elle-même. La femme doit nécessairement prendre conscience de sa propre dignité de personne humaine et désirer la libération tout en s'engageant elle-même pour sa propre cause"[20]. Cela concerne aussi les femmes consacrées. Une preuve éloquente d'esclavage féminin, c'est le fait de continuer à s'habiller en religieuse alors qu'on ne l'est plus! Ne serait-ce pas un complexe d'identité? Et quand l'habit sert de laissez-passer, la vie consacrée tombe en ruine et les personnes consacrées cessent d'être des signes d'espérance pour l'Église et pour le monde.

Conclusion

En somme, comme le dit Lumen Gentium, la vocation consacrée "consiste à se donner plus radicalement à Dieu et au service des frères grâce aux conseils évangéliques de façon à devenir un signe" (n° 44). Tous doivent comprendre que la personne consacrée, qui s'engage par vocation, témoigne du Christ, l'annonce par sa vie, agit comme lui, bref, elle est un autre Christ. Loin de déchoir, elle déploie un effort constant pour rendre toujours plus effective la mort au péché et la vie pour Dieu (cf. Romains 6, 12s).

Aussi la personne consacrée, dans l'aujourd'hui de l'Afrique, doit-elle continuer à annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ dans la simplicité de son être et la sincérité de son coeur à l'exemple des missionnaires d'hier, qui arrivaient l’Évangile à la main et le charisme en poche. Face aux vicissitudes de la vie, aux épreuves de tout genre, elle ne doit pas se lasser d'imiter le Christ et les vertus des Apôtres telles l’humilité, l’ouverture, le don de soi, le respect de l’autre, l’abnégation, l’altruisme, le sacrifice.

Fidèles à leur vocation d'être mémoire de la première communauté chrétienne (retour aux sources), les personnes consacrées doivent avoir le courage de réprimer les penchants mauvais qui détruisent l'unité de vie, la communion ecclésiale; le courage de se libérer de leur égoïsme pour s'attacher au Christ, l'unique nécessaire. C'est en cela que s'exprime leur mission d'être des signes d'espérance pour l'Église et pour le monde. Les chrétiens d'aujourd'hui comprennent très vite si nous sommes des hommes de Dieu ou des commerçants, si nous sommes pour eux ou pour nous-mêmes. De la qualité de notre consécration et de notre travail dépend leur jugement sur nous.

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Notes:

[1] Notons que cet article complète celui sur la mission spirituelle de la vie consacrée, auquel nous renvoyons le lecteur pour d'autres explications utiles sur le sujet. Les deux articles examinent l'identité profonde de la vie consacrée.

[2] “Signe”, in Vocabulaire de théologie biblique, 6e éd., Paris, Cerf, 1988, col. 1230.

[3] Cf. Vocabulaire de théologie biblique, 6e éd., Paris, Cerf, col. 381.

[4] Cf. PIANA G., "Espérance", in Dictionnaire de Vie Spirituelle, Paris, Cerf, 1987, p. 331.

[5] Cf. BERNARD C. A., Traité de théologie spirituelle, Paris, Cerf, 1986, p. 137.

[6] GOUDREAULT H., "Consécration et mission aujourd'hui: interrogations, réponses et contributions spécifiques", in Omnis Terra, n° 350, février-mars 99, p. 79-93.

[7] Dans l'histoire de la spiritualité chrétienne, l'expression "vie apostolique" n'exprime rien d'autre que le désir de vivre à la manière des Apôtres. L'apostolat (apostolos, apôtre) se comprend comme toute activité du Corps Mystique qui tend vers ce but (cf. AA, 2).

[8]  "Les jeunes africains en quête de leur identité", in Mbegu n° 27, Lubumbashi 1987. 

[9] "Vie consacrée en Afrique et à Madagascar", in Telema n° 11, 1977, p. 82.

[10] Former en même temps les jeunes et les adultes, Kinshasa, (C.E.Z.) Secrétariat Général, 1991, p. 11.

[11] DIAKITÉ Tidiane, L'Afrique malade d'elle-même, Paris, Karthala, 1986, p. 122-123.

[12] de MEESTER P., L'Église d'Afrique hier et aujourd'hui, Kinshasa, Saint Paul Afrique, 1980, p. 182.

[13] VERNETTE J., Jésus dans la nouvelle religiosité, Paris, Desclée, 1987, p. 46.

[14] Extrait d’une lettre à ses consoeurs (Kinshasa, le 31 octobre 1996).

[15] CANTALAMESSA R., La sobre ivresse de l’Esprit, t. 1, Paris, Desclée de Brouwer, 1995, p. 99.

[16] Repères éthiques pour un monde nouveau, Mulhouse, Salvator, 1982, p. 68ss.

[17] KAYIBA P. et MUZUMANGA  F., Femme blessée, femme libératrice dans l’Église-Famille, Kinshasa, Baobab, 1995, p. 28.

[18] Cf. MUSHETE N., "Éléments d'une spiritualité libératrice", in MVENG E. (dir.), Spiritualité et libération en Afrique, Paris, L'Harmattan, 1987, p. 55-58.

[19] Les femmes de l'Évangile, Seuil, 1982, p. 61.

[20] Et la femme sauvera l'homme. Qui sauvera la femme?, Kinshasa, Baobab, 1994, p. 8.

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