Notre objectifNotre plaquette

=/ RM 16.01.2011 /= Mbote

Douceur et détermination face à la violence

Deux questions m’obsèdent ces derniers temps: pourquoi tant de violence dans le monde et comment les plus faibles peuvent-ils se défendre de la désolation? Impossible de rester indifférent à ce qui paraît injuste dans la plupart de nos sociétés. Dans un article publié récemment sur cette page web, j’ai tenté de répondre à une préoccupation d’un visiteur en m’arrêtant particulièrement à la notion de paix intérieure. Après m’avoir lu, il revient avec cet autre sujet qui mérite un approfondissement:

«Ton commentaire sur les pensées qui troublent la paix intérieure me pousse à poser une autre question. Face à la violence quotidienne à laquelle nous sommes habitués dans la rue, dois-je toujours me montrer doux pour maintenir la paix intérieure? Je considère une telle attitude comme une passivité, un manque de détermination dans une société qui a pourtant besoin de la contribution de chacun de ses membres pour sa reconstruction».

Théologat omi KintamboJ’aimerais commencer par cette anecdote afin de ne pas commettre une quelconque erreur d’appréciation. En 2002, quelques-uns de nos étudiants à Kinshasa venaient d’apprendre que plusieurs membres de leurs familles avaient été égorgés pendant la guerre qui sévissait à l’Est du Congo. Je leur dis par compassion: acceptons la volonté de Dieu. Après un bout de silence l’un d’entre eux répliqua: «Tu parles de volonté de Dieu parce que ce malheur n’a pas touché ta propre chair»!

 

Comme il est difficile de ne pas sombrer dans la brutalité, l’agressivité lorsqu’on voit détruire ses biens ou sa vie! Le reflexe normal est de se défendre mais peut-on le faire en douceur, c’est-à-dire sans choc violent, sans brutalité, sans éclat de voix? Pourtant, Jésus dit: «Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs, afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux» (Matthieu 5, 44-45). Ou encore la Béatitude: «Heureux les doux, ils auront la terre en partage» (Matthieu 5, 4). Est-ce une invitation à la résignation ou à la vertu chrétienne qu’est douceur?

 

En effet, dans un contexte de réconciliation, la vertu de douceur «nous aide à tendre la joue droite non pour tout accepter mais pour pardonner autant de fois que nécessaire, pour sortir du cercle de la violence et de la vengeance». En d’autres termes, la douceur nous permet de résister joyeusement à la passion entre autres de colère qui peut nous envahir, comme l’explique si bien le philosophe Alexandre Jollien:

«Concilier douceur et détermination est sans doute l'une des choses les plus difficiles au monde, je l'avoue. De là à se priver d'un si fécond mariage, il y a un pas que je me refuse de franchir. Je me couperais de l'essentiel. Oser la douceur, c'est quitter résolument la brutalité, la violence, la distance pour accueillir autrui, le réel et soi sans aucune rudesse, c'est devenir profondément actif et résister joyeusement à toutes les passions tristes qui peuvent s'élever».

Tu réalises combien la douceur, comme la paix dont nous avons parlé antérieurement, est un fruit de l’Esprit au même titre que l’amour, la confiance dans les autres, la maîtrise de soi, etc. (Galates 5, 22). Loin d’être un saint Vincent de Paulmanque de détermination, la douceur est une véritable force de l’homme dont Jésus est le modèle pour les chrétiens. «Je suis doux et humble de cœur» (Matthieu 11, 29). Chez saint Vincent de Paul, cette douceur n'exclut en aucun cas une certaine fermeté surtout pour l'éducateur. "La douceur ne nous fait pas seulement excuser les affronts et les injustices que nous recevons, mais elle veut même qu'on traite doucement ceux qui nous les font, par des paroles aimables, et, s'ils venaient à l'outrage jusqu'à donner un soufflet, qu'on le souffre pour Dieu; et c'est cette vertu qui fait cet effet-là".

 

Certes, l’amour du prochain est exigeant. «Aimez vos ennemis! C'est peut-être la parole la plus difficile qu'on ait jamais entendu»! Cet objectif te semble-t-il hors d’atteinte? Je ne t’incite pas à abandonner ta foi comme le font tant d’autres par lassitude mais à mieux comprendre en quoi consiste l’amour qui motive la douceur. «Avant d’être un sentiment (émotion) l’amour est un acte», c’est-à-dire un geste de générosité, de gratuité à l’égard des autres y compris tes ennemis d’aujourd’hui. Voilà le défi.

 

(ayaas)

Etole
But© Ayaas.net, 24 août 2007 - Site personnel de jbmusumbi, o.m.i. Merci de votre précieuse collaboration

Valid XHTML 1.0 Transitional