=/ RM 13.03.2011 /= Mbote
Dans sa méditation de carême 2011 intitulée "Touriste ou pèlerin?", le Frère dominicain Philippe Toxé, s'inspirant du récit de la tentation de Jésus au désert (Matthieu 4:1-11), pose cette double question aux enfants de Dieu que nous voulons être: «quelle nourriture nous désirons et quelle conception nous avons
de Dieu?» (Voir Retraite dans la ville). Pour tenter de répondre personnellement au second volet de la question, je dois me référer à mon expérience de Dieu. «Le chemin de notre vie nous est personnel, car notre histoire est unique», précise Philippe.
En effet, l'expérience de Dieu se conçoit comme une connaissance en raison d'une rencontre personnelle, comme l'exprime si bien le saint homme Job: "Je ne te connaissais que par ouï-dire, maintenant, mes yeux t'ont vu" (42:5). En d'autres termes, l'expérience de Dieu est liée aux verbes Entendre et Voir. Ainsi, l'Apôtre Jean peut dire: "Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, à vous aussi, afin que vous aussi, vous soyez en communion avec nous" (1 Jean 1:3). Le messager de la Bonne Nouvelle n'annonce avec grande conviction que ce qu'il a entendu et ce qu'il a vu. Il en est le témoin privilégié: témoin de l'amour, de la joie, de la puissance de Dieu.
Il s'ensuit que, pour un croyant, une croyante, la vraie conception de Dieu émane d'une authentique prise de conscience de la réalité divine en sa vie. Je pense précisément au "moment où la personne humaine se considère responsable de sa vie devant Dieu, c'est-à-dire lorsque la relation à Dieu devient une relation totale de personne à personne", comme le dit si bien Charles-André Bernard. Manquer de cette expérience spirituelle, c'est courir le risque de ne prêcher que ce que d'autres ont écrit ou de ne pas parler d'expérience quand on prononce les mots Dieu, Jésus, Saint-Esprit!
Dans ce contexte, loin d'être une idée abstraite, mon Dieu est VIVANT. Mes parents m'ont appris à l'appeler "Créateur", parce qu'il est la source de toute vie. Bien qu'il soit un Mystère, je l'ai personnellement rencontré comme un compagnon de route qui prend soin de l'orphelin et de l'innocent; comme une personne avec qui je peux dialoguer, voire discuter, et qui répond quand je crie vers lui; comme la lumière qui éclaire les ténèbres de ma vie; comme celui qui m'obéit, car il ouvre pleinement ses yeux lorsque je lui demande de me regarder; comme un ami, parce qu'il sait tout de moi et je n'ai rien à lui cacher; comme celui que je fais souffrir lorsque le péché m'envahit; comme celui qui pardonne lorsque j'implore sa miséricorde. Bref, mon Dieu est Amour. Mes égarements ne diminuent en rien son être-Dieu. Par ailleurs, il est celui que je crains parce qu'il éprouve ceux qu'il aime. Autant d'images qui accompagnent mon cheminement de foi fragile!
Parfois, l'expérience de la miséricorde obtenue aide à mieux connaître Celui dont nous parlons. C'est la «Chance d'être pécheur». L'expérience personnelle de la pécheresse pardonnée, l'une des plus belles histoires de l'Evangile, en dirait davantage (Luc 7:36-50). Ce qui n'est nullement une insinuation du cercle de médiocrité, une invitation à s'installer dans le péché. Chose évidente, la marche de montée vers Jérusalem est cette contemplation de l'immense amour de Dieu avant d'être un effort personnel, un combat contre le péché. C'est la joie d'une vie nouvelle en la résurrection du Seigneur. «Au bout de la patience, il y a le ciel», dit un proverbe africain. Bonne montée vers Pâques!
(Ayaas)