10. Fidélité à la réponse aux signes des temps

 

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L'adaptation du charisme religieux vivement recommandée par le Concile Vatican II n'est rien d'autre que la soif d'être réponse aux signes des temps. Ils sont multiples dans le contexte de nos sociétés en situa­tion de crise, c'est-à-dire “où les institutions d'hier ne fonctionnent plus et celles d'aujourd'hui pas encore”[1].

1. Soif de justice et de paix. Face aux pouvoirs dictatoriaux, aux guerres ethniques et aux souffrances engendrées par des crises économiques interminables, le peuple africain aspire à un État de droit ou règnent justice et paix. Les efforts sont conjugués pour qu'on y arrive. Les maisons religieuses devraient servir de modèle en cette matière grâce à la foi des membres en Jésus tou­jours vivant.

Or, malheureusement, il n'en est pas toujours le cas : les uns peuvent posséder des biens matériels et d'autres non; aux uns la communauté peut donner des moyens d'exercer efficacement leur apostolat, tandis que d'autres sont voués à “tirer leur plan”; cer­tains ont des “caisses noires” (argent reçu des bienfaiteurs géré librement) pendant que d'autres se font humilier, gronder publi­quement par des économes capricieux.

2. Quête de liberté. Le processus de dé­mocratisation envahit l'Afrique. Tous apprennent à s'exprimer librement bien qu'im­parfaitement encore, à faire valoir leurs droits longtemps mécon­nus des institutions dictatoriales[2]. Il est tout à fait dommage de constater que certains religieux ne permettent pas à leurs confrères d'exprimer leur opinion : on leur coupe la parole. Pourtant, dans le Christ, nous sommes libres ! Mais les jeunes abusent parfois en cédant au libertinage : relativisation du règle­ment de la maison. Certains croient même que liberté signifie ne pas rendre compte de sa vie à son supérieur.

3. Soif d'unité. Le monde aspire à l'unité. Les médias nous font connaître beaucoup d'efforts en ce domaine. Les asso­cia­tions et les organismes internationaux se multiplient. Cela n'est pas nou­veau. A la Création, Dieu a voulu que l'homme et la femme “de­viennent une seule chair” (Gn 2, 24); et Jésus a prié afin que “tous soient un” (Jn 17). Dans une société en lambeaux comme la nôtre, où les peuples cherchent à se souder, les reli­gieux doivent servir de référence en matière d'unité. Mais dans certaines communautés influencées par les divisions tribales de nos sociétés, chacun tient à valoriser sa langue et à ne manger que le repas de chez lui ! Il est même difficile d'avoir un ami qui ne soit de sa tribu ou de sa région. Faute de motivation surnaturelle, on détruit l'élan spirituel des membres en donnant aux “politiciens” l'occasion de s'immiscer dans les affaires de la communauté. Tel comportement choque. Raison pour laquelle les supérieurs majeurs du Zaïre, conscients du danger qui guette la vie religieuse “africaine”, recommandent aux religieux et reli­gieuses : 

“Maintenant plus que jamais, nous religieux et religieuses, nous devons donner à tous un authentique té­moi­gnage d'unité pour vaincre ce fléau toujours vivace du tribalisme ou du régio­nalisme qui fait tant de tort au pays, provoque tant de meurtres et de souf­frances et est en contradiction flagrante avec l'Evangile, auquel nous faisons profession de conformer notre vie. Le Christ le dit clairement : ‘A ceci tous reconnaî­tront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres’ (Jn 13, 35)”[3].

4. Désir de solidarité. Dans cette Afrique déchirée, les gens cherchent à se regrouper pour s'entrai­der, secourir les nécessi­teux de la société, partager le peu qu'ils ont avec d'autres. A côté des organismes internationaux d’aide humanitaire, on voit des pa­roisses qui se mobilisent pour une action caritative. Ne sont-elles pas motivées par l'Evangile qui prône l'amour de Dieu et du pro­chain ? Face à cette réalité, les religieux africains doivent montrer qu'ils sont des spécialistes du partage. Les communautés qui possèdent assez de ressources doivent pratiquer davantage le partage avec celles qui n'ont rien et avec les pauvres.

5. Désir de se prendre en charge. Quand, en janvier 1994 in­tervient la dévaluation du Franc CFA, qui déstabilise l'économie des quatorze pays africains de la zone dite CFA, nombreux sont ceux qui, dénonçant l'ambiguïté de la politique française, invitent les Africains à tirer leçon de leur dépendance économico-poli­tique. Ainsi le président béninois dira-t-il qu'il est temps que les Africains se prennent en charge.

L'heure est venue aussi pour les religieux africains de se prendre en charge. Nous n'aurons pas toujours nos confrères Occidentaux avec nous. L'insécurité créée par nos gouvernants pourrait faire qu'ils ne soient plus avec nous un jour. Ceux qui l'ont déjà vécu savent ce que signifie vivre “sans rien”. Nous voilà alors sans économe, sans “caisse noire”, sans gérant des projets, etc. Il faut savoir apprendre et produire, comptant sur des moyens locaux pour alléger la dépendance économique. Ici s'im­pose le principe de l'homme qu'il faut à la place qu'il faut. Il ne vaut pas la peine de continuer à confier des responsabilités aux religieux légers, dispersés et négligeants, qui n'ont que le “charisme” de piller et de détruire les biens de la congrégation. L'heure de la responsabilisation a sonné pour l'Afrique et pour les religieux africains. Il faut avoir le courage de se débarrasser de tout esprit d’attentisme.

6. Besoin d'une formation adaptée. S'il est vrai qu'aux États africains s'impose la nécessité de former une nouvelle génération des politiciens compétents, soucieux du bien commun, il n'est pas moins vrai qu'aux instituts religieux s'impose l'urgence d'une formation adaptée aux besoins réels de nos sociétés. Le prêtre fraîchement ordonné ne se retrouve pas dans la société où il doit travailler; il est dépassé par les besoins réels du peuple; il ne correspond pas à ses attentes. En effet, la formation dispensée actuellement, centrée sur des connaissances purement livresques de philosophie et de théologie, ne correspond pas aux attentes réelles de nos populations. Elle doit insérer dans son programme des cours pratiques, en l'occurrence l'élevage, l'agriculture, la maçonnerie, etc. Il faudrait que le religieux soit à mesure d'aider les gens à améliorer leurs conditions de vie.

7. Soif de lire la Bible. Les souffrances ac­tuelles font naître dans le coeur de beaucoup de croyants africains la soif de lire la Bible et d'y rencontrer Dieu de qui dépend le sort de l'Afrique. Les églises regor­gent de fidèles; les nouveaux courants religieux, de leur côté, en­traînent avec exubérance les fanatiques à l'écoute de la Parole de Dieu. Les maisons religieuses doivent servir de modèle de fidélité à l'écoute de la Parole de Dieu.

Le religieux africain de l'an 2000 devra être fidèle à la réponse à ces signes des temps. Il faudrait que sa joie et son espérance ré­confortent les désespérés de la vie; que toute son action soit en faveur de la justice et de la paix, ce dont le pauvre a le plus besoin aujourd'hui.

 

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[1] NKINGA Bondala, "Vie consacrée, signe prophétique dans la société", in Le charisme de la vie consacrée, op. cit., p. 180.

[2] Sur le besoin d'expression et ses frustrations, voir MALENGE Kalunzu J.-B., Liberté d'expression, coll. Engagement social 7, Kinshasa, Épiphanie, 1993, p. 5-8.

[3] “Message des Supérieurs et Supérieures Majeurs à tous les religieux et religieuses du Zaïre”, Kinshasa, 15 février 1993, p. 1.