1.Pourquoi devient-on religieux ?
1-2-3-4-5-6-7-8-9-10-11-12-13-14-15-16-17-18 - Plaquette - Accueil Trois réflexions d’auteurs explicitent à leur manière la question fondamentale qu'il convient de se poser d'entrée de jeu. Dans
un exposé qui s'inspire essentiellement des Lineamenta
de l’Assemblée Spéciale du Synode des Évêques pour l’Afrique, le père
Alexandre Motanyane, Oblat originaire du Lesotho, donne large espace aux
problèmes relatifs à la pauvreté religieuse. Tout porterait à croire que
le contexte du sous-développement empêche le religieux africain d'être
fidèle à son engagement surtout quand il se sent dans l'obligation de
répondre aux besoins matériels de sa famille. “L'entrée dans la vie religieuse,
note Motanyane, peut être l'occasion de conflit entre les exigences de
la vie religieuse et la position sociale du candidat dans la vie”[1].
Un deuxième confrère, Oblat zaïrois, réfléchit ainsi sur le sens de la “Messe de Prémices” de nouveaux prêtres : “Pour les parents, les amis, les connaissances, la famille étendue, le clan, le village, la tribu, etc., c'est d'abord l'honneur (...) Alors des rêves, grands ou petits, sont au rendez-vous. Pour qui a une maison inachevée en durable, le maçon est arrivé. J'ai des projets d'études, le donateur de Bourses s'est rendu visible. Je suis une vieille femme, il ne me sera plus difficile d'obtenir un grain de sel (...) Dès le lendemain de la fête, on frappe à la porte du nouveau prêtre. On s'est endetté, il faut rembourser. On n'a plus rien pour envoyer des enfants à l'école. Le prêtre, en chef coutumier, doit régler les palabres personnelles, familiales, claniques et même tribales (...) Combien de temps cela durera encore ?”[2] Une religieuse africaine, enfin, donne à de telles préoccupations un écho plus personnel encore rapporté par la revue Telema : “Je suis une africaine de naissance mais occidentalisée par la formation et les règles religieuses pendant 30 ans. Je commence à peine à percevoir les aspects spécifiques de la mentalité africaine, depuis ma nomination au poste de responsable des novices. Je me rends compte notamment que le sens communautaire africain est réellement différent de l'individualisme occidental. Le résultat en est que, la vie religieuse, à cause de son aspect communautaire, me semble ‘convenir’ à l'âme africaine; elle est apte à épanouir celle-ci. Cependant harmoniser le sentiment familial africain avec certaines exigences de la communauté religieuse fondée sur les voeux me donne du fil à retordre. Je crie simplement ‘au secours’.”[3]. Si telle est la réalité vécue dans la conscience des religieux africains, n'avons-nous pas intérêt à nous interroger sur les motivations réelles et le profil du religieux africain du troisième millénaire ? Le religieux africain fera-t-il preuve de maturité ? Saura-t-il harmoniser l'Evangile, le charisme et la mentalité africaine ? Vivra-t-il en perpétuel revendicateur de droits abstraits ? Réussira-t-il à se prendre en charge ? Se sentira-t-il encore “locataire” chez les “gros propriétaires” de la congrégation à laquelle il appartient pourtant de plein droit ? Autant de questions qu'on peut se poser et qu'on se pose effectivement aujourd'hui. Il est évident qu’il n'existe pas de vie religieuse en soi, ou de vie religieuse “tout court”. Il y a vie religieuse pour tel ou tel institut religieux. Le père Matungulu l'a bien compris quand il définit la vocation religieuse comme “charisme de la personne qui a été séduite et saisie par l'Évangile au point de lui consacrer le tout de sa vie dans un institut reconnu et approuvé par l'Eglise”[4]. Mais la vocation religieuse est d'abord unification en tant que “don divin que l'Eglise a reçu de son Seigneur et qu'elle conserve toujours avec sa grâce” (Lumen Gentium, 43 a). L'Eglise reconnaît ces deux aspects de la même réalité : diversité des charismes et unicité de la vocation. Voilà pourquoi, dans ces lignes, nous nous référerons autant à l'expérience de notre communauté religieuse particulière qu’aux considérations d'ordre plutôt général, fruit de la réflexion de l'Eglise et des théologiens, surtout de la vie religieuse “africaine”, la vie religieuse vécue par les Négro-Africains.
1-2-3-4-5-6-7-8-9-10-11-12-13-14-15-16-17-18 - Plaquette - Accueil [1] MOTANYANE A., "Inculturation de la vie religieuse en Afrique", Rome, 1991, in Documentation OMI, n° 191, mars 1993, p. 9. [2] (Un prêtre parmi tant d'autres), "Messe de Prémices : quel sens ?", in Omi-Zaïre , n° 5, 1992, p. 3-4. [3] Texte cité par Telema, n°11, 1977, p. 39. [4] MATUNGULU Otene, “Problème des voeux en Afrique”, in Le charisme de la vie consacrée, Actes de la quinzième Semaine Théologique de Kinshasa, Faculté catholique de Kinshasa, 1985, p. 49. |