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Pourquoi devient-on religieux ?

 

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Trois réflexions d’auteurs explicitent à leur manière la question fondamentale qu'il convient de se poser d'entrée de jeu.

Dans un exposé qui s'inspire essentiellement des Lineamenta de l’Assemblée Spéciale du Synode des Évêques pour l’Afrique, le père Alexandre Motanyane, Oblat originaire du Lesotho, donne large espace aux problèmes relatifs à la pauvreté religieuse. Tout porterait à croire que le contexte du sous-développement em­pêche le re­ligieux africain d'être fidèle à son engage­ment surtout quand il se sent dans l'obligation de répondre aux besoins ma­tériels de sa famille. “L'entrée dans la vie religieuse, note Motanyane, peut être l'occasion de conflit entre les exigences de la vie reli­gieuse et la position sociale du candidat dans la vie”[1].

Un deuxième confrère, Oblat zaïrois, réfléchit ainsi sur le sens de la “Messe de Prémices” de nouveaux prêtres :

“Pour les parents, les amis, les connaissances, la famille éten­due, le clan, le vil­lage, la tribu, etc., c'est d'abord l'honneur (...) Alors des rêves, grands ou petits, sont au rendez-vous. Pour qui a une maison in­ache­vée en durable, le maçon est arrivé. J'ai des projets d'études, le donateur de Bourses s'est rendu visible. Je suis une vieille femme, il ne me sera plus difficile d'obtenir un grain de sel (...) Dès le lendemain de la fête, on frappe à la porte du nou­veau prêtre. On s'est en­detté, il faut rembourser. On n'a plus rien pour envoyer des en­fants à l'école. Le prêtre, en chef coutumier, doit régler les palabres personnelles, familiales, cla­niques et même tribales (...) Combien de temps cela durera en­core ?”[2]

Une religieuse africaine, enfin, donne à de telles préoccupations un écho plus personnel encore rapporté par la revue Telema  :

“Je suis une africaine de naissance mais occidentalisée par la formation et les règles religieuses pen­dant 30 ans. Je commence à peine à percevoir les aspects spécifiques de la mentalité africaine, depuis ma nomina­tion au poste de responsable des novices. Je me rends compte notamment que le sens communautaire afri­cain est réellement dif­férent de l'individualisme occidental. Le résultat en est que, la vie religieuse, à cause de son aspect communau­taire, me semble ‘convenir’ à l'âme africaine; elle est apte à épa­nouir celle-ci. Cependant harmoniser le sentiment familial africain avec certaines exi­gences de la communauté religieuse fondée sur les voeux me donne du fil à re­tordre. Je crie simple­ment ‘au se­cours’.”[3].

Si telle est la réalité vécue dans la conscience des religieux africains, n'avons-nous pas inté­rêt à nous interroger sur les moti­vations réelles et le profil du religieux africain du troisième millé­naire ? Le religieux africain fera-t-il preuve de maturité ? Saura-t-il har­moniser l'Evangile, le charisme et la mentalité africaine ? Vivra-t-il en perpétuel revendicateur de droits abstraits ? Réussira-t-il à se prendre en charge ? Se sentira-t-il encore “lo­ca­taire” chez les “gros propriétaires” de la congrégation à la­quelle il appar­tient pourtant de plein droit ? Autant de questions qu'on peut se poser et qu'on se pose effectivement aujourd'hui.

Il est évident qu’il n'existe pas de vie religieuse en soi, ou de vie reli­gieuse “tout court”. Il y a vie religieuse pour tel ou tel insti­tut reli­gieux. Le père Matungulu l'a bien compris quand il définit la voca­tion reli­gieuse comme “cha­risme de la personne qui a été séduite et saisie par l'Évan­gile au point de lui consacrer le tout de sa vie dans un institut re­connu et approuvé par l'Eglise”[4]. Mais la vocation religieuse est d'abord unification en tant que “don di­vin que l'Eglise a reçu de son Seigneur et qu'elle conserve toujours avec sa grâce” (Lumen Gentium, 43 a). L'Eglise reconnaît ces deux aspects de la même réalité : diversité des charismes et unicité de la vocation.

Voilà pourquoi, dans ces lignes, nous nous référerons autant à l'expérience de notre communauté religieuse particulière qu’aux considéra­tions d'ordre plutôt général, fruit de la réflexion de l'Eglise et des théologiens, surtout de la vie reli­gieuse “africaine”, la vie religieuse vécue par les Négro-Africains.


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[1] MOTANYANE A., "Inculturation de la vie religieuse en Afrique", Rome, 1991, in Documentation OMI, n° 191, mars 1993, p. 9.

[2] (Un prêtre parmi tant d'autres), "Messe de Prémices : quel sens ?", in  Omi-Zaïre , n° 5, 1992, p. 3-4.

[3] Texte cité par Telema, n°11, 1977, p. 39.

[4] MATUNGULU Otene, “Problème des voeux en Afrique”, in Le charisme de la vie consacrée, Actes de la quinzième Semaine Théologique de Kinshasa, Faculté catholique de Kinshasa, 1985, p. 49.