4. Vivre pour le Christ

 

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La vocation chrétienne n'est pas seulement communion avec le Christ. Elle est également vie en communion fondamentale avec l'homme. Notre engagement nous ouvre nécessai­rement aux autres. De fait, on ne devient pas religieux pour soi-même. C'est pour sa propre sainteté, bien sûr, mais c’est pour Dieu et son Règne, ou mieux pour aimer Dieu et le prochain. Le décret conci­liaire sur la vie religieuse, Perfectae Caritatis, faisant siennes les pa­roles de saint Paul, l'a explicitement formulé : “ils (religieux) vivent toujours da­vantage pour le Christ et pour son Corps qui est l'Eglise” (n° 1 c).

Dans nos communautés, la charité n’aurait pas dû poser pro­blème étant donné que l'Africain est dit un homme de partage, de solidarité et d'hospitalité. Cela se voit plus facilement dans l'ac­cueil réservé aux visiteurs : le souci de les faire asseoir et de leur donner à manger et à boire. Mais la charité n'est pas saine à plu­sieurs niveaux. Les gens nous re­prochent de prêcher la charité sans la vivre correctement. De fait, combien de communautés ne se détruisent pas à cause de cri­tiques destructives au-dedans et au-dehors ? Certains religieux ont perdu le sens de la raison et de la correction fraternelle. L'égoïsme et la course au pouvoir font soulever les esprits dans le seul but de détruire l'autorité. Désormais, on se croise sans jamais se rencontrer en commu­nauté. On cause plus facilement avec les gens du dehors qu'avec les confrères...

La charité n'est pas saine non plus dans les rap­ports avec le monde exté­rieur. Nous chassons facilement les pauvres qui vien­nent mendier ou puiser de l'eau chez nous quand il y a pénurie ailleurs. Nous hésitons à parta­ger avec ceux qui sont dans le be­soin par crainte d'en attirer davantage. L'expérience exige, certes, un discerne­ment (surtout en ville); mais que cela engendre un climat de méfiance en­vers tous, voilà qui nous paraît un contre-témoignage. Dans la plu­part de nos textes de spirituali­té, nos biens ne sont-ils pas dits “patrimoine des pauvres” aux mul­tiples visages ?

Concrètement, des supérieurs, qui devraient servir de modèles en la matière, agissent parfois en vrais tyrans en chassant sans humanité des visiteurs, tout simplement parce qu'ils sont venus quelque temps avant l'heure de visite ou sans rendez-vous. Pourtant, la majorité des visiteurs n'ont ni téléphone ni voiture pour tenir à la ponctualité ! Il nous semble, quant à nous, sans méconnaître le règlement de vie qui régit l'esprit religieux, que le fait de recevoir et de nourrir quelqu'un qui ne s'est pas annoncé faute de téléphone, de partager même le peu qu'on a avec celui qui est dans le besoin, de prendre le temps d'écouter l'autre même s'il y a un devoir pressant, de loger un visiteur dans notre propre maison même si elle n'est pas un hôtel, d'aller au secours d'un parent démuni en dépit du détachement familial, soit plus proche de l'Evangile que les tendances contraires[1].

Voilà quelques cas où s'impose l'urgence de l'inculturation de la vie religieuse en Afrique. Derrière la couverture de rigueur pourraient se cacher l'égoïsme et l'autoritarisme. Le Seigneur ne jugera-t-il pas sur base des gestes de charité (cf. Mt 25, 31s) ?

L'égoïsme devient plus coupable encore chez les religieux qui quémandent de l'argent pour les pauvres et ne l'utilisent qu'à leur profit personnel[2]. Sans mé­connaître le bienfait de l'apostolat des reli­gieux en matière du déve­lop­pement de nos sociétés, nous constatons sim­plement qu'il y a parfois des abus dans la gestion de l'argent et des biens destinés aux pauvres.

 

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[1] Cf. MUSUMBI Jean B., Les signes de la vocation oblate. Dans les Lettres du Bx. Eugène de Mazenod aux Oblats de France (1814-1861) et les Normes Générales de la formation oblate (1984), Rome, 1992, p. 197.

[2] Cf. MATUNGULU Otene, Fidélité au Christ et à l'univers négro-africain. Ébauche d'une spiritualité, Lubumbashi, Saint Paul Afrique, 1980, p. 47.