5. Fidélité à l'obéissance religieuse

 

1-2-3-4-5-6-7-8-9-10-11-12-13-14-15-16-17-18 - Plaquette - Accueil

Dans l’Afrique traditionnelle, où l'autorité a sa place dans les structures claniques ou familiales, et où l'aîné mérite le respect du cadet, l'obéissance irait de soi. Or il paraît que les jeunes reli­gieux d'aujourd'hui sont têtus, cherchent toujours à discuter et à jus­tifier leur conduite, ce qui pousse les supérieurs à s'interroger souvent sur l'intégration de la culture religieuse même. Mais pourquoi certains jeunes deviennent-ils désobéissants comme si la vertu d'obéissance était inexistante dans la mentalité africaine ? Les réponses sont à chercher tant du côté de l'autorité que du côté du sujet.

- Tout d'abord par rapport à l'exercice de l'autorité. Plusieurs causes pourraient être décelées. La désobéis­sance ar­rive surtout quand il n'y a pas de dialogue constructif ou quand le dialogue ne change rien, quand l'autorité ne tient pas à sa parole ou cultive des injustices en choyant certaines personnes au point de fermer les yeux sur leur mal, quand elle exerce un certain néocolonia­lisme et quand elle n'a pas le sens du respect envers la personne humaine, bref quand l’autorité n’est pas “compétente”. Certains responsables, au lieu de chercher à résoudre les problèmes réels de leurs confrères, se contentent de les flatter; d'autres ne s'arrêtent qu'à l'invitation à la prière “C'est la volonté de Dieu”, tel est le refrain le plus courant, em­ployé souvent à tort.

En effet, nous nous servons de cette expression à la fois pour rappeler que Dieu agit par son re­présentant et pour exprimer notre impuissance à maîtriser la situation du moment. Le dialogue des sourds nous pousse à le dire aisément. Cela arrive surtout quand les supérieurs ont décidé du renvoi de quelqu'un. Alors, la vic­time se demande comment le même Dieu qui a appelé hier pour­rait se contredire aujourd'hui. C’est le dilemme de saint Bernard : “Ou le Christ se trompe ou le monde est dans l'erreur; or il est impossible que la divine sagesse se trompe...”[1]. Il s'ensuit la méfiance envers ceux qui “tiennent la place de Dieu”. La méfiance naît peut-être du fait de dissi­muler la dif­férence entre le double aspect sous lequel se présente la volonté de Dieu dans notre vie : volonté signifiée et volonté de bon plaisir de Dieu.

Nous nous conformons à la première volonté quand nous sommes fidèles à quatre valeurs, à savoir : les commandements de Dieu et de l'Eglise, les conseils, les inspirations de la grâce et les Constitutions et Règles. Nous nous conformons à la seconde volonté quand nous nous soumettons à tous les événements pro­videntiels voulus ou permis de Dieu pour notre sanctification. La soumission à un supérieur n'est qu'un aspect ou un élément de l'obéissance qui, au sens profond, consiste à répondre à l'appel que Dieu adresse à chaque homme : “Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il re­nonce à lui-même” (Lc 9, 23).

- Ensuite par rapport à la pratique de la vertu. Plusieurs causes pourraient être décelées également du côté de l'individu. La désobéis­sance ar­rive surtout quand le religieux a perdu l'esprit d'abnégation qui, dans la réalisation du projet religieux, aide à faire taire en soi la voix des passions et celle de la volonté propre; quand il ignore ce pourquoi il est entré en religion et se laisse in­fluencer par les tendances négatives, bref quand le religieux manque de motivation surnaturelle.

En effet, tout comme nos sociétés, nombreux sont les jeunes religieux qui ne com­prennent rien de la démocratie et de l'exi­gence de leur consécration. Ils pensent que la démocratie sup­prime ou remplace les Règles de vie. Combien ne rétorquent pas aux reproches du supérieur “nous sommes une communauté dé­mocratique !” Il y a à craindre la perte de certaines valeurs reli­gieuses. Voilà pourquoi, aujourd'hui, les maisons de formation doivent expliquer en long et en large le sens de la réponse libre à donner à l'appel de Dieu (vocation) qui suppose l'esprit de foi, l'engagement d'amour et l'esprit de sacrifice. L'obéissance n'est pas de faire ce qu'on aime mais ce qui est demandé par le Seigneur à travers le responsable. Le dialogue avec le supérieur doit éclairer la décision à prendre et non pas faire ce que nous voulons.

Le religieux africain de demain ne perdra pas de vue que toute au­torité vient de Dieu, que les épreuves de la vie qu'il permet sont salutaires et que l'obéissance à la vo­lonté si­gnifiée de Dieu est le moyen normal pour atteindre la perfection. L'exercice de l'obéis­sance devient difficile quand nous cherchons à faire ce qui nous plaît et à vouloir que Dieu fasse notre volonté à nous plutôt que le contraire. Or ce qui nous plaît, c'est souvent le plaisir, et ce qui plaît à Dieu, c'est toujours le Bien. Le religieux ne pourra connaître cette volonté de Dieu qu'en faisant taire en lui la voix des passions et celle de la vo­lonté propre, en travaillant par la mortification à vaincre ses passions, ce que l'Apôtre ap­pelle “la convoitise de la chair et la convoitise des yeux” (1 Jn 2, 16). Et puisque, dans la mentalité africaine, “l'obéissance est moins une démarche personnelle qu'une obligation sociale qu'on ne discute pas”[2] le religieux développera davantage la confiance en ceux que Dieu met à sa disposition, afin de dis­cerner ensemble la vo­lonté divine sur son projet de vie. Il obéira effective­ment, en évitant formalisme et hypocrisie.

 

1-2-3-4-5-6-7-8-9-10-11-12-13-14-15-16-17-18 - Plaquette - Accueil



[1] Texte cité par TANQUEREY A., Précis de théologie ascétique et mystique , 10e éd., Paris, Desclée et Cie, 1924, p. 41.

[2] “Vie religieuse et réalités africaines”, Rapport de la réunion (ASUMA), tenue à Manresa (Kinshasa) les 25, 26 et 27 février 1966, ibid., p. 78.