6. Fidélité à la communauté
1-2-3-4-5-6-7-8-9-10-11-12-13-14-15-16-17-18 - Plaquette - Accueil Il est vrai que de nature, les Africains ont un sens aigu de la vie en commun. Ils “n'ont pas besoin de parler de la communauté, ils la vivent intensément”, dit le fondateur de la communauté de l'Arche[1]. Parlons de la communauté chrétienne religieuse, lieu où les membres vivent une profonde intersubjectivité par vocation, lieu caractérisé par “l'être-ensemble au nom de Jésus-Christ”. Parmi les jeunes qui y entrent enthousiastes, certains découvrent très tôt les illusions dues à une conception erronée de la communauté chrétienne religieuse, cadre par excellence du radicalisme évangélique, lieu d'amour fraternel, lieu de relations vraies, “lieu privilégié de l'affrontement de l'autre en tant que ‘autre’, dans sa différence et dans sa spontanéité, capable de me mettre en question et de me révéler à moi-même en me promouvant”[2]. Trois causes d’illusion méritent d'être mentionnées. La première, c'est que certains Africains pensent que la communauté est un endroit de sécurité. D'où la recherche acharnée d'une protection éphémère qui ne cultive que l'irresponsabilité. La seconde, c'est que d'autres pensent que la communauté est une réponse aux intérêts personnels. D'où la course aux biens matériels pour soi ou pour sa famille. La troisième, enfin, c'est que d'autres encore croient que la communauté est un collectif d'uniformité et de nivellement. D'où l'obsession de se comparer aux autres, qui n'engendre que jalousie, inquiétude, complexes. Trois problèmes troublent également la plupart des communautés religieuses. Tout d'abord, la différence culturelle. Très souvent, le fait d'appartenir à différents groupes culturels ayant chacun sa façon de penser, d'agir et de concevoir les choses complique les rapports interpersonnels. L'exemple le plus frappant est la tendance à vivre seul tout en étant en communauté. Ensuite, l'agressivité. Les jeunes qui ne se sentent pas acceptés dans la communauté tendent à tout contester, ce qui est signe de personnalité non équilibrée totalement et de profonde insatisfaction devant la fonction à exercer. Et, enfin, la conflictualité. Les différences sociales et les différences des générations excitent souvent les membres d'une communauté à s'opposer les uns aux autres. Il convient de signaler, en outre, qu'il existe des conflits “sans cause” dans nos communautés, ceux qui constituent l'arme la plus destructive de la vie des religieux. Ces conflits, souvent produits de l'aigreur, sont fréquents là où il y a des religieux à problèmes. Pourquoi tel ou tel jeune, après avoir passé une soirée agréable, se réveillerait-il avec un visage et des gestes rageurs ? En réalité, la cause existe, mais puisqu'il n'ose pas l'exprimer, le conflit paraît sans cause. L'ouverture faisant défaut, l'accompagnement spirituel apparaît souvent impuissant, ou mieux insuffisant quant à porter remède à la situation de crise. Voilà où s'impose la nécessité d'une visite de psychologues qualifiés. Le religieux africain du troisième millénaire devra redonner sa vraie valeur à la communauté religieuse qui l'évangélise et qu'il évangélise à son tour en freinant la tendance à la fuir, à se construire une petite “Béthanie” et à trouver la joie ailleurs. Afin d'éviter les conflits et les tensions, il sèmera la paix et la joie plutôt que de les attendre des autres seulement. Il cultivera davantage le sentiment d'appartenance qui permet de construire la communauté en se sacrifiant. “Une communauté n'est une communauté, dit Jean Vanier, que quand la majorité des membres est en train de faire le passage de la ‘communauté pour moi’ à ‘moi pour la communauté’ “[3]. En outre, le religieux de demain maintiendra fortement les réalités qui font qu'une communauté soit d'inspiration évangélique, notamment la fraternité et l'accueil, la communication, l'amitié et le dialogue, l'égalité et la mobilité. 1-2-3-4-5-6-7-8-9-10-11-12-13-14-15-16-17-18 - Plaquette - Accueil |