6. Fidélité à la communauté

 

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Il est vrai que de nature, les Africains ont un sens aigu de la vie en commun. Ils “n'ont pas be­soin de parler de la commu­nauté, ils la vivent intensément”, dit le fondateur de la commu­nauté de l'Arche[1].

Parlons de la communauté chrétienne religieuse, lieu où les membres vivent une profonde intersubjectivité par vocation, lieu caractérisé par “l'être-ensemble au nom de Jésus-Christ”. Parmi les jeunes qui y entrent enthousiastes, certains dé­couvrent très tôt les illusions dues à une conception erronée de la communauté chrétienne religieuse, cadre par excellence du radicalisme évangé­lique, lieu d'amour fraternel, lieu de relations vraies, “lieu privi­légié de l'affrontement de l'autre en tant que ‘autre’, dans sa dif­férence et dans sa spontanéité, capable de me mettre en question et de me révéler à moi-même en me promouvant”[2].

Trois causes d’illusion méritent d'être mentionnées. La pre­mière, c'est que certains Africains pensent que la communauté est un endroit de sécurité. D'où la recherche acharnée d'une protec­tion éphé­mère qui ne cultive que l'irresponsabilité. La seconde, c'est que d'autres pensent que la communauté est une réponse aux intérêts personnels. D'où la course aux biens matériels pour soi ou pour sa famille. La troisième, enfin, c'est que d'autres en­core croient que la communauté est un collectif d'uniformité et de nivellement. D'où l'ob­session de se comparer aux autres, qui n'en­gendre que jalou­sie, inquiétude, com­plexes.

Trois problèmes troublent également la plupart des communau­tés religieuses. Tout d'abord, la différence culturelle. Très sou­vent, le fait d'appartenir à différents groupes culturels ayant cha­cun sa façon de penser, d'agir et de concevoir les choses com­plique les rap­ports interpersonnels. L'exemple le plus frappant est la tendance à vivre seul tout en étant en communauté. Ensuite, l'agressivité. Les jeunes qui ne se sentent pas acceptés dans la communauté tendent à tout contester, ce qui est signe de per­son­nalité non équilibrée totale­ment et de profonde insatisfaction de­vant la fonction à exercer. Et, en­fin, la conflictualité. Les différences sociales et les différences des générations excitent souvent les membres d'une commu­nauté à s'opposer les uns aux autres.

Il convient de signaler, en outre, qu'il existe des conflits “sans cause” dans nos communautés, ceux qui constituent l'arme la plus destructive de la vie des religieux. Ces conflits, sou­vent produits de l'aigreur, sont fréquents là où il y a des re­ligieux à problèmes. Pourquoi tel ou tel jeune, après avoir passé une soirée agréable, se réveillerait-il avec un visage et des gestes rageurs ? En réalité, la cause existe, mais puisqu'il n'ose pas l'exprimer, le conflit paraît sans cause. L'ouverture faisant défaut, l'accompa­gnement spirituel apparaît souvent impuissant, ou mieux insuffi­sant quant à porter remède à la situation de crise. Voilà où s'im­pose la nécessité d'une visite de psychologues qualifiés.

Le religieux africain du troisième millénaire devra redonner sa vraie valeur à la communauté reli­gieuse qui l'évangélise et qu'il évangélise à son tour en freinant la tendance à la fuir, à se construire une petite “Béthanie” et à trouver la joie ailleurs. Afin d'éviter les conflits et les tensions, il sèmera la paix et la joie plutôt que de les attendre des autres seulement. Il cultivera davan­tage le sentiment d'appartenance qui permet de construire la communauté en se sacrifiant. “Une communauté n'est une com­munauté, dit Jean Vanier, que quand la majorité des membres est en train de faire le passage de la ‘communauté pour moi’ à ‘moi pour la commu­nauté’ “[3]. En outre, le religieux de demain main­tiendra fortement les réalités qui font qu'une communauté soit d'inspiration évangélique, notamment la fraternité et l'accueil, la communication, l'amitié et le dialogue, l'égalité et la mobilité.

 

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[1] VANIER J., La communauté, lieu du pardon et de la fête, Paris, Fleurus, 1979, p. 7.

[2] VATA Diambanza, La communauté, lieu de l'accueil mutuel. Vivre en communautés missionnaires apostoliques, Kinshasa, Saint Paul Afrique, 1991, p. 7.

[3] VANIER J., Op. cit., p. 11.