3. Fidélité à la chasteté en vue du Royaume
1-2-3-4-5-6-7-8-9-10-11-12-13-14-15-16-17-18 - Plaquette - Accueil L'exigence fondamentale de la vie religieuse, avons-nous dit, est l'imitation du Christ par la pratique de la charité parfaite. S'il est vrai que le célibat charismatique distingue le religieux des autres chrétiens, le religieux africain de demain devra rester fidèle à la chasteté, afin de sauvegarder la spécificité de sa vocation. Il y a bien sûr effort de bon sens. Bon nombre de religieux vivent fidèlement leur voeu de chasteté mais les problèmes ne manquent pas, ailleurs ou dans cette Afrique “assoiffée de fécondité”[1]. La conduite légère et irresponsable de certains laisse croire que le religieux est à ce point un homme comme les autres. En effet, le mystère n'existe plus autour de la personne du religieux depuis que les femmes ont découvert qu'il est pécheur et capable de faire des enfants. Le religieux africain est peut-être victime de sa propre culture. De fait, certaines familles, par fausse pitié et par ignorance, demandent à leur fils de leur obtenir discrètement des petits-enfants qu'ils prendraient en charge eux-mêmes ! Ceux qui n'ont pas compris le sens de leur vocation ne se laisseraient-ils pas prendre au piège ? Il y a même des religieux ou des prêtres qui propagent l'idée selon laquelle un homme normal doit “prendre des boissons alcoolisées et avoir des enfants” (dans certaines cultures), insinuant qu'il est nécessaire d'exercer ses instincts de sexualité ! Nous savons pourtant, grâce aux sciences modernes, que “la nourriture est indispensable à la vie, non l'activité sexuelle”[2]. A la racine de tous les maux de la vie religieuse se trouve l'ignorance sur le célibat charismatique, et un manque d'effort intellectuel indispensable. En effet, la plupart des gens s'y engagent sans comprendre adéquatement la nature du voeu de chasteté. Chacun devrait avoir une connaissance normale de ce qu'il choisit. La tendance à se contenter d'un discours stimulant mais imprécis, au noviciat ou dans d'autres étapes de la formation, fait plus de tort que de bien à l'individu, à la congrégation et à l'Eglise. Et quand il y a manque de sanction disciplinaire en la matière, ce comportement ne peut que corrompre les jeunes qui vont au couvent avec certitude que la chasteté est une valeur et que la continence parfaite est possible. La solution de déplacer le coupable de maison à maison n'est jamais efficace. Et si par malheur les supérieurs parviennent à confier des responsabilités qui exigent un minimum de confiance à celui dont les faiblesses sont connues, les jeunes se disent qu'il faut passer par là, faire des bêtises pour mériter une promotion. Et si la conduite irresponsable se vit à proximité d'une maison de formation, c'est la “mort” de la vie religieuse, surtout quand les jeunes n'ont pas de compréhension intellectuelle du célibat. Dans le contexte de crise économique généralisée, la femme est tentée d’aller vers des religieux, des prêtres, dans l'espoir d'obtenir plus facilement l'argent dont elle a besoin. Le religieux doit être prudent, capable de discerner les esprits. Car, s'il est vrai que certaines femmes fréquentent les ecclésiastiques par pur besoin spirituel, il n'est pas moins vrai que d'autres ne cherchent qu'à nouer des amitiés intéressées. Toutefois, nous pensons que l'Afrique exagère ! Il suffit de voir un homme avec une femme pour imaginer le rapport sexuel. Voilà qui fait naître souvent soupçons, calomnies et incompréhensions. Or les femmes sont les êtres que nous rencontrons le plus dans notre ministère. Elles ne sont pas absentes de l'Évangile. C'est la femme qui montre plus d'amour (Lc 7, 47), plus de foi (Jn 11, 22) et c’est à elle qu’est confié le premier message de la résurrection (Mt 28, 7). La liberté humaine est le but immédiat de la chasteté. Notre voeu de chasteté ne nous ferme pas au monde féminin. Pourtant l'Afrique continue de considérer la femme comme objet de péché. Et quand s'implantera l'homosexualité en Afrique ! Le religieux africain de demain tiendra à un célibat authentique, c'est-à-dire “choisi avec responsabilité, intégré au projet global, enraciné dans la foi, vécu devant Dieu, harmonisé avec la personne, incarné dans un milieu”, précise Laurent Boisvert[3]. Puisqu'il engage toute notre vie, le célibat exige une vie intérieure, une autodiscipline et des motivations vraies. Tout en tenant compte de la sensibilité de son milieu, le religieux africain cherchera plus à plaire à Dieu qu'aux hommes. Il apprendra surtout à s'ouvrir à sa communauté en temps de faiblesse. D'où la nécessité de cultiver de bonnes amitiés en communauté apostolique, les vraies amitiés que recommandait saint François de Sales dans l'Introduction à la vie dévote. Dans ses rapports avec le monde extérieur, le religieux fera très attention aux amitiés dites particulières : “C'est le vent du midi qui brûle toute fleur de vertu, c'est la perte des communautés religieuses, c'est une source d'infidélités et de péchés”, disait avec force Monseigneur Eugène de Mazenod à ses novices[4]. Mais la prudence devra être accompagnée d'une bonne éducation de la masse invitée à changer de mentalité. Pour faciliter l'ouverture en cette matière, la formation devra éviter d'en faire un sujet tabou. 1-2-3-4-5-6-7-8-9-10-11-12-13-14-15-16-17-18 - Plaquette - Accueil [1] Pour reprendre l'expression de MATUNGULU Otene, Célibat consacré pour une Afrique assoiffée de fécondité, Kinshasa, Saint Paul Afrique, 1979. [2] ORAISON M., Le célibat, Paris, Centurion, 1966, p. 109. [3] BOISVERT Laurent, Le célibat religieux, Paris, Cerf, p. 119. [4] de MAZENOD E., Lettre au p. Santoni, 16 mars 1846, in Écrits Oblats , n°10, p. 118. |