2. Fidélité au charisme du Fondateur et de l'Institut

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Nous avons dit plus haut que la vie religieuse est née du désir de suivre plus librement le Christ dans la pratique des conseils évangéliques. Les fonda­teurs des congrégations, “hommes de l'Es­prit”, comme les appelle Ciardi Fabio, nous ont lé­gué un héri­tage spirituel : leur charisme ou leur propre “expérience de l'Es­prit”. En réalité, c'est un héritage double : le charisme du Fon­da­teur et le charisme de l'Institut. Le père Ciardi nous en fait la des­crip­tion :

“Par charisme du Fondateur, on entend le contenu de l'expé­rience qui, née d'une inspiration surnaturelle, lui sert de guide dans la compréhension existentielle du mystère du Christ et de son Evangile. Elle le rend attentif à certains signes des temps et le conduit à déterminer le caractère d'une oeuvre qui, répondant à des exigences précises, se traduit en un service de l'Eglise et de la société (...) Par le charisme de l'Institut, on entend le chemi­nement historique et les différentes modalités d'adaptation du charisme du Fondateur, c'est-à-dire du contenu charismatique vécu et exprimé par le Fondateur en tant que tel.”[1]

Il y a donc, d'une part l'expérience spirituelle d'une personne charismatique, c'est-à-dire sa rencontre décisive avec le Christ, et d'autre part l'expression dynamique de son esprit dans le temps et l'espace. Mais ne confondons pas le charisme personnel du Fondateur (ce qui n'a pas été totalement et automatiquement transmis à sa famille reli­gieuse) avec le charisme du Fondateur comme Fondateur (ce que les membres de la Congrégation ont en partage). Les religieux connaissent le charisme de leur Fondateur comme Fondateur dans ses paroles et les Écrits autour de son projet de fondation, dans les Règles et les documents d'approba­tion ec­clésiastique de l'Institut.

Aussi le religieux africain de l'an 2000 devra-t-il, dans sa re­vendica­tion de l'inculturation de la vie religieuse, rester fidèle non seulement au charisme du Fondateur de son Institut mais aussi à l'interprétation authentique de ce charisme. Vouloir se réaliser en dehors de ce cadre ne serait qu'une déviation; à moins de devenir fondateur soi-même.

Pour parler en termes d’écologie, on sait que certaines familles reli­gieuses ont disparu ou tendent à disparaître faute de rénova­tion et de fidélité à l'inspiration originelle. Cela ne voudrait pas dire qu'il faille aujourd'hui faire dormir les novices ou les scolas­tiques dans des cases et les priver des moyens de déplacement puisque le fondateur vivait ainsi. Ce n'est d'ailleurs pas ce que le peuple africain attend du témoignage religieux.

Tous les religieux auront donc à faire correspondre leur esprit aux besoins réels du milieu africain (adaptation du charisme). Mais que le besoin ne serve de prétexte à l'infidélité et au scan­dale. Le temps de saint François d'Assise n'est pas fini : la ten­dance à refuser les idées du chef charismatique existe encore au­jourd'hui. Que de Fondateurs, en effet, s'il était possible de les ressusciter aujourd'hui, se sentiraient peut-être étrangers chez eux ! En soi, se sentir étranger n'est pas mauvais, car cela prouve que le charisme a eu besoin de s'incarner dans une culture pour être compris. Mais cela ne voudrait pas dire que le charisme a perdu son inspiration originelle !

Un critère souvent négligé est la connaissance des docu­ments de la famille reli­gieuse d'appartenance. Combien lisent avec amour les Écrits ou la vie de leur Fondateur, les Actes de Chapitres et les nouvelles de leur Institut ? On fait beaucoup de choses à la fois, même avec le zèle le plus ardent, tout en s'éloi­gnant des directives de la congrégation. Le religieux de demain devra s'ouvrir da­vantage à sa famille religieuse.

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[1] CIARDI F., Le charisme oblat, in Vie Oblate Life, (s.n. et s.d.), p. 325-326.