2. Vertus
religieuses à cultiver 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - Plaquette - Accueil Eugène
de Mazenod demande aussi qu'on pèse les vertus des candidats, parce que
l'Église attend d'eux un puissant secours. "Il ne faut pas des vertus
médiocres pour répondre à tout ce qu'exige leur sainte vocation"[1]. Je
voudrais énumérer quelques vertus qui reviennent souvent sous la plume
de l'ancien Évêque de Marseille, non pas selon la valeur que leur attribuent
les théologiens mais suivant leur fréquence dans les textes. 1.
Charité fraternelle La
charité fraternelle apparaît comme la première vertu du religieux. Ce
qui revient à dire que l'exigence fondamentale de l'engagement dans la
vie consacrée est l'imitation du Christ par la pratique de la charité
parfaite. Les voeux de religion professés dans l'Église ne sont que des
moyens pour parfaire cet amour. Ta vocation n'est donc qu'une vocation
à l'amour, comme aimait si bien le dire sainte Thérèse de Lisieux. En
effet, Dieu t'appelle avant tout à l'aimer et à aimer ton prochain. N'est-ce
pas sur cela que se basera le fameux jugement dernier décrit par saint
Matthieu : "J'ai eu faim et
vous m'avez donné à manger..." (Mt 25, 35-36) ? Raison pour laquelle Eugène de Mazenod dira dans
son testament spirituel : "Pratiquez parmi vous la charité, la charité,
la charité, et, au dehors, le zèle pour le salut des âmes". Cette
charité, pivot autour duquel se déroule toute notre existence, ferait
de la maison religieuse, "bien affectueuse et bien sincère",
un "paradis sur terre".
Il la veut. Car, du témoignage de la charité dépend grandement
le succès de l'apostolat. Il faut donc s'accoutumer de bonne heure à
se supporter mutuellement. (8)
En quoi es-tu charitable ? Seras-tu capable d'aimer dans leur différence
les frères et les soeurs que tu n'auras jamais choisis ? 2.
Obéissance et Humilité L'obéissance
et l'humilité sont intrinsèquement liées. L'une et l'autre disposent le
religieux, la religieuse à rester à l'écoute de Dieu, à chercher sa volonté
en s'abaissant devant les hommes, lui permettent de marcher de coeur
avec le Christ qui sut s'abaisser sur le bois de la croix (cf. Ph 2, 6-11). a)
Obéissance Vraie
preuve de l'acceptation des exigences évangéliques chez Eugène de Mazenod,
l'obéissance religieuse consiste essentiellement à mener une vie conforme
à la Règle de vie et à exécuter sans hésitation les ordres des supérieurs.
Le religieux ne pourra atteindre la perfection qu'en s'abandonnant à la
volonté de Dieu qui se manifeste dans ceux qui guident ses pas sur les
traces des Apôtres. Il ne devrait pas oublier qu'il est au service de
Dieu et non pas à son propre service qui lui permettrait de faire tout
librement. "Le Seigneur ne rémunère pas le bien qui se fait en dehors
de l'obéissance, moins encore celui qu'on prétend faire contre les prescriptions
de l'obéissance"[2].
Mais
la soumission aux supérieurs n'est qu'un aspect de l'obéissance qui, au
sens profond, consiste à répondre à l'appel que Dieu adresse à chaque
homme. Elle devrait donc prendre chez toi plus le sens d'une démarche
personnelle, de l'écoute de la Parole de Dieu qu'une obligation qui conduirait
à plaire aux hommes. Il faudra éliminer de ta tête le faux oui que les
jeunes d'aujourd'hui appellent "diplomatie", qui consiste à
obéir à contrecoeur, tout simplement pour être bien vu de l'autorité. (9)
As-tu l'habitude d'avertir ou de demander la permission avant de sortir
? Ne serais-tu pas porté à n'obéir qu'à la personne que tu aimes ? b)
Humilité Appelé
par le Seigneur à une vie surtout missionnaire, le religieux doit vivre
dans l'humilité qui favorise l'obéissance, l'estime de la congrégation
et l'acceptation des autres et de ce qui vient de l'autorité. "Un
religieux vertueux doit comprendre que chacun est tenu de recevoir avec
humilité les observations et même les reproches de ses supérieurs"[3].
La
vraie vertu de l'humilité, vivement recommandée dans la réalisation de
la vocation, te permettra d'encourager les bonnes initiatives des autres
gens et d'accepter qu'ils ont à t'apprendre aussi. Elle t'empêchera de
céder à l'orgueil qui engendre le péché. La fausse humilité, par contre,
te fera étouffer les talents que tu as reçus en partage. Il faudra donc
s'atteler à vaincre la timidité. (10)
Comment réagis-tu face aux corrections des parents ou des amis ? Serais-tu
capable d'avouer ton ignorance dans une discussion intellectuelle ? 3.
Pauvreté et détachement À
l'exemple du Christ qui s'est fait pauvre, pour nous enrichir de sa pauvreté
(cf. 2 Co 8, 9), il est nécessaire aux religieux, dans leur mission d'évangélisation
des pauvres par la parole et l'exemple, de devenir d'abord pauvres eux-mêmes,
ou mieux de partager la faiblesse des faibles pour gagner les faibles,
comme dit saint Paul (cf. 1 Co 9, 22). Cette
vertu de pauvreté, condition de l'apostolat, implique le détachement au
monde et à la famille. Ce qui n'est pas du tout facile. Le candidat à
la vie religieuse devrait les prendre en considération. a)
Pauvreté Eugène
de Mazenod parle d'une pauvreté volontaire, qui oblige les religieux "à
ne rien exiger, à se contenter de tout, à s'estimer heureux s'ils pouvaient
manquer de quelque chose et souffrir"[4].
Ils doivent surtout compter sur la divine Providence, dans une relation
de dépendance perpétuelle. Il s'agit là de la pauvreté spirituelle qu'il
faudrait cultiver davantage. Quant
à la pratique de la pauvreté matérielle, elle n'est pas de manquer du
nécessaire, ce qui ferait obstacle à l'apostolat. Elle consiste plutôt
à proportionner ses besoins aux ressources que l'on a, à utiliser rationnellement
le peu qu'on possède, à gérer raisonnablement les biens matériels de
la communauté, à dépenser l'argent reçu de la communauté ou de la famille
avec discernement, et surtout à bien appréhender le vrai besoin auquel
il faut répondre. Il s'agit plus d'une attitude d'esprit que d'une insuffisance
matérielle. (11)
Comment réagis-tu quand les parents ne t'offrent pas ce que tu désires
? Seras-tu vraiment heureux de vivre sans posséder certains biens dont
tu as besoin? b)
Détachement Les
religieux doivent être libres du monde, de la famille humaine et de tout
ce qui ferait obstacle à la mission reçue de l'Église. Ils sont des hommes
de communauté et non pas des "coureurs de grand chemin". Aussi
doivent-ils, dès le jour de leur admission et de leur oui au Seigneur,
quitter le monde. Ils le regardent mais sans le posséder, le voient mais
sans se laisser attirer par ses séductions. À la préférence des fonctions
à assumer (tâche qu'on envie ou à laquelle on aspire de tout son coeur)
doit succéder la "sainte indifférence". Il faut savoir se détacher
même de ses propres idées surtout quand, imprégnées de triomphalisme,
elles ennuient les autres. Et
puisque le devoir missionnaire compte plus que l'obligation familiale,
les religieux doivent se détacher également de leur famille. "Quiconque
a mis la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au Royaume
de Dieu" (Lc 9, 62).
C'est une exigence de pure prudence qui ne porte nullement atteinte au
quatrième commandement de Dieu selon lequel les enfants honorent leurs
parents. Mais l'amour excessif des parents a fait perdre bien des vocations
et étouffé bien des vertus en germe. Pour
Eugène de Mazenod, "un religieux n'est obligé que de pourvoir aux
plus pressants besoins de son père et de sa mère"[5].
Dans le cas d'extrême nécessité, le religieux pourra être autorisé à vivre
et à travailler hors des communautés de la congrégation (ce qui est rare)
pour le soulagement de sa famille tout en étant tenu à vivre modestement
selon l'esprit de pauvreté. Il ne s'agit ni d'abandonner la famille ni
de la prendre totalement en charge en exigeant que la communauté résolve
tous ses problèmes. Ce serait créer davantage du paternalisme dont il
faudrait se débarrasser. (12)
Quels sont les plaisirs qui te passionnent ? Seras-tu capable de vivre
ta vocation en paix et dans la joie même très loin de ta famille et sans
nouvelle d'elle ? 4.
Abnégation et mortification Eugène
de Mazenod cite souvent l'abnégation à côté d'autres notions voisines
et apparentées, notamment le dépouillement, le détachement, l'abstinence,
la mort à soi-même et l'oubli de soi. Dans
sa nature propre, l'abnégation consiste à nous dépouiller de ce qui nous
est le plus intime et le plus personnel, à renoncer à ce que notre amour-propre
voudrait pratiquement que nous soyons; tandis que les autres termes proches
concernent le renoncement à ce qui nous est extérieur. a)
Abnégation L'abnégation
répond à la condition posée par le Christ pour tous ceux qui se mettraient
à sa suite, les chrétiens en général et les religieux, les religieuses
en particulier : "Si quelqu'un
veut venir à ma suite, qu'il renonce à lui-même" (Lc
9,23). Eugène de Mazenod la considère comme la voie du ciel par où
tous doivent passer. Cette
vertu nécessaire à la recherche de l'unique gloire de Dieu s'étend sur
deux domaines de la personne humaine, notamment : les passions et la
volonté propre, sources de désir qui enlèvent à l'âme la pureté d'intention
et l'empêchent de voir clairement la volonté de Dieu sur elle. Si Eugène
de Mazenod insiste sur "l'oubli de soi-même, le mépris de l'estime
des hommes", c'est parce qu'il voudrait que les religieux ou les
aspirants s'appliquent avec soin à réprimer leurs passions et à renoncer
à leur volonté propre. (13)
N'as-tu pas tendance à rechercher des compliments chaque fois que tu
accomplis une bonne action ? Accepterais-tu paisiblement que les gens
s'opposent parfois à ton amitié envers telle ou telle personne ? b)
Mortification La
mortification qui consiste à soumettre le corps à une privation, ou mieux
à infliger une souffrance dans un but d'ascèse n'a de sens chrétien que
quand elle est pratiquée par amour du Christ crucifié pour l'humanité.
C'est une vertu indispensable aux yeux d'Eugène de Mazenod. "Il faut
que l'on prenne des habitudes de mortification, que l'on se fasse à une
vie un peu dure, que l'on ne cherche pas ses aises parce qu'on peut être
appelé à un ministère qui ne les comporte pas"[6].
Mais la mortification corporelle doit être sobrement pratiquée pour ne
pas nuire à la santé physique. La
vertu se pratique non seulement pendant les repas mais aussi aux heures
d'étude. Un religieux, une religieuse doit être capable de se taire, de
faire venir le silence en lui et autour de lui. "Le silence facilite
l'étude, l'étude nourrit la prière, la prière attire la charité",
disait Bernardot. C'est l'ascèse intellectuelle, qui fait mourir les
tendances, les instincts, les activités qui nuisent au plein épanouissement
de la vie, et qui fait aimer et garder la chambre. L'aspirant devra donc
s'initier à la pratique de la mortification afin de prévenir les fautes. (14)
Es-tu capable de silence ? T'arrive-t-il de supprimer un repas pour une
cause bonne ? 5.
Chasteté La
chasteté enfin, c'est la vertu de tous les baptisés. Mais la continence
en vue du Royaume des cieux dont parle laconiquement Eugène de Mazenod
est le propre de ceux qui sont appelés au célibat charismatique (cf. Mt
19, 11-12). Avant de s'y engager, le candidat à la vie consacrée devra
faire montre de la capacité d'accepter positivement la solitude qu'implique
le célibat consacré et d'être heureux dans ce projet de vie librement
choisi. Autrement dit, l'aspirant devra manifester le désir de se consacrer
à Dieu et de se mettre totalement au service des autres. L'ancien
évêque de Marseille s'attaque à la fois aux tendances homosexuelles et
aux penchants vers l'autre sexe. Les amitiés particulières sont dangereuses
quand elles ne sont pas motivées par le bien. Il faudrait donc veiller
pour qu'elles ne conduisent pas, là où elles pourront être possibles,
au manque de pureté en cherchant à répondre aux désirs égoïstes de la
chair. "Les enfants pris à bas âge, bien surveillés et bien instruits,
pourront facilement prendre l'habitude de la vertu, (...) la pratique
de la chasteté qu'il est malheureusement trop tard quand il s'agit de
l'acquérir pendant la préparation immédiate pour les saints ordres"[7].
Ce qui ne signifie pas que les enfants ne pourront pas en parler pendant
leur formation. (15)
Parles-tu ouvertement de tes amitiés avec les personnes du même ou de
l'autre sexe ? Serais-tu capable d'assumer la solitude ? Certes,
les vertus susmentionnées intéressent les éducateurs lorsqu'ils supputent
les signes de vocation. L'aspirant devrait aussi les manifester en germe,
le noviciat étant le lieu par excellence où elles auront à se développer.
Ainsi
viens-tu de cerner ce qui pourrait être considéré comme signe de la vocation
interne, laquelle est "purement gratuite, absolument libre et strictement
surnaturelle". Il fallait bien commencer par là avant de penser à
déceler les talents humains dont dépend l'exercice de la vie consacrée.
La vocation se vit intérieurement avant de se manifester.
1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - Plaquette - Accueil
[1]
Lettre au p. Mouchette, 2 décembre 1854, in Écrits
oblats, 11, p. 253. [2]
Lettre au p. Mille, 6 avril 1832, ibid., 8, p. 21. [3]
Lettre au p. Mille, 21 mai 1836, ibid., 8, p. 209. [4]
Lettre au p. Santoni, 16 mars 1846, ibid.,
10, p. 117-118. [5]
Lettre au p. Gondrand, 24 novembre 1853, ibid.,
11, p. 176. [6]
Lettre au p. Dorey, 15 octobre 1848, ibid.,
10, p. 228. [7]
Lettre au p. Tamburini, 2 octobre 1855, ibid.,
11, p. 285. |