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Talents et autres bonnes dispositions

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Le Fondateur des Oblats exige enfin que les éducateurs ju­gent de la suffisance du talent des sujets. Il ne pré­tend pas que l'on n'admettra dans la congrégation que des aigles, mais "qu'il est un degré d'ignorance et d'inca­pacité qui ne peut être admis".

Réfléchis donc à présent sur les aptitudes justi­ficatives de la vocation, qui ne sont pas l'apanage exclusif de ceux qui ont la vocation sacer­dotale ou religieuse. Ce sont les aptitudes physiques et intellectuelles, celles qui peuvent être jugées plus objectivement que les grâces internes, mais dont la présence, bien que nécessaire, n'est pas forcément signe de la vocation interne.

 

1. Talents reçus en partage

 

a) Bonne santé physique et psychique

Appelé à une vie exigeante, le religieux doit être en bonne santé et veiller sur elle afin de remplir effi­cacement sa tâche apostolique. Eugène de Mazenod appelle à la vigilance en insistant sur la nécessité d'une nourri­ture saine et suffisante. Il ne faut ni négliger le repos après le travail, en dépit de l'urgence missionnaire, ni oublier de se faire soigner quand on est malade. L'activisme pourrait nuire à la santé.

Mais la santé ne constitue pas un obstacle à la réalisation de la vocation, surtout quand les qualités dominent la maladie et quand l'infirmité permet à la personne d'accomplir l'exercice le plus essentiel de la vie sacerdotale ou religieuse, bref quand le mal ne pa­ralyse pas totalement l'individu[1]. Cependant, dans certains autres cas qui autorisent à considérer la santé comme signe de vocation, Eugène de Mazenod se voit obligé d'écarter de sa famille religieuse certains ma­lades. Ce sont des cas désespérés où l'avis du méde­cin est défavorable.

Il en sera de même de la santé psychique. Les troubles relatifs à l'équilibre psychologique du candi­dat posent de sérieux problèmes quant à la réalisa­tion de la vocation à la vie consacrée. Un candidat rongé de scrupules, par exemple, ne ferait pas une grande acquisition.

(16) Dans quelle mesure prends-tu suffisamment soin de ta santé physique ? Connais-tu tes fragilités psycholo­giques ?

 

b) Aptitude intellectuelle

Le père De Mazenod désirait, conformément à la légis­lation ecclésiale de son temps, sur "l'idonéité intellec­tuelle", que les religieux aient une intelligence supé­rieure à la moyenne, afin de correspondre à la gran­deur de leur vocation. Pour être une réponse efficace à la mission de l'Église, ils devraient être d'une intel­ligence perspicace, d'un jugement sûr et d'un bon sens[2].

Les études philosophiques et théologiques des scolastiques, pour parler des candidats au sacerdoce, leur procureraient une solide base doctrinale indis­pensable à la mission de l'Église et de la congréga­tion. Voilà pourquoi Eugène de Mazenod tient à ce que les étu­diants s'appliquent à l'étude et que les prêtres préparent soigneusement leurs prédications. Il faut apprendre à bien parler et à bien écrire de manière à se faire clairement comprendre; apprendre à prêcher dans un style simple pour convertir les âmes et non pas pour plaire aux hommes.

En plus de l'étude des belles lettres et des langues, Eugène de Mazenod insiste sur la nécessité d'un juge­ment sûr par le principe du bon sens. "Le bon sens est une qualité trop indispensable pour que nous puissions nous passer de l'exiger des sujets qui se présentent. Que deviennent toutes les bonnes qualités quand le cerveau est blessé ?"[3]. Il apparaît donc très clairement que sera écarté un certain nombre de candidats bien disposés, sans doute, mais incapables d'études supérieures. Ne faudrait-il pas veiller à ce qu'on ne soit de ceux là ?

(17) Comment cultives-tu le goût des langues ? Es-tu capable de bien apprécier les personnes et les événements heureux ou malheureux de la vie ?

 

2. Autres bonnes dispositions

D'autres bonnes dispositions, nécessaires dans la vie d'un religieux ou d'une religieuse, sont à consi­dérer. Il faudrait que tu tiennes compte de celles qui nous intéressent le plus, notamment : l'estime de la congrégation, l'aptitude à la vie communautaire, la régularité et l'esprit de piété, la simplicité, l'honnê­teté et la politesse.

 

a) Estime de la congrégation

La congrégation religieuse est le résumé de tous les moyens de glorifier Dieu. Par conséquent, elle doit être l'objet de l'affection des membres qu'elle a "en­fantés" et l'estime de tous ceux qui viennent à elle par appel du Maître de la moisson. Les éducateurs en tiendront compte pour que les candidats s'y en­gagent pour y persévérer jusqu'à la mort.

Il n'y a pas de demi-mesure pour Eugène de Mazenod. "S'il (candidat) n'estime pas la Congrégation tant pis pour lui, le mal est dans son oeil pour ne pas voir ce qu'elle vaut; qu'il n'y entre pas"[4]. Or, bon nombre d'aspirants seraient tentés du désir de se "faire caser". Ils vont vers certaines familles où il ferait bon vivre, même quand ils ne les aiment pas ou éprouvent de l'antipathie envers ses membres ! Tu devrais apprendre à choisir la congrégation que tu aimes effectivement.

(18) Qu'est-ce qui t'attire chez les membres de la congrégation qui t'intéresse ? Sauras-tu main­tenir ton enthousiasme du départ lorsque tu dé­couvriras les hauts et les bas de cette famille ?

 

b) Aptitude à la vie communautaire

La vie religieuse à laquelle tu aspires est essen­tiellement une vie communautaire, un "être en­semble". C'est une invitation à ne faire qu'un coeur et qu'une âme comme les membres de la première communauté chrétienne de Jérusalem, dont parle le livre des Actes des Apôtres. Cette union, pour Eugène de Mazenod, n'est pas l'absence de dispute, mais cordialité, fusion qui doit exister entre tous les membres de la congré­gation[5].

Concrètement, tu auras à vivre avec d'autres frères, d'autres soeurs que les tiens de sang. Ils se­ront peut-être de caractère différent et de mentalité variée. Ce qui exige que tu sois capable de faire fa­mille avec eux, de les accepter dans la différence, de faire communion et d'accueillir le nouveau, même au milieu des incompréhensions. Il n'existe pas de communauté idéale ni de charité par­faite sur cette terre.

(19) Préfères-tu prendre ton repas seul ou en groupe ? N'as-tu pas parfois la tendance de t'immiscer dans les affaires qui ne te concernent pas ?

 

c) Régularité et esprit de piété

Eugène de Mazenod a une haute idée de la vie religieuse dont les grands principes sont l'indifférence surtout, la mort à soi-même, l'obéissance gaie, le dévouement to­tal à l'Église et à la famille (congrégation), le support de ses frères[6]. Ceux qui veulent ordinairement s'agréger à une congrégation religieuse "sont indubi­tablement ceux qui cherchent une vie plus régulière, plus parfaite que la vie commune", l'exacte discipline, la bonne volonté pour faire promptement et volon­tiers tout ce que l'obéissance commande. L'Église n'a pas besoin de religieux ennuyés de leur état.

Cette obligation indispensable de tendre à la perfection, marchant sur les traces des saints, im­plique la pratique de la piété. Il faut être un homme de prière, fidèle aux exercices spirituels; un homme qui n'hésite pas à nourrir sa vie intérieure de bonnes dévotions, telle la dévotion à la Vierge Marie. "C'est un brevet pour le Ciel".

(20) Aimes-tu la discipline ? Saurais-tu dire pourquoi tu pries le chapelet à ceux qui refusent de re­connaître que Marie est Vierge, Mère de Dieu ?

 

d) Simplicité, honnêteté et politesse

 Appelés à être témoins de Jésus-Christ, à le faire connaître surtout aux plus pauvres, les religieux doi­vent être des gens simples dans leur prestation, leur langage et leur habillement, honnêtes ou transpa­rents surtout en matière d'argent, et polis ou respec­tueux dans leurs relations sociales. Eugène de Mazenod ne vou­drait pas qu'il y ait des religieux "sans respect pour leurs supérieurs, détracteurs les uns des autres"[7], sans  valeurs chrétiennes ni esprit religieux.

La simplicité tant recommandée ne signifie pas  nivellement; l'aîné mérite le respect que la famille sensée inculque aux enfants. Aussi devrais-tu, dans ton milieu de vie, veiller au savoir vivre. Ta conduite devrait être exemplaire, marchant à contre-courant des gens aux moeurs lé­gères. N'oublie surtout pas que tu es diffé­rent des autres jeunes du monde de par le choix de Dieu sur toi. Le contraire serait à plaindre.

(21) Comment te sens-tu au milieu des enfants ? Aurais-tu le courage d'avouer humblement ta faute et de dénoncer les tricheries des autres ?

Comme tu viens de le remarquer, les talents et les autres bonnes dispositions sont également néces­saires dans la réalisation efficace de la vocation. Les éducateurs ne pourront pas ne pas en juger, même si eux seuls ne peuvent justifier l'appel de Dieu. En Afrique comme partout ailleurs.

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[1] Cf. Lettre au p. Courtès, 17 juillet 1846, in Écrits oblats, 10, p. 133; Lettre au p. Richard, 3 août 1851, in Écrits oblats, 11, p. 45.

[2] Constitutions et Règles de 1826, n. 698.

[3] Lettre au p. Courtès, 23 mars 1832, ibid., 8, p. 50-51.

[4] Lettre au p. Vincens, 30 avril 1853, ibid., 11, p. 131.

[5] Cf. Lettre au p. Courtès, 8 novembre 1821, in Choix de testes relatifs aux Constitutions et Règles O.M.I., n. 335.

[6] Lettre au p. C. Aubert, 10 mars 1935, in Choix de testes, n° 199.

[7] Lettre au p. Honorat, 12 juillet 1849, in Choix de textes, n° 242.