1. Motifs
du projet religieux 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - Plaquette - Accueil
Le
discernement de ta propre vocation devrait commencer par considérer minutieusement
les motifs qui t'amènent à frapper à la porte de tel ou tel institut
religieux. Cela suppose deux choses : que tu correspondes à l'esprit
de la congrégation et répondes effectivement à l'appel divin. Voici ce
que j'entends par ces deux dimensions. 1.
Correspondre à l'esprit de la congrégation Par
l'esprit de la congrégation, il faudrait entendre la motivation profonde
même qui poussa un homme ou une femme à devenir fondateur ou fondatrice
d'un institut religieux. Quelle réponse voulait-il ou voulait-elle donner
au besoin réel de l'Église de son temps et quel héritage spirituel a-t-il
légué à ses fils ou à ses filles ? Question d'intuition initiale. En
général, cet esprit est constitué d'un triple souci : le dévouement total
pour la gloire de Dieu, le service de l'Église et le salut des âmes. Cet
esprit correspond au triple but de la Rédemption que saint Paul nous fait
découvrir au début de sa lettre aux Éphésiens : "Béni
soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ : Il nous a bénis de
toute bénédiction spirituelle dans les cieux en Christ. Il nous a choisis
en lui avant la fondation du monde pour que nous soyons saints et irréprochables
sous son regard dans l'amour" (1,
3-4). En
effet, pour un engagement motivé, un simple attrait éprouvé envers une
congrégation ne suffit pas. L'attrait n'est qu'un signe secondaire de
la vocation. Il faut bien
sûr estimer la congrégation, mais il convient surtout de chercher à correspondre
à son esprit initial. Or
pour Eugène de Mazenod, "il n'est pas si aisé de rencontrer des hommes
qui se dévouent et veuillent se consacrer à la gloire de Dieu et au salut
des âmes, sans autre profit sur la terre que beaucoup de peine et tout
ce que le Sauveur a annoncé à ses véritables disciples"[1].
Mais que faudrait-il comprendre par ce triple aspect de la même réalité
? a)
La gloire de Dieu La
gloire de Dieu est la raison fondamentale qui doit stimuler la décision
libre du candidat, appelé à glorifier la grâce de Dieu, sa miséricorde
et l'amour dont il nous a aimés dans le Christ, et à l'étendre à tous
les hommes. En d'autres termes, devenir religieux, c'est vouloir glorifier
Dieu dans ses oeuvres. Aussi,
l'aspirant à la vie religieuse devrait-il se laisser animer par ce vouloir.
Seul celui qui se laisse imprégner de ce désir devient capable du renoncement
et de l'oubli de soi. Ce renoncement implique la disponibilité au ministère
apostolique par lequel le religieux glorifie Dieu. (1)
Quelle est ta participation à la vie ecclésiale de ta paroisse ? Pourras-tu
t'y engager totalement sans en attendre un salaire ? b)
Le service de l'Église Le
service de l'Église ne saurait s'accomplir sans amour de Jésus à qui elle
s'identifie. Le religieux dont la mission est de continuer l'oeuvre du
salut commencée par le Sauveur et les Apôtres doit aimer et servir l'Église
sans réserve. Tu
devrais donc savoir ce à quoi tu t'engages : l'Église attend de toi un
puissant secours. Face aux erreurs des gens de ce monde contre la vraie
foi et face à la prolifération des sectes religieuses, toute ta vie comme
toute ta formation devraient être sous l'impulsion de l'amour pour l'Église.
(2)
Que fais-tu pour contrecarrer l'envahissement des sectes religieuses ?
Seras-tu disponible pour aller partout où les besoins de l'Église se font
sentir ? c)
Le salut des âmes Ce
troisième aspect se présente comme le moyen par lequel se concrétisent
les deux premiers. Le ministère consiste, en effet, à "faire connaître
Jésus-Christ" (par la parole et par l'action) aux pauvres les plus
abandonnés, à ceux qui ignorent la parole de Dieu et sont laissés à eux-mêmes,
afin que tous soient sauvés. Ainsi
se révèle le désir d'imiter le Christ dont la mission fut l'annonce de
la Bonne Nouvelle du salut aux pauvres dans lesquels se cache sa propre
personne. D'où la nécessité de les aimer. Car autant est difficile le
jardinage à celui qui n'aime pas se salir les mains autant sera aléatoire
l'engagement de qui n'a aucun attrait pour les pauvres "aux multiples
visages". (3)
T'arrive-t-il de parler de la vie sacramentelle aux malades ou aux prisonniers
? Saurais-tu parler de Jésus avec conviction à n'importe qui ? Cependant,
tout ce dévouement n'a de valeur que dans la mesure où tu sentiras le
besoin de répondre effectivement à l'appel du Seigneur. 2.
Répondre effectivement à l'appel divin Par
la réponse à l'appel divin, il faudrait entendre les dispositions qui
attestent l'existence de la vocation divine chez le candidat et sa correspondance
à l'esprit de la congrégation. J'en retiens quatre, notamment : l'appel
qui vient de Dieu, la volonté droite, l'attachement à Jésus-Christ et
le désir de devenir "franchement saint". a)
Appel qui vient de Dieu Pour
que tu arrives à identifier clairement ce que tu ressens au plus profond
de toi-même, il faut que tu conçoives Dieu comme celui qui appelle, suivant
la recommandation du Christ : "priez donc le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à sa moisson"
(Mt 9, 38). Raison pour laquelle
Eugène de Mazenod insiste sur la prière de demande pour de bonnes vocations
et l'action de grâce pour celles qui existent. La vocation relève donc
du domaine de la vie intérieure. Ainsi
faudra-t-il donner aux gens la possibilité d'apprécier la tienne, notamment
par le sérieux de ton esprit de foi, ton engagement d'amour envers Dieu
et le prochain, et ton esprit de sacrifice. Rappelle-toi les conditions
posées par le Christ lui-même aux disciples : "Si
quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge
de sa croix et qu'il me suive" (Mc
8, 34). (4)
Pourquoi penses-tu avoir la vocation religieuse ? Que ferais-tu pour montrer
ton esprit de foi et de sacrifice aux gens de ton quartier, de ton entourage?
b)
Volonté droite Le
désir de répondre à l'appel du Seigneur doit s'accompagner d'une pureté
d'intention. Autrement dit, le candidat doit être animé de la vraie soif
de devenir réellement religieux et d'y persévérer dans la fidélité jusqu'à
la mort, et non pas d'y aller à titre d'essai ou par "calcul".
Ce qui suppose au préalable un contact, ou mieux une connaissance de la
congrégation à laquelle on voudrait adhérer. Lire le nom d'un couvent
dans la rue ne suffit pas. Il
ne faudra jamais y aller comme un enfant, sans savoir même de quoi il
s'agit. Pour Eugène, ne peuvent devenir novices que "ceux qui veulent
véritablement être tels, qui sollicitent cette faveur comme une grâce,
sur la résolution desquels on puisse compter"[2].
Les motivations doivent être bien clarifiées avant de s'engager. Si tu
veux suivre le Christ afin de bien manger et de bien dormir ou pour répondre
à ta soif de posséder des biens matériels pour toi-même et pour ta famille,
rappelle-toi sa parole : "Les
renards ont des terriers et les oiseaux du ciel des nids, le Fils de l'homme,
lui, n'a pas où poser la tête" (Lc 9, 58). Reconnaissons que
dans une situation de crise permanente comme celle du continent africain
aujourd'hui, les motivations peuvent s'entremêler. (5)
Qu'est-ce qui te pousse à désirer partager la vie de la congrégation qui
t'attire ? Ne serais-tu pas motivé par certains avantages de la vie ? c)
Attachement à Jésus-Christ La
vie religieuse en tant que vie mystique représente avant tout un engagement
personnel envers le Christ.
Qui pourrait s'y engager sans faire soi-même l'expérience de la rencontre
avec le Fils de Dieu, sans brûler du désir d'imiter Jésus de Nazareth
et de marcher sur les traces des Apôtres ? En
ta qualité de baptisé, tu devrais en germe correspondre à cela, avoir
"un grand amour pour notre divin Sauveur Jésus-Christ qu'on doit
surtout lui témoigner dans le sacrement de l'eucharistie"[3].
Tu devrais apprendre à puiser ta force à cette source d'amour qu'est le
Christ vivant dans la sainte communion. (6)
Sais-tu prier personnellement ? Fréquentes-tu régulièrement les sacrements
de la réconciliation et de l'eucharistie ? d)
Désir de devenir "franchement saint" L'Évangile
appelle tous les hommes à la sainteté. Le Concile Vatican II l'a affirmé
aussi avec autorité (cf. Lumen Gentium, 40). De par leur consécration dans l'Église, les religieux
doivent viser la perfection. Il ne s'agit pas seulement d'aller prêcher
tant bien que mal la parole de Dieu, mais aussi d'être des hommes vraiment
apostoliques. "Il faut que nous soyons franchement saints nous-mêmes"[4]. Aussi
devrais-tu savoir que même si elle n'attend pas recevoir un saint tout
fait, la congrégation qui te captive a besoin d'hommes et de femmes désireux
de se créer en eux-mêmes une solide et profonde vie intérieure qui mène
à la sainteté, à la sanctification personnelle qui est en fonction de
l'amélioration de toute la communauté. (7)
Dans quelle mesure la lecture de la vie des saints t'intéresse-t-elle
? Qu'est-ce qui pourrait montrer que ta conduite n'est pas irréprochable
? Somme
toute, les exigences d'Eugène de Mazenod sur l'esprit de la congrégation
et sur l'authenticité de la réponse du candidat à l'appel divin montrent
combien chacun des éléments considérés, bien qu'en germe dans l'aspirant,
devrait être examiné attentivement avant l'admission dans la vie consacrée.
|