4. Dix
conditions pour l'Afrique 1
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cette perspective mazenodienne, il convient de reconnaître que la vie
religieuse est un charisme, une exigence. Elle n'est pas donnée à tous.
Elle ne se force pas non plus. Le
recrutement des candidats à cet état ne pourrait être une chose aisée,
dans le contexte de sociétés tant matérialistes que spiritualistes. Mais
sur quoi se baseraient les congrégations établies en Afrique, terre aux
crises multiformes, en vue d'une sélection prudente ? Tu
devrais savoir que chaque institut a ses exigences, son mode de discernement
et ses conditions d'admission, lesquelles correspondent généralement
à son esprit. Ce qui n'empêche que je te suggère quelques points de repère
qui pourront t'aider à faire le discernement de l'authenticité de ton
propre projet de vie. Loin
d'être exhaustif, je m'arrêterai à la teneur de ces dix éléments ou conditions
indispensables : la famille, l'accompagnement, l'expérience de Dieu, l'aptitude
intellectuelle, l'ouverture sur la vie affective, la serviabilité, la
capacité de travail, l'âge, l'ordre
et la ponctualité. 1.
Famille Le
discernement devrait commencer par apprécier la famille d'où l'on vient
et son milieu de vie, même si la vocation est une affaire personnelle.
De l'arbre dépendent généralement les fruits, dit-on. Il est toujours
bon de s'assurer de la qualité de l'éducation reçue et de l'influence
du milieu sur soi. L'ignorance
religieuse de bon nombre d'aspirants invite les formateurs à reconsidérer
les valeurs chrétiennes ou le soubassement spirituel de la famille de
chacun. Qu'en est-il de la vie sacramentelle des parents ? Sont-ils encore
des pratiquants ? Comment nourrissent-ils leur foi ? Et quel genre de
camarades fréquentent l'aspirant ? Autant de questions qui méritent une
réponse libre et consciente. En
effet, mise à part l'exagération, d'un enfant qui n'a pas eu la chance
d'être éduqué à la politesse, par exemple, il n'est pas sûr d'attendre
les bonnes manières, le respect et l'obéissance. Et celui qui est élevé
dans le milieu où l'on cultive l'intolérance ne saura certainement pas
s'épanouir dans la vie communautaire. Le noviciat ou la formation en général
ne change pas grand-chose à la personnalité. Encore faudra-t-il miser
sur la disponibilité de chacun. La psychologie nous en dirait plus. (22)
Qu'est-ce qui prouve que tu es d'une famille bien éduquée ? Ta famille
te rappelle-t-elle encore tes obligations de la vie chrétienne ? 2.
Relation d'accompagnement Le
candidat désireux de se laisser transformer devrait chercher à établir
une relation d'accompagnement dit "spirituel"
avec une personne préparée et compétente, capable de l'accueillir,
de l'écouter, et de l'aider à discerner la volonté de Dieu sur lui. Ce
qui se fait facilement quand on est en contact avec sa paroisse. L'aspirant
se confie soit à un prêtre soit à un religieux ou une religieuse, voire
à un laïc quand on sait qu'une chose est l'accompagnement, une autre est
la confession. Dans
les entretiens, le candidat est invité tout d'abord à s'exprimer ouvertement
sur son histoire et sur la vie aujourd'hui; ensuite à dire comment la
Parole de Dieu le rejoint et l'interroge; et enfin, à se laisser aider
à clarifier les motivations et discerner la volonté de Dieu[1].
Ici aussi, une bonne famille aurait un rôle à jouer si l'enfant lui parlait
de sa vocation. (23)
As-tu un accompagnateur ou en as-tu envie ? Trouves-tu nécessaire de parler
de ta vie intime à quelqu'un de confiance ? 3.
Expérience de Dieu Dans
ce cheminement, il est nécessaire que le candidat ait ou cherche à avoir
une expérience de Dieu ou une relation profonde à Dieu, parce que, redisons-le,
la vie religieuse est une vie mystique. Les formateurs devront vérifier
si tu es capable de méditer sur la Parole de Dieu, de bien prier et de
parler de Dieu avec conviction. Certes,
on n'attend pas de toi, dès le début, un religieux tout fait, mais on
voudrait se rassurer de la manière dont tu vis ton baptême : comment tu
parles de ta foi, de ta rencontre avec le Christ, de ta prière, de ta
participation aux sacrements, etc. Ne sois surtout pas de la catégorie
des jeunes qui lisent la Parole de Dieu à des fins magiques. Tu devras
au contraire faire preuve d'une foi sincère et d'une prière authentique. (24)
Quelle est ton expérience de Dieu ? N'as-tu pas parfois honte de faire
le signe de la croix devant les gens d'autres confessions religieuses
? 4.
Aptitudes intellectuelles Le
candidat doit être capable d'assimiler la formation et la doctrine de
l'Église. Il te faudra pour cela un niveau d'études considérable, des
qualifications (diplômes) voulues par la congrégation conformément à
la réalisation de son charisme. Plus question de religieux complexés. À
l'heure où l'Église africaine est plus que jamais appelée à combattre
efficacement la prolifération des sectes religieuses et à trouver de
nouvelles voies pour sortir le peuple de la misère à laquelle il est crucifié,
les communautés religieuses ont besoin d'admettre des jeunes talentueux,
au bon sens indubitable. Ainsi, montre-toi sérieux, utilise le dictionnaire
pour ne pas commettre trop de fautes dans ta correspondance et soigne
bien ton expression orale. Ne te montre guère sous informé et paresseux
dans la lecture. (25)
Réussis-tu bien dans tes études ou ton travail ? T'arrive-t-il de lire
un journal ou un livre par souci de culture générale ? 5.
Courage de parler de sa vie affective Il
ne s'agit pas ici de l'affectivité qu'on a souvent confondue en la réduisant
à la sexualité, mais bien de "l'ensemble des phénomènes affectifs
(émotions, sentiments, passions, etc.)", ce qui relève de la sensibilité,
des sentiments en général que Dieu a semés en nous du moment où il a fait
de nous des êtres sociaux. Le
jeune aspirant doit être capable de parler de ses relations, en particulier
de la relation garçon-fille; des événements qui le marquent, ce qui le
touche, l'inquiète ou provoque un dynamisme; de son comportement dans
une relation individuelle, ses réactions en groupe, comment il reçoit
et accepte les remarques. Pour cela le chargé des vocations dans les congrégations
viendra peut-être te rencontrer dans ton milieu de vie. (26)
Connais-tu suffisamment les avantages du mariage ? Dans quelle mesure
la sexualité ne demeure pas une question tabou pour toi ? 6.
Serviabilité Le
Christ est venu pour servir et non pour être servi. Tout disciple doit
apprendre à laver les pieds des autres. Et le religieux doit témoigner
par l'amour et le service. C'est la voie de la perfection chrétienne. En
effet, sans la serviabilité, l'individu ne pense qu'à lui-même. Or l'égoïsme
détruit la vie communautaire. Celui qui, remarquant qu'il n'y a pas de
verres sur la table de six personnes, se lève et ne revient qu'avec un
seul verre dans lequel il se sert d'eau aussitôt sans la moindre gêne,
manque d'esprit communautaire et n'est pas digne d'être considéré comme
serviteur. Aussi l'aspirant à la vie religieuse doit-il cultiver la serviabilité,
l'attention à ceux qui sont dans le besoin. Les congrégations y tiennent
pour ne pas remplir les maisons de gens qui ne pensent qu'à eux-mêmes. (27)
N'as-tu pas tendance à être servi à table ? Quels exemples montrent que
tu as été disponible et dévoué pendant les deux dernières semaines ? 7.
Capacité de travail L'aspirant
doit faire preuve aussi de sa capacité de travail
tant manuel qu'intellectuel, travail productif et non stérile. L'Afrique
n'a plus besoin de religieux paresseux, qui attendent tout des autres
en se croisant les bras. Il
ne devrait pas en être ainsi pour toi. Au contraire, apprends à être responsable
de ton ventre en te salissant les mains, au jardin par exemple. Aide tes
parents aux champs et détache-toi de la toilette pimpante, entretiens
la maison, apprends à faire la cuisine pour ne pas dépendre toujours
des autres. Évite le parasitisme et l'attentisme, ne passe pas toute la
journée à faire du sport sans en être professionnel, à écouter de la musique
et à discutailler. Rappelle-toi la règle de saint Paul : "Si
quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus"
(2 Th 3, 10). (28)
L'élevage et le jardinage te disent-ils quelque chose ? Quelle autonomie
as-tu prise par rapport à ta famille ? 8.
Âge Nombreuses
sont les congrégations qui mentionnent l'âge en tête de la liste de leurs
conditions d'admission. L'expérience montre en effet que les candidats
avancés en âge sont difficilement "malléables". Ils sont souvent
victimes de leur passé. Et surtout quand on sait qu'à un certain âge,
l'homme ne change pas ! Ce qui n'insinue nullement que les aspirants trop
âgés soient indésirables. Tout
dépend de l'esprit de chaque congrégation. La plupart, conscientes de
la difficulté, sont d'accord aujourd'hui de n'accepter que des candidats
de moins de 24 ans, préférence accordée à ceux qui sont bien suivis, naturellement
dans de petits séminaires ou dans leurs propres écoles voire centres d'animation
pastorale. Il ne s'agit pas tant de méconnaître l'existence des vocations
tardives, là où il serait possible d'en avoir, mais de s'interroger sur
l'opportunité de celles qui, nées généralement "depuis l'enfance",
ne se manifestent qu'après les études secondaires (humanités). Il convient
que le candidat se fasse connaître à temps. (29)
Sais-tu exactement quand est née ta vocation et quand tu en as parlé pour
la première fois ? Quelles sont les circonstances qui l'ont fait éclore
? 9.
Ordre L'ordre
conduit à Dieu, disait saint Augustin. La vie religieuse n'a pas besoin
de candidats négligeants, désordonnés, ceux pour qui il n'existe pas de
différence entre un bureau et une poubelle, entre un lit et une table,
ceux qui ne sont pas capables de prendre soin des documents importants,
pour ne citer que cela. Elle n'a pas non plus besoin de ceux qui fomentent
des troubles, des divisions inutiles dans des communautés et parmi les
enfants de Dieu. L'ordre
consisterait aussi à s'imposer ou imposer une discipline en soi-même ou
autour de soi, à porter remède aux situations fâcheuses; à exprimer sa
pensée avec cohérence, etc. Il te faudrait l'esprit de leadership, la
capacité d'organiser, de diriger et de commander quand il le faut pour
le bien de l'Église entière. (30)
Pourrait-on dire que tu es une personne d'ordre ? Qu'est-ce qui le prouve
dans ta vie ? 10.
Ponctualité La
ponctualité n'est pas la moindre des conditions. Elle est la politesse
des rois, dit-on. Il ne faudrait pas croire qu'elle n'a pas de sens en
Afrique. La vie religieuse n'a pas besoin de traîneurs, de ceux qui n'ont
pas le sens de l'heure et abusent de la patience des autres. La
régularité aux exercices communautaires étant indispensable, le candidat
devrait savoir qu'il aspire à une vie qui ne tolère pas de mollesse. Dans
une société où le chef se fait attendre, le religieux devrait donner
leçon d'humilité et de simplicité. (31) Tes proches ne se plaignent-ils pas souvent de tes retards ? Que penses-tu de cette assertion : "le temps n'existe pas en Afrique" ? |