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Dix conditions pour l'Afrique

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Dans cette perspective mazenodienne, il convient de reconnaître que la vie religieuse est un charisme, une exigence. Elle n'est pas donnée à tous. Elle ne se force pas non plus.

Le recrutement des candidats à cet état ne pou­rrait être une chose aisée, dans le contexte de sociétés tant matérialistes que spiritualistes. Mais sur quoi se baseraient les congrégations établies en Afrique, terre aux crises multiformes, en vue d'une sélection pru­dente ?

Tu devrais savoir que chaque institut a ses exi­gences, son mode de discernement et ses conditions d'admission, lesquelles correspondent gé­néralement à son esprit. Ce qui n'empêche que je te suggère quelques points de repère qui pourront t'aider à faire le discernement de l'authenti­cité de ton propre projet de vie.

Loin d'être exhaustif, je m'arrêterai à la teneur de ces dix éléments ou conditions indispensables : la famille, l'accompagnement, l'expérience de Dieu, l'aptitude intellectuelle, l'ouverture sur la vie affec­tive, la serviabilité, la capacité de travail, l'âge, l'ordre  et la ponctualité.

 

1. Famille

Le discernement devrait commencer par appré­cier la famille d'où l'on vient et son milieu de vie, même si la vocation est une affaire personnelle. De l'arbre dépendent généralement les fruits, dit-on. Il est toujours bon de s'assurer de la qualité de l'édu­cation reçue et de l'influence du milieu sur soi.

L'ignorance religieuse de bon nombre d'aspirants invite les formateurs à reconsidé­rer les valeurs chrétiennes ou le soubassement spiri­tuel de la famille de chacun. Qu'en est-il de la vie sa­cramentelle des parents ? Sont-ils encore des prati­quants ? Comment nourrissent-ils leur foi ? Et quel genre de camarades fréquentent l'aspirant ? Autant de questions qui méritent une réponse libre et consciente.

En effet, mise à part l'exagération, d'un enfant qui n'a pas eu la chance d'être éduqué à la politesse, par exemple, il n'est pas sûr d'attendre les bonnes manières, le respect et l'obéissance. Et celui qui est élevé dans le milieu où l'on cultive l'intolérance ne saura certainement pas s'épanouir dans la vie communautaire. Le noviciat ou la formation en général ne change pas grand-chose à la personnalité. Encore faudra-t-il miser sur la dis­ponibilité de chacun. La psychologie nous en dirait plus.

(22) Qu'est-ce qui prouve que tu es d'une famille bien éduquée ? Ta famille te rappelle-t-elle encore tes obligations de la vie chrétienne ?

 

2. Relation d'accompagnement

Le candidat désireux de se laisser transformer devrait chercher à établir une relation d'accompa­gnement dit "spirituel" avec une personne préparée et compétente, capable de l'accueillir, de l'écouter, et de l'ai­der à discerner la volonté de Dieu sur lui. Ce qui se fait facilement quand on est en contact avec sa pa­roisse. L'aspirant se confie soit à un prêtre soit à un religieux ou une religieuse, voire à un laïc quand on sait qu'une chose est l'accompagnement, une autre est la confession.

Dans les entretiens, le candidat est invité tout d'abord à s'exprimer ouvertement sur son histoire et sur la vie aujourd'hui; ensuite à dire comment la Parole de Dieu le rejoint et l'interroge; et enfin, à se laisser aider à clarifier les motivations et discerner la volonté de Dieu[1]. Ici aussi, une bonne famille aurait un rôle à jouer si l'enfant lui parlait de sa vocation.

(23) As-tu un accompagnateur ou en as-tu envie ? Trouves-tu nécessaire de parler de ta vie intime à quelqu'un de confiance ?

 

3. Expérience de Dieu

Dans ce cheminement, il est nécessaire que le candidat ait ou cherche à avoir une expérience de Dieu ou une relation profonde à Dieu, parce que, re­disons-le, la vie religieuse est une vie mystique. Les formateurs devront vérifier si tu es capable de méditer sur la Parole de Dieu, de bien prier et de parler de Dieu avec conviction.

Certes, on n'attend pas de toi, dès le début, un religieux tout fait, mais on voudrait se rassurer de la manière dont tu vis ton baptême : comment tu parles de ta foi, de ta rencontre avec le Christ, de ta prière, de ta participation aux sacrements, etc. Ne sois sur­tout pas de la catégorie des jeunes qui lisent la Parole de Dieu à des fins magiques. Tu devras au contraire faire preuve d'une foi sincère et d'une prière authentique.

(24) Quelle est ton expérience de Dieu ? N'as-tu pas parfois honte de faire le signe de la croix devant les gens d'autres confessions religieuses ?

 

4. Aptitudes intellectuelles

Le candidat doit être capable d'assimiler la for­mation et la doctrine de l'Église. Il te faudra pour cela un niveau d'études considérable, des qualifica­tions (diplômes) voulues par la congrégation confor­mément à la réalisation de son charisme. Plus ques­tion de religieux complexés.

À l'heure où l'Église africaine est plus que ja­mais appelée à combattre efficacement la proliféra­tion des sectes religieuses et à trouver de nouvelles voies pour sortir le peuple de la misère à laquelle il est crucifié, les communautés religieuses ont besoin d'admettre des jeunes talentueux, au bon sens indubitable. Ainsi, montre-toi sérieux, utilise le diction­naire pour ne pas commettre trop de fautes dans ta correspondance et soigne bien ton expression orale. Ne te montre guère sous informé et paresseux dans la lecture.

(25) Réussis-tu bien dans tes études ou ton travail ? T'arrive-t-il de lire un journal ou un livre par souci de culture générale ?

 

5. Courage de parler de sa vie affective

Il ne s'agit pas ici de l'affectivité qu'on a souvent confondue en la réduisant à la sexualité, mais bien de "l'ensemble des phénomènes affectifs (émotions, sentiments, passions, etc.)", ce qui relève de la sen­sibilité, des sentiments en général que Dieu a semés en nous du moment où il a fait de nous des êtres so­ciaux.

Le jeune aspirant doit être capable de parler de ses relations, en particulier de la relation garçon-fille; des événements qui le marquent, ce qui le touche, l'inquiète ou provoque un dynamisme; de son comportement dans une relation individuelle, ses ré­actions en groupe, comment il reçoit et accepte les remarques. Pour cela le chargé des vocations dans les congrégations viendra peut-être te rencontrer dans ton milieu de vie.

(26) Connais-tu suffisamment les avantages du ma­riage ? Dans quelle mesure la sexualité ne de­meure pas une question tabou pour toi ?

 

6. Serviabilité

Le Christ est venu pour servir et non pour être servi. Tout disciple doit apprendre à laver les pieds des autres. Et le religieux doit témoigner par l'amour et le service. C'est la voie de la perfection chrétienne.

En effet, sans la serviabilité, l'individu ne pense qu'à lui-même. Or l'égoïsme détruit la vie communautaire. Celui qui, remarquant qu'il n'y a pas de verres sur la table de six personnes, se lève et ne revient qu'avec un seul verre dans lequel il se sert d'eau aussitôt sans la moindre gêne, manque d'esprit communautaire et n'est pas digne d'être considéré comme serviteur. Aussi l'aspirant à la vie religieuse doit-il cultiver la serviabilité, l'attention à ceux qui sont dans le besoin. Les congrégations y tiennent pour ne pas remplir les maisons de gens qui ne pensent qu'à eux-mêmes.

(27) N'as-tu pas tendance à être servi à table ? Quels exemples montrent que tu as été disponible et dévoué pendant les deux dernières semaines ?

 

7. Capacité de travail

L'aspirant doit faire preuve aussi de sa capacité de travail tant manuel qu'intellectuel, travail pro­ductif et non stérile. L'Afrique n'a plus besoin de re­ligieux paresseux, qui attendent tout des autres en se croisant les bras.  

Il ne devrait pas en être ainsi pour toi. Au contraire, apprends à être res­ponsable de ton ventre en te salissant les mains, au jardin par exemple. Aide tes parents aux champs et détache-toi de la toilette pimpante, entretiens la maison, ap­prends à faire la cuisine pour ne pas dépendre tou­jours des autres. Évite le parasitisme et l'attentisme, ne passe pas toute la journée à faire du sport sans en être professionnel, à écouter de la mu­sique et à discutailler. Rappelle-toi la règle de saint Paul : "Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus" (2 Th 3, 10).

(28) L'élevage et le jardinage te disent-ils quelque chose ? Quelle autonomie as-tu prise par rap­port à ta famille ?

 


8. Âge

Nombreuses sont les congrégations qui men­tionnent l'âge en tête de la liste de leurs conditions d'admission. L'expérience montre en effet que les candidats avancés en âge sont difficilement "mal­léables". Ils sont souvent victimes de leur passé. Et surtout quand on sait qu'à un certain âge, l'homme ne change pas ! Ce qui n'insinue nullement que les aspirants trop âgés soient indésirables.

Tout dépend de l'esprit de chaque congrégation. La plupart, conscientes de la difficulté, sont d'accord aujourd'hui de n'accepter que des candidats de moins de 24 ans, préférence accordée à ceux qui sont bien suivis, naturellement dans de petits séminaires ou dans leurs propres écoles voire centres d'animation pastorale. Il ne s'agit pas tant de méconnaître l'existence des vocations tardives, là où il serait possible d'en avoir, mais de s'interroger sur l'opportunité de celles qui, nées généralement "depuis l'enfance", ne se manifestent qu'après les études secondaires (humanités). Il convient que le candidat se fasse connaître à temps.

(29) Sais-tu exactement quand est née ta vocation et quand tu en as parlé pour la première fois ? Quelles sont les circonstances qui l'ont fait éclore ?

 

9. Ordre

L'ordre conduit à Dieu, disait saint Augustin. La vie religieuse n'a pas besoin de candidats négligeants, désordonnés, ceux pour qui il n'existe pas de diffé­rence entre un bureau et une poubelle, entre un lit et une table, ceux qui ne sont pas capables de prendre soin des documents importants, pour ne citer que cela. Elle n'a pas non plus besoin de ceux qui fomentent des troubles, des divisions inutiles dans des communautés et parmi les enfants de Dieu.

L'ordre consisterait aussi à s'imposer ou imposer une discipline en soi-même ou autour de soi, à porter remède aux situations fâcheuses; à exprimer sa pensée avec cohérence, etc. Il te faudrait l'esprit de leadership, la capacité d'organiser, de diriger et de commander quand il le faut pour le bien de l'Église entière.

(30) Pourrait-on dire que tu es une personne d'ordre ? Qu'est-ce qui le prouve dans ta vie ?

 

10. Ponctualité

La ponctualité n'est pas la moindre des condi­tions. Elle est la politesse des rois, dit-on. Il ne faudrait pas croire qu'elle n'a pas de sens en Afrique. La vie religieuse n'a pas besoin de traîneurs, de ceux qui n'ont pas le sens de l'heure et abusent de la patience des autres.

La régularité aux exercices communautaires étant indispensable, le candidat devrait savoir qu'il aspire à une vie qui ne tolère pas de mollesse. Dans une société où le chef se fait attendre, le religieux de­vrait donner leçon d'humilité et de simplicité.

(31) Tes proches ne se plaignent-ils pas souvent de tes re­tards ? Que penses-tu de cette assertion : "le temps n'existe pas en Afrique" ?

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[1] Voir Au service des "Accompagnateurs" , (nouvelle édition), Service national des vocations, Paris, (s.d.), p. 7-15.