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Réhabilitation de la famille africaine

RM 16.10.2009 - Archives

Les échos qui nous parviennent de la cité du Vatican où se déroulent les travaux du deuxième synode des évêques pour l’Afrique confirment l’idée selon laquelle l’Afrique est malade d’elle-même. Tout porterait à croire que l’épanouissement de la population africaine dépend d’elle-même plutôt que de l’étranger ou de l’Occident. C’est donc un vibrant appel à une conversion profonde, de cœur, d’esprit et de mentalité. Ainsi s’ouvrent de nouvelles perspectives d’avenir pour les fils et les filles de cet ‘immense poumon spirituel’ qu’est le continent africain.

Sophia & NathanRéhabilitation de la famille, telle est la priorité dégagée dans le premier bilan de ce synode. «L’Eglise famille de Dieu en Afrique doit être transformée du dedans et, comme sel et lumière, transformer le continent, ses îles et le monde», a déclaré le cardinal Turkson, en présentant mardi soir une synthèse des interventions qui se sont succédées depuis le 5 octobre. La première tâche de l’Eglise famille «est la réhabilitation de la famille africaine dans sa dignité et sa vocation, car elle est menacée par des idéologies dangereuses». Il s’ensuit que les ministres de Dieu, hommes et femmes, devront s’engager davantage à «libérer la population du continent de la peur, garantir une conversion profonde et permanente et une formation solide dans tous les domaines – foi, catéchèse, morale, médias, culture de l’amour, paix, justice, réconciliation, bonne gouvernance».

Les anciens missionnaires du Congo/Kinshasa, Daniel Delabie et Elie Cambron, diraient: ‘il faut reprendre à zéro la conscientisation de la population africaine’. Qui pourra entendre cet appel? Et par où commencer le travail dans cette Afrique aux multiples déchirures et religions? Nous nous situons là en plein cœur de la mission prophétique de l’Eglise-famille en Afrique. La famille africaine elle-même chercherait-elle à restituer ou regagner l’estime et la confiance perdues? Ne serait-elle pas une cause de cet avilissement?

Concrètement, "les urgences de la mission doivent nous rendre audacieux pour ouvrir des voies nouvelles à l'évangélisation", pour opérer de nouveaux choix missionnaires. Pour répondre à cette invitation, le défi majeur est d'affronter ensemble le monde qui vient, en nous accueillant les uns les autres dans notre différence. En effet, Église-Famille, c'est faire attention à la vie des hommes et des femmes d'aujourd'hui; c'est accueillir les singularités de chacun dans le respect de la diversité. Il ne s'agit pas seulement de s'accepter ou de se tolérer les uns les autres, l'enjeu est plutôt de se reconnaître et de voir la richesse de la différence[1]. Réhabilitation de la famille africaine, telle est l’urgence qui doit nous rendre plus audacieux pour ouvrir des voies nouvelles à l'évangélisation. Les évêques africains ne doivent pas avoir peur d'inventer de nouveaux moyens pour de nouveaux besoins. "Évangéliser les pauvres exige non seulement de rester à l'hôpital pour soigner les blessés, mais de sortir sur les "champs de bataille", aller jusqu'aux sources de la souffrance"[2].

Mais qu’entendons-nous par ‘famille africaine’? La famille est une institution humaine universelle. Le Dictionnaire ‘Petit Robert’ (2009) en donne une définition restreinte: «Les personnes apparentées vivant sous le même toit, et spécialement le père, la mère et les enfants»; et une définition plus large: «L’ensemble des personnes liées entre elles par le mariage et par la filiation ou, exceptionnellement, par l’adoption». Les traits particuliers de la famille africaine sont: la lignée, le caractère collectif, le sens de la solidarité, la recherche du consensus. Mais ces valeurs de la famille africaine ne sont pas dépourvues d'ambiguïté.

D’après Laurent Monsengwo, en effet, l'amour du clan peut dégénérer en ethnocentrisme, tribalisme, exclusion. L'accent peut être mis sur la parenté au détriment du bien commun. L'amour des enfants est parfois poussé au point que c'est une honte ne pas en avoir. La solidarité mal comprise engendre paresse, infantilisme et parasitisme. La recherche systématique du consensus risque d'occulter les droits de la vérité. La primauté de la collectivité sur l'individu s'oppose parfois au christianisme qui cherche à promouvoir des personnes responsables et autonomes. Le sens de l'honneur dégénère souvent en goût du prestige. Le sens de l'autorité peut se transformer en amour du pouvoir qu'il faut acquérir ou conserver à n'importe quel prix[3].

omi madagascarAutant de défis pour l’Eglise qui voudrait aujourd'hui s’engager dans la réhabilitation de la famille africaine. Autant de défis aussi pour les religieux en particulier. Guidés par l'esprit charismatique qui les caractérise, ils devront partout s’y investir davantage pour la plus grande gloire de Dieu et le salut de l'humanité.

"A notre époque, caractérisée par la mondialisation des problèmes et par le retour des idoles du nationalisme, les Instituts internationaux ont la responsabilité particulière d'entretenir le sens de la communion entre les peuples, les races, les cultures, et d'en témoigner", disait Jean-Paul II aux personnes consacrées dans l’Exhortation Vita Consecrata (n. 51).



[1] Cf. STENGER Marc, «Jubilé 2000: l'Amour toujours à naître», in Annales d'Issoudun, Décembre 1999, p. 10-12.

[2] Cf. OMI, Évangéliser les Pauvres à l'aube du troisième millénaire, Actes du 33e Ch. Gén. (1998), 15,17.

[3] Cf. MONSENGWO Pasinya, "L’Église-Famille à l'aube du troisième millénaire", in RAT, vol 20, n. 40 (Octobre 1996), FCK, p. 149-169.

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