RM 16.10.2009 - Archives |
Les échos
qui nous parviennent de la cité du Vatican où se déroulent les travaux
du deuxième synode des évêques pour l’Afrique confirment l’idée selon
laquelle l’Afrique est malade d’elle-même. Tout porterait à croire que
l’épanouissement de la population africaine dépend d’elle-même plutôt
que de l’étranger ou de l’Occident. C’est donc un vibrant appel à une
conversion profonde, de cœur, d’esprit et de mentalité. Ainsi s’ouvrent
de nouvelles perspectives d’avenir pour les fils et les filles de cet
‘immense poumon spirituel’ qu’est le continent africain.
Les anciens
missionnaires du Congo/Kinshasa, Daniel Delabie et Elie Cambron, diraient:
‘il faut reprendre à zéro la conscientisation de la population africaine’.
Qui pourra entendre cet appel? Et par où commencer le travail dans cette
Afrique aux multiples déchirures et religions? Nous nous situons là
en plein cœur de la mission prophétique de l’Eglise-famille en Afrique.
La famille africaine elle-même chercherait-elle à restituer ou regagner
l’estime et la confiance perdues? Ne serait-elle pas une cause de cet
avilissement? Concrètement,
"les urgences de la mission
doivent nous rendre audacieux pour ouvrir des voies nouvelles à l'évangélisation",
pour opérer de nouveaux choix missionnaires. Pour répondre à cette invitation,
le défi majeur est d'affronter ensemble le monde qui vient,
en nous accueillant les uns les autres dans notre différence. En effet,
Église-Famille, c'est faire attention à la vie des hommes et des femmes
d'aujourd'hui; c'est accueillir les singularités de chacun dans le respect
de la diversité. Il ne s'agit pas seulement de s'accepter ou de se tolérer
les uns les autres, l'enjeu est plutôt de se reconnaître et de voir
la richesse de la différence[1].
Réhabilitation de la famille africaine, telle est l’urgence qui doit
nous rendre plus audacieux
pour ouvrir des voies nouvelles à l'évangélisation. Les évêques
africains ne doivent pas avoir peur d'inventer de nouveaux moyens pour
de nouveaux besoins. "Évangéliser les pauvres exige non seulement de rester à l'hôpital
pour soigner les blessés, mais de sortir sur les "champs de bataille",
aller jusqu'aux sources de la souffrance"[2].
Mais
qu’entendons-nous par ‘famille africaine’? La famille est une institution
humaine universelle. Le Dictionnaire ‘Petit Robert’ (2009) en donne
une définition restreinte: «Les
personnes apparentées vivant sous le même toit, et spécialement le père,
la mère et les enfants»; et une définition plus large: «L’ensemble
des personnes liées entre elles par le mariage et par la filiation ou,
exceptionnellement, par l’adoption». Les traits particuliers de
la famille africaine sont: la lignée, le caractère collectif, le sens
de la solidarité, la recherche du consensus. Mais ces valeurs de la
famille africaine ne sont pas dépourvues d'ambiguïté.
D’après Laurent Monsengwo, en effet, l'amour du clan
peut
dégénérer en ethnocentrisme, tribalisme, exclusion. L'accent peut être
mis sur la parenté au détriment du bien commun. L'amour
des enfants est parfois poussé au point que c'est une honte ne
pas en avoir. La solidarité
mal comprise engendre paresse, infantilisme et parasitisme. La
recherche systématique du consensus risque d'occulter les droits
de la vérité. La primauté de
la collectivité sur l'individu s'oppose parfois au christianisme
qui cherche à promouvoir des personnes responsables et autonomes. Le
sens de l'honneur dégénère
souvent en goût du prestige. Le sens
de l'autorité peut se transformer en amour du pouvoir qu'il faut
acquérir ou conserver à n'importe quel prix[3].
"A
notre époque, caractérisée par la mondialisation des problèmes et par
le retour des idoles du nationalisme, les Instituts internationaux ont
la responsabilité particulière d'entretenir le sens de la communion
entre les peuples, les races, les cultures, et d'en témoigner",
disait Jean-Paul II aux personnes consacrées dans l’Exhortation Vita
Consecrata (n. 51). [1]
Cf. STENGER Marc, «Jubilé 2000: l'Amour toujours à naître», in Annales
d'Issoudun, Décembre 1999, p. 10-12. [2]
Cf. OMI, Évangéliser les Pauvres à l'aube du troisième millénaire,
Actes du 33e Ch. Gén. (1998), 15,17. [3] Cf. MONSENGWO Pasinya, "L’Église-Famille à l'aube du troisième millénaire", in RAT, vol 20, n. 40 (Octobre 1996), FCK, p. 149-169.
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