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Avoir faim et prier longuement: foi ou vaine consolation?

RM 23.01.2010 - Archives

Maison provinciale OMI HaïtiLa foi chrétienne qui anime la plupart d'entre nous demeure une réalité mystérieuse. Je suis resté en émerveillement voyant les Haïtiens et les Haïtiennes chanter, danser, prier, louer Dieu en plein chaos causé par le violent séisme du 12 janvier 2010. S’agirait-il d’une vaine consolation ou plutôt d’une puissante énergie intérieure qui pousse à agir irrésistiblement et ouvre l’être humain à l’essentiel de la vie? Peut-être ces mots d’un confrère de Port-au-Prince, la capitale haïtienne détruite par le séisme, aideront-ils à répondre intérieurement ou mieux dans le silence du cœur à la question que je viens de me poser: «nous avons tout perdu sauf notre foi en Dieu, source de notre vie». Ce langage n'a de sens que pour la personne qui a fait l'expérience de Dieu. Rien ne peut la séparer de l'amour du Christ.

Les fêtes de fin d'année 2009 vécues dans mon pays natal m'ont poussé à m’interroger sur le phénomène «veillée de prière» à Kinshasa. En effet, la nouvelle religiosité et les églises dites de réveil insistent sur les veillées de prière à jeun, afin d'obtenir les grâces dont on a besoin. Et les besoins les plus fréquents sont, entre autres, l'argent, le mariage, le travail, la nourriture, des visas pour l'Europe ou l'Amérique du nord. Malheureusement, très peu voient leur prière exaucée. «Ventre affamé n’a pas d’oreilles», dit-on. Les gens continuent à se mettre à plat ventre devant leurs pasteurs. Quel plaisir y a-t-il à se priver de nourriture lorsqu'on n'en a pas assez et à prier pendant des heures et des heures sans obtenir la nourriture recherchée! Même quand la faim continue à ronger et que les enfants ne cessent de pleurer, on se contente d'avoir participé à la quête en donnant au pasteur le peu de sous qui serviraient à s'acheter de quoi mettre sous la dent. Telle attitude frise la naïveté et l’irresponsabilité personnelle.

Que faire face à cette situation où beaucoup de gens croient que Dieu ferait tout à leur place? Ma tentative de convaincre un jeune couple à prier moins et à s'occuper plus de ses trois enfants qui n'ont pas pu avoir un petit jouet de Noël n'a abouti qu'à une discussion stérile sur des versets bibliques. Je lui demandais de bien prier et brièvement, afin de prendre soin de ses enfants affamés et qui payent d’ailleurs difficilement leurs frais de scolarité. Dieu n'a pas d'autres mains que les nôtres. Quelle confusion d'esprit! Les intellectuels n'en sont pas épargnés surtout en ce temps où le chômage déstabilise des familles entières. On croit facilement aux miracles télécommandés! Comme cela arrive le plus souvent, l’insatisfaction ne tarde pas à les plonger dans le désespoir.

J'ai simplement envie de redire à mon peuple: soyons réalistes et construisons l'avenir par le travail de nos mains. «Aide-toi, le ciel t'aidera», dit un adage. Bien curieusement, la tendance aujourd'hui est de croiser les bras et d’attendre la manne qui pourrait tomber du ciel. L'Evangile dit pourtant: «Cherchez plutôt son Royaume, et cela vous sera donné par surcroît» (Lc 12, 31). Tel est le verset biblique sur lequel mes interlocuteurs s'appuyaient fortement pour justifier leur persévérance dans les veillées de prière à jeun. Il reste cependant à identifier ce Royaume et à se conformer à la volonté divine. La foi demeure une réalité mystérieuse. A nous la mission d’aider à clarifier les motivations et à cultiver une adhésion authentique à Celui qui est, qui était et qui vient.

(ayaas)

 

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