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Pour une réinsertion politique, culturelle et éthique de l’Afrique dans un monde globalisé

Hilaire IWAKA KITAMBALA - Turin, L’Harmattan, 2009, 220pages

Hilaire Iwaka

Hilaire IWAKA KITAMBALA, Pour une réinsertion politique, culturelle et éthique de l’Afrique dans un monde globalisé, Turin, L’Harmattan, 2009, 220pages
L’auteur est licencié en Philosophie (Kinshasa), gradué en Théologie et licencié en Utroque Iure de l’Université pontificale du Latran. Il approfondit actuellement ses recherches en droit International des droits de l’homme, le rapport entre la démocratie en Afrique, la globalisation et l’intégration - réinsertion des Etats africains.
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Je remercie le Père JBosco Musumbi qui a bien voulu m'accorder l'opportunité de partager avec les visiteurs d'ayaas une synthèse des idées exprimées dans mon essai. 

C’est à partir de mon expérience de volontariat à Kinshasa de juin 2000 à juin 2001, que je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas que des enfants de rue à réinsérer dans des familles restreintes, élargies ou d'accueil. Bien plus, autant le sinistre économique est éloquent et le poids des  crises institutionnelles important, d'autant plus augmente le nombre des catégories vulnérables dans ces rues aux scénarios indicibles. Ainsi sont considérés comme des enfants de rue, les refugiés (politiques ou victimes de la guerre), la faune délogée de son milieu naturel, le travailleur licencié de son emploi, les sans abris, les faux fous, nombreux dans les villes africaines, l'opposant politique exclu de la gestion de la res publica, les filles-mères abandonnées à leur triste sort, l'enseignant qui attend son salaire depuis des lustres et dont la protection et la sécurité sociales ne seront jamais garanties, le professeur de l'université devenu marchand ambulant, le médecin, les immigrés africains en Occident etc. Toute l'Afrique, en conclusion, est dans la rue, en marge de la globalisation et du circuit de l'économie néolibérale compétitive entre les nations riches alors que les pauvres des pays africains sont victimes de la mégestion des chefs rebelles qui s'exercent à l'art de gouverner. Voilà un lieu théologique qui pourrait justifier le partage de ces idées essentiellement sociopolitiques dans un site qui, d’habitude, réfléchit sur la vie religieuse en Afrique.

Partant donc d’une approche phénoménologique de certains thèmes d’actualité, j’ai essayé de conceptualiser les raisons philosophico-politiques de la réinsertion des Etats africains dans le contexte de la globalisation, en abordant , enfin, sous le titre “la praxis de la réinsertion intégrante”, la question de l’éthos sociopolitique où je propose ma vision de la réinsertion authentique et réceptive, critique et intégrante comme critère épistémologique afin de repenser les choix politiques, culturels et éthiques.

Dans cette logique, j’estime qu’il faut reprendre le chemin de la campagne et les initiatives agro-pastorales des années soixante-dix, mécaniser l'agriculture, encourager les valeurs éthiques africaines fécondées par les principes universels des droits de l'homme, du droit naturel et de l'éthique du sacré, permettre la création d’emplois dans des villages pour ramener les jeunes délinquants des villes où ils vivent dans  le chômage, la promiscuité et les “illusions identitaires” mais aussi les immigrés africains devenus enfants de rue dans les pays occidentaux.

Par ailleurs, face à la globalisation, je préfère la formation des ensembles régionaux au lieu des programmes trop vagues de l’Union africaine  qui d’ailleurs n’ont aucune répercussion au niveau local. Dans ce projet de réinsertion de l’Afrique, le concept de la fraternité constitue le pivot de mes réflexions parce qu’il implique une dimension universelle de l’altérité capable de créer entre les Etats africains livrés aux luttes ethniques et transfrontalières un référent commun pour orienter la coopération politique, économique et culturelle permettant du fait même la prise en considération des questions écologiques. Il faut d’abord voir l’autre comme un frère à aimer. Parce que je l’aime, alors je peux vivre et travailler ensemble avec lui, je peux me sacrifier pour lui. Le fait qu’il soit  tutsi, hutu, luba, mungala, mukongo etc. n’a pas d’importance pour moi. L’apport de l’Afrique c’est de travailler pour la globalisation de la fraternité, une notion qui me semble plus concrète et vraie, elle dépasse les formes juridiques de la notion de la personne et de ses droits. En effet, aujourd’hui, la rhétorique juridique internationale, souffre d’une crise de confiance face aux injustices, aux pauvretés multiformes et à l’unilatéralisme des Puissances économiques. Mais les Africains auront compris que le temps où ils pouvaient compter sur le travail des autres est fini. Quel est mon apport en tant qu’individu? Quelle est  nôtre contribution comme nation, peuple?

Certes, dans cette entreprise, la responsabilité de l’Etat n’est pas négligeable. Les institutions démocratiques ont besoin de la stabilité parce que la politique demeure le lieu de la coordination de toute la vie d’une nation. La responsabilité est aussi individuelle, celle de la qualité d’hommes, de vie morale et de vertus religieuses. L’Eglise catholique n’est-elle pas ici directement interpellée face à l’abandon des villages par ses pasteurs qui, depuis l’indigénisation du clergé, restent sans motivations et rêvent d’exercer leur sacerdoce dans les pays riches pour en tirer une certaine reconnaissance sociale? Mais pensent-ils à leurs confrères malades ou vieux, abandonnés à leur triste sort dans les rues poussiéreuses des villages? Le concept de la fraternité est aussi fécondé par l’amour de Dieu et du prochain au sens chrétien. Cela veut dire se sacrifier pour l’autre, donner tout et se donner, quoi qu’il en coûte, sortir de son égoïsme, travailler pour les générations futures, même étant conscient de n’être récompensé.

Enfin, c’est le chemin du martyr qui implique une dimension de gratuité. Voilà jusqu’où doit conduire la réinsertion. Un tel thème intéresse tout le monde en Afrique. Il y va de notre dignité. J’y pense souvent quand je vois ces images de la honte que les chaînes de télévision occidentales balancent pour nous humilier. Et alors que faire? Si nous ne voulons plus devenir parasites, le moment est venu de retourner chez nous. Même avec les moyens de bord. J’y crois parce que je l’affirme, avec modération, certaines familles y sont arrivées, sans l’Europe bien entendu! Et si une telle prise de conscience devenait générale? Merci, Père Bosco!

(Hilaire Iwaka Kitambala, juillet 2009)

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