«Jeune, foi et discernement vocationnel dans la perspective de l’Eglise en Afrique»

par
Toussaint Tshingombe, cfic

Image flottanteEn effet, l’image d’une Eglise famille de Dieu en Afrique, préconisée depuis « Ecclesia in Africa », reprise par « Africae Munus », ne peut faire l’économie du rôle et de la place des jeunes dans un contexte de croissance démographique exponentielle et de globalisation. Les jeunes sont l’avenir de la société, du pays, de l’Eglise, ne cesse-t-on de clamer. Mais bien souvent ils sont davantage perçus comme des vases à remplir et non comme des forces à laisser s’exprimer, quitte à orienter leurs énergies et leur élan naturel. C’est à la fois une question de pédagogie, d’ecclésiologie, de théologie et de spiritualité qui est à même d’offrir un soubassement sérieux au droit canonique, lequel ne les considère que subrepticement.

Le thème du prochain synode [Images] dont les grandes lignes sont brossées dans l’Instrumentum Laboris a le mérite de centrer efficacement, en l’élargissant, la question fondamentale de ce que non seulement l’Eglise « dans le monde de ce temps », un temps de grands changements, peut offrir aux jeunes, mais aussi ce qu’elle peut attendre d’eux si vraiment ils sont participants de sa vitalité et de son dynamisme. Promouvoir au sein de l’Eglise des jeunes acteurs est bien que meilleur que des jeunes passifs, cloisonnés, simplement pris à partie, sinon marginalisés. L’appel à la sainteté concerne sans doute les jeunes d’aujourd’hui aussi.

Le triple cheminement « reconnaître –interpréter-choisir » qui, dans une certaine mesure, se rapproche de la démarche, mise en exergue dans la théologie pastorale, consistant dans le « voir-juger-agir » offre un si vaste champ d’enquête qui permet de prendre la mesure des enjeux et des défis à relever. Il suggère qu’en sus d’analyses approfondies, des réponses efficaces, adaptées et proportionnées méritent d’être portées.

D’où la perspective qu’ouvrent les travaux du prochain synode s’avère fort intéressante dans le contexte africain dans la mesure où elle appellera des réflexions ultérieures et plus approfondies autour des questions lancinantes telles la participation des jeunes au progrès des communautés chrétiennes, à l’évangélisation, le choc entre la conception traditionnelle de la famille africaine et les conceptions modernes, la migration, le Sida chez les jeunes ou plus largement l’éducation à la sexualité, les enfants-soldats, les enfants de la rue, le choix de la vocation, les jeunes africains et la vocation monastique, la culture aux valeurs, le choix des modèles etc. Depuis peu semble s’observer, en effet, une sorte d’effritement, de sclérose de l’inspiration dans l’invention des modèles d’accompagnement et d’encadrement des jeunes au sein des diocèses et des communautés chrétiennes, en particulier les Communautés Ecclésiales Vivantes de Base (CEVB). Et c’est à juste titre qu’un regard si vaste ait été posé sur les contours de l’accompagnement vocationnel.

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Image flottanteL’on note une forme d’engourdissement pastoral qui semble se satisfaire de l’héritage missionnaire, avec son inventivité et ses clichés. Or la jeunesse de ce temps est protéiforme. Elle est, en même temps, celle victime de la sous-éducation et de la sous-instruction que celle de la globalisation, ouverte sur internet et les réseaux sociaux. Elle est celle qui est bombardée par une panoplie de propositions sur les clés du bonheur, vendues par les marchands des rêves de tous bords, parfois sur un plateau des textes évangéliques taillés et trafiqués au gout du jour. Elle est encore celle qui négocie le tournant de la rencontre des cultures sur fond d’acculturation que du confit des générations, souvent mis en exergue par les écrivains négro-africains. Les jeunes en Afrique constituent la cible numéro un du message de prospérité porté par les Eglises du réveil. Ils en remplissent le pavé, quand ce ne sont pas les dictatures qui les privent de leurs libertés fondamentales ou instrumentalisent leur manque d’expérience pour les manipuler à souhait. L’Islam prégnant voit en eux un investissement à longs termes dans la conquête inquiétante de l’Afrique.

Dans cet environnement de grands changements, l’une des questions existentielles, soulignée dans l’Instrumentum Laboris et que mériteraient d’affronter sans complaisance les Eglises d’Afrique, est celle du modèle de formation des futurs prêtres hérité de l’époque missionnaire. Ce modèle est-il encore efficient au regard du profil des prêtres à former ? Et d’abord quels prêtres ? pour quels jeunes ?

Image flottanteUne autre question est : que fait-on de réseaux sociaux où actuellement les jeunes sont très présents et consomment énormément de leur temps. La question est loin d’être une exception européenne. Ce siècle est réellement un siècle de la vitesse. Jusqu’ici très peu de diocèses disposent d’une stratégie d’accompagnement des jeunes au sein de ce nouveau monde virtuel avec ses codes et son éthique. Les adultes l’ignorent et les diocèses sont peu ou mal équipés.

Le cadre de petits séminaires et grands séminaires reclus qui subsistent encore dans bon nombre de diocèses, représente-t-il toujours une garantie stable pour le mûrissement des vocations sacerdotales ? Peut-on envisager des évolutions ? Et puisque innovation, en ce sens, suppose infrastructures conformes, personnel qualifié, donc moyens financiers, l’on ne pourrait esquiver le délicat et complexe problème du financement de la formation sacerdotale dans l’Eglise d’Afrique.

Le prochain synode [Images] représente une belle opportunité pour réévaluer et proposer de nouvelles pistes capables de construire et de préparer une jeunesse dynamique, audible, préparée à assumer les grandes tâches de l’Eglise du futur. Dans la Image flottanteperspective de l’Eglise-Famille de Dieu, appelée elle aussi à sortir et à proposer la sainteté dont elle est porteuse, il est naturel qu’un père tendre et aimant pose un regard sans complaisance sur la vie de ses enfants s’il tient à leur proposer des voies meilleures quant à leur devenir.

Reste que le Synode envisage des stratégies efficaces pour mettre en œuvre ces suggestions, en envisageant la constitution (ou la restructuration) des commissions d’études – restreintes – composées des jeunes eux-mêmes, sous le guide des adultes responsables, expérimentés, de bonne réputation, clercs ou laïcs, pour évaluer les défis et les opportunités des jeunes au cas par cas, tels qu’ils se présentent aujourd’hui ; commissions avec des membres habitués au langage des jeunes, et donc aptes à « communiquer » avec eux, sans les frustrer, et qui serviraient de relai entre eux et les autres instances de communion hiérarchique dans l’Eglise.

[En savoir plus? Voir la Vidéo de Mgr Fridolin Ambongo sur KTO.]

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Père Toussaint Tshingombe, cfic
Professeur à la Faculté de droit canonique de l’Université
Catholique du Congo
E-mail1; E-mail2
Tél: 00243812132870

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Quelques images du Synode des jeunes

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