Religieux dans l’atelier de couture
- Maison Yves-Plumey -

par
Jérémie Makama Kafaka, sc. o.m.i.

Bouton main Formation pour la mission
Bouton main Compatibilité avec la vocation missionnaire ?
Bouton main Atteinte à la vie de prière ?

Maison Yves-Plumey Yaoundé

Formation oblate pour la mission

Jérémie MakamaEn réponse à l’invitation des Normes générales pour la formation et de l’esprit de la Règle oblate, la formation première est essentiellement orientée vers la mission. Autrement dit, elle a pour but « d’assurer la croissance de ceux que Jésus appelle à devenir pleinement ses disciples, pour qu’ils acquièrent la maturité religieuse oblate » (Constitution 50). Dans cette perspective, le scolasticat Maison Yves-Plumey/Yaoundé privilégie la formation à la responsabilité et à l’auto-prise en charge, et offre aux jeunes en formation des moyens et le temps favorable à l’éclosion et à la promotion de leurs dons et talents reçus de Dieu, conformément à la Constitution 39. Ces talents se diversifient en chacun suivant les appels de l’Esprit. C’est ainsi qu’on peut retrouver des scolastiques couturiers, pour ne citer qu’eux. L’on pourrait cependant se demander si tous ces talents peuvent être compatibles avec leur mission présente et surtout celle à venir. "La mission, en effet, avant de se caractériser par les oeuvres extérieures, consiste à rendre présent au monde le Christ lui-même par le témoignage personnel." (Vita Consecrata 72).

Haman

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Tous les talents sont-ils compatibles avec la vocation missionnaire ?

Ngunza MunzenzaLes années du scolasticat sont, certes, consacrées à l’étude de la philosophie et de la théologie, afin de préparer le jeune à l’annonce de la Parole de Dieu (Constitution 66). Aussi l’éclosion de talents dans ce processus revêt-elle d’une importance capitale, d’autant plus encore que bien prêcher peut aussi relever des assises du talent personnel, selon qu’il est soit naturel, soit acquis. De ce point de vue l’on voit que les frères scolastiques couturiers appuient loyalement leurs décisions en consacrant leurs talents à leur mission (Constitution 26), tout en se montrant inventifs et ingénieux. Toutefois, la notoriété de leurs réalisations est d’autant plus admirable qu’elle pousse à se demander si cela ne serait pas « gênant » pour leur vie missionnaire sous son aspect pastoral, en sachant que la réussite des deux activités exige du protagoniste un dévouement total. Telle est la question à laquelle les intéressés ont eu l’amabilité de répondre.

NgunzaEn effet, dans un entretien avec eux, les confrères se sont montrés positifs sur l’impact de ce travail sur leur propre vie. En faisant mention de leur espace de travail, les confrères (couturiers) réaffirment qu’il leur est offert pour que, en se montrant créatifs et en prenant en main leur communauté, ils puissent rendre service aux membres de celle-ci. Et tout est, sans aucun doute, parti de quelque part : alors que l’un, c’est-à-dire le frère scolastique Jean Marc Ngunza Munzenza, dit avoir suivi une formation dans un centre de couture, en vue de satisfaire à ses propres besoins vestimentaires, l’autre, le frère Bernard Haman Egguenani, lui, dit n’avoir pas, un jour, pensé faire carrière de couturier aguerri, bien que son but, comme celui du premier frère, fût de servir ses propres besoins. Et force est de constater qu’après avoir pris goût, il est actuellement un couturier aux ambitions considérables et aux réalisations admirables. L’un et l’autre sont aujourd’hui fiers de s’identifier à un forgeron qui se perfectionne en forgeant, malgré les difficultés rencontrées au début de leur aventure telles que le découragement, les frustrations de se voir causer sans cesse des pannes aux outils mis en leur disposition, etc.

Cela fait plus de sept ans que le frère Jean Marc exerce ce métier de couturier, et plus de cinq ans pour le frère Bernard. L’on pourrait, de loin et à partir de cette précision temporelle, bien se rendre compte du degré d’expérience des deux frères, voire estimer le niveau de leur travail, bien que l’ancienneté ne soit critère absolu de l’efficacité dans un domaine donné. Qu’à cela ne tienne, les œuvres que réalisent les frères peuvent bien témoigner de leur compétence.

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Ce talent ne porte-t-il pas atteinte à la vie de prière ?

ZiphozonkeConscient du caractère exigeant du travail qu’il y a dans un atelier de couture mais aussi de la régularité ainsi que la constance qu’un Oblat est appelé à observer dans sa vie de prière, l’on a pu demander aux frères si ce service, tellement exigent qu’il demande patience et que le temps y soit consacré, n’empiète pas sur la cadence de leurs rencontres avec le Seigneur. Ils se montrent, une fois de plus, optimistes tout en ne voulant pas faire de ce service leur activité principale. Tout dépend donc, disent-ils, de l’organisation que l’on y fait. Sinon, poursuivent-ils, saint Benoît n’aurait pu dire : « Ora et labora ». Cela ne veut pas pour autant dire qu’il s’agit d’un travail sans nuages. Comme difficulté, les confrères mentionnent l’insuffisance d’outils de travail (une seule machine à coudre pour beaucoup de travaux…) et ils comptent beaucoup sur la charité légendaire de la famille mazenodienne de par le monde pour l’amélioration de ce travail.

ziphozonkeQu’à cela ne tienne, aujourd’hui ces frères rendent de grands services à la communauté et à la Province en confectionnant des chasubles, des aubes, des étoles, des linges liturgiques, des soutanes, des surplis, des ceintures de chasteté, des clergymans, sans oublier le rafistolage des habits des confrères. Par ailleurs, leur ténacité et leur engagement peuvent nous servir aujourd’hui de bel exemple de persévérance face aux écueils liés à nos différentes entreprises. A travers leur histoire et leur motivation, nous pouvons nous raffermir davantage en comprenant que les talents ne sont pas toujours innés, qu’au contraire il y en a qu’on acquiert et qu’on développe au fur et à mesure qu’on s’y exerce. Leurs buts premiers, s’étant transformés en richesses communautaires, pourraient nous aider à partir des aspirations individuelles à la réalisation d’un bien commun, en réponse à l’invitation qui nous est adressée dans notre sainte Règle à mettre en commun tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons. Nos encouragements multiformes les aideront à aller de l’avant et à stimuler ceux qui voudraient s’y aventurer.

Atelier couture

Jérémie Makama Kafaka, scolastique o.m.i.
Missionnaires Oblats de Marie Immaculée
Scolasticat Maison Yves-Plumey
BP: 185/c 167 Yaoundé-Cameroun
Contact: E-mail

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