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4. "Vie et mort" à la lumière du mystère pascal

Le muntu, puisqu’il croit à une réalité vitale, réalité divine avec une charnière à la mort, est ouvert à l’amour plein de vie et de tout ce qui donne la vie. Chez les bantu, la vie a une grande valeur : elle est protégée. Tout le monde y tient. Elle est comprise comme un processus traversant la mort vers un au-delà où la vie s’épanouit, puisqu’elle ne finit pas mais se perpétue à jamais.

Cette dynamique exprimée dans la succession « vie-mort-au-delà » chez les bantu, ne ressemble-t-elle pas en quelque manière au mystère pascal vecu et exprimé dans la foi chrétienne ? Nous le croyons. Grâce à cela pas mal d’Africains se retrouvent dans le mystère pascal comme faisant partie de leur propre conception de vie. Ils pensent que le mystère pascal vient « accomplir » la conception bantu de la vie-mort en lui faisant atteindre sa perfection, en lui conférant un sens supérieur, à la manière dont le Nouveau Testament accomplit l’ancien. C’est dans cette logique que s’exprime l’Abbé Mulago : « Dieu source de tout ce qu’il y a de positif dans notre héritage culturel est en même temps l’auteur de la révélation chrétienne. Fidèle à lui-même, il ne peut se contredire, car à travers les siècles, Dieu en père providentiel a préparé la voie de l’Evangile »[1]. Grâce à cette disposition intérieure qui facilite en lui l’accueil du Christ comme Maitre, Voie, Vérité et Vie, le muntu trouve dans sa vision du monde le fondement lui servant de base ou de préparation à l’acceptation du Christ comme l’unique chemin, vérité et vie.

L’inculturation se propose ici sans heurt : la vie conçue à la manière d’un unique processus, passant par la mort pour rejoindre un au-delà ultime, est en consonance avec le message chrétien. La « vie-mort-au-delà » du muntu est appelée à s’accomplir dans le mystère pascal. C’est Jésus-Christ, lui qui est la Vie et qui donne la vie, qui fait passer de la mort à la vie nouvelle et éternelle dans son royaume (Jn 11, 25). Ce processus se réalise par la grâce divine, moyennant la fidélité aux commandements de Dieu. L’Evangile n’affirme-t-il pas : « Je suis le pain de vie : qui vient à moi a la vie éternelle » (Jn 6, 35 ; 47-48). « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la création du monde. Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif vous m’avez donné à boire… » (Mt 25, 34-39 ; voir aussi Lc 18, 5 ; Dt 4, 1 ; Ex 15, 26 ; Prov 11, 12). A travers la pratique chrétienne on entre dans la vraie vie, dans le Royaume.

Mais s’il en est ainsi, - il faut le reconnaître, – la vie ne peut être protégée par les seuls forces terrestres et ancestrales, comme le croit le muntu traditionnel. La progéniture, le respect des lois communautaires et la pratique du culte des ancêtres, quand ce n’est pas le fétichisme, la magie ou la sorcellerie, etc. ne suiffisent plus[2].

A la lumière du mystère pascal, la vie apparaît comme un don de Jésus-Christ fait aux fidèles par amour et par fidélité à la volonté du Père, du Créateur. La vie s’entretient alors par la foi, l’espérance et la charité, notamment dans les sacrements. La conception bantu de la vie, l’assurance de la vie au delà de la mort doit donc être éclairée et dépassée par le mystère pascal. En effet, nous l’avons déjà dit, le muntu conçoit la mort comme « passage » vers le village des ancêtres, et souvent comme un mal nécessaire ou comme un mauvais sort à éviter à tout prix. Cette conception ne contredit-elle pas quelque peu la vérité de la mort chrétienne ? A la lumière du mystère pascal, la mort est plus qu’un simple passage. Elle doit en effet être acceptée comme expression de la volonté de Dieu. Du fait même on se trouve devant un mystère. Le Christ Lui-même n’a-t-il pas dit : « Père, si tu veux tu peux éloigner de moi cette coupe. Mais non ma volonté, mais que la tienne soit faite » (Lc 22, 42).



[1] MULAGO V., La religion traditionnelle des bantu et leur vision du monde, P.U.Z., 1973, p. 153.

[2] Cf. MATUNGULU Otene, Etre avec pour vivre vrai. Essai d’une spiritualité bantu, Lubumbashi, St. Paul Afrique, 1982, p. 44.

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