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Conclusion (fin)

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    Notre difficulté majeure apparaît dans l’intitulé même du thème pour la bonne raison que Mgr de Mazenod n’a ni écrit un traité de théologie de la vie religieuse ni publié une élaboration systématique sur le discernement des vocations. Ainsi, pour parler de l’aspirant nous nous sommes référé à celui qui est déjà Oblat, considérant les conseils qui lui sont prodigués comme valeurs oblates. On note aussi une confusion apparente à ce niveau car au début de sa Fondation, l’abbé de Mazenod recrute et les prêtres et les séminaristes, imposant à tous les mêmes exigences, ce qui serait sans doute différent de nos jours. Il n’a pas été facile non plus d’exprimer clairement la spécificité oblate des valeurs retenues car elles sont présentes dans presque toutes les spiritualités de l’Église et donc, n’ont rien d’exclusif.

    Cependant, tout à la conscience de n’avoir fourni aucune recette de discernement vocationnel, nous osons croire que la quintessence de notre “Tesina” sera profitable tant aux éducateurs qu’aux jeunes en formation. Elle pourra servir aussi d’outil de travail à la Congrégation qui, avec une constante volonté, poursuit l’idéal de donner des missionnaires authentiques à l’Église de Jésus-Christ[1].

    Notre conviction, après le fructueux contact avec les sources de notre spiritualité, c’est que le Bx. Eugène de Mazenod continue de déclarer affectueusement à ses fils en dépit de leurs imperfections : “Je ne saurai jamais reconnaître la grâce que le bon Dieu me fait en me donnant des enfants tels que vous êtes tous[2].

    Au plan théologique, notre analyse voudrait être un discernement de la vocation religieuse selon le Père de Mazenod ou dans la spiritualité oblate. A ce titre, elle mérite la considération de toute personne qui accompagne les jeunes dans leur recherche de la volonté divine.

    Mais tout en suscitant un profond optimisme, notre recherche laisse entrevoir un problème qui vaudrait bien la peine d’être étudié notamment : “Les valeurs africaines sont-elles incompatibles avec la vie religieuse oblate ?” Car nombreuses sont encore aujourd’hui des remarques à l’endroit des jeunes Oblats africains, les zaïrois en particulier, au sujet de la famille, l’hospitalité, le partage, le temps, la pauvreté pour ne citer que ces exemples. Ne serait-il pas envisageable de vivre correctement les réalités oblates à l’africaine ? En d’autres termes, cesserait-on d’être vraiment Oblat voulu par le Fondateur en inculturant copieusement le charisme oblat en terres africaines ?

    Il nous semble, quant à nous, que le fait de recevoir et nourrir quelqu’un qui ne s’est pas annoncé faute de téléphone, de partager même le peu qu’on a avec celui qui est dans le besoin, de prendre le temps d’écouter l’autre même s’il y a un devoir pressant, de loger un visiteur dans notre propre maison même si elle n’est pas un hôtel, d’aller au secours d’un parent démuni en dépit du détachement, de considérer le supérieur comme un aîné de famille plutôt qu’une autorité soit plus proche de l’Évangile que les tendances contraires. Tel est le thème qui pourrait bien être étudié à la lumière de la pensée de Mgr de Mazenod que nous venons d’exposer. Car tant que l’Africain ne sera pas compris, il se sentira toujours comme un “locataire” chez les “propriétaires de la Congrégation” à laquelle pourtant il appartient de plein droit !



[1] Les sessions des formateurs Oblats qui se tiennent tant en régions qu’à Rome sous l’oeil vigilant de l’administration générale prouvent que les OMI ne cessent de chercher voies et moyens adaptés pour améliorer la qualité des sujets pour le service de l’Église.

[2] DE MAZENOD E., Lettres aux étudiants oblats, à Aix, Chateau-Gombert, le 29 novembre 1820, in EcO 6, 75.