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V.2. Limites

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   La lecture des NGF nous révèle quelques limites tant du côté de notre Fondateur que de nos Directives actuelles.

    En effet, le Père de Mazenod, homme “charismatique” de son temps insistait sur des aspects de la vie religieuse alors incontournables, en l’occurrence : l’obéissance, la pauvreté, le détachement absolu, la mortification et l’humilité, pour ne citer que ceux-là. La psychologie n’avait pas encore d’impact sur les vocations consacrées réservées exclusivement au domaine spirituel. Voilà qui justifie la rareté de considérations d’ordre psychologique dans les lettres analysées.

    Aujourd’hui, le ton a changé. La vie religieuse est passée, grâce au Vatican II, de la “vie en commun” à la “vie de communion”. De la communauté d’observances les religieux sont entrés dans la communauté de dialogue grâce aux nouveaux accents sur le sens de la personne humaine. Les rapports autorité-sujet ont revêtu l’habit de fraternité à la couleur de liberté des enfants de Dieu[1]. De l’interdiction de l’amitié particulière, les religieux sont invités à faire vivre leur communauté par l’amitié qui conduit au bien. Du détachement presque total de la famille, ils ont renoué des liens solides avec leurs parents.

    En outre, la communauté est passée de la pauvreté des individus par la mise en commun des biens à la richesse personnelle par la privatisation des biens[2]. La jeunesse a goûté à la démocratie et aux appartenances[3], et les sciences humaines ont imposé leur apport à la formation des jeunes appelés à la vie religieuse et sacerdotale[4]. Il va donc sans surprise que certaines valeurs, hier importantes, paraissent dépassées aujourd’hui, par exemple, la mortification, le détachement de la famille, l’obéissance “aveugle”. La rigueur n’est plus celle du Fondateur !

    Aussi devient-il aléatoire de donner une image unique de l’aspirant oblat aujourd’hui. Les cultures et les mentalités sont tellement variées là où sont recrutées les vocations qu’il n’est pas facile de trouver des critères applicables à tous hormis les principaux éléments inhérents au charisme commun. Les uns exigent, par exemple, que l’aspirant exhibe la lettre de ses parents pour son admission, d’autres n’en font même pas cas ! Ils se contentent de la bonne volonté et de la liberté de l’individu. Certains “éprouvent” le candidat en le soumettant parfois aux durs travaux manuels et aux humiliations publiques ou en ajoutant des ”années d'expériences”, afin de le décourager pendant que d’autres encore le prennent pour un bien précieux qui mérite attention, respect et amour. Tout cela montre que les signes de vocation dépendent non seulement du milieu de vie mais aussi et surtout des personnes.

    Mais au-delà des différences, le candidat oblat est ce que la Congrégation attend de la formation. Elle voudrait des hommes qui ont une réelle constance intérieure et maturité humaine, qui ont vraiment opté pour Jésus-Christ, qui ont compris et accepté les renoncements inhérents aux trois voeux, et qui sont capables de les porter dans la paix, l’amour et la joie ; des hommes sensibles aux appels des pauvres et décidés à donner leur vie pour eux, en communion intime avec l’Église et la Congrégation ; des hommes qui ont choisi un service des pauvres qui se situe clairement dans la ligne de l’évangélisation et qui, au plan philosophique et théologique possèdent une solide base doctrinale[5]. En d’autres termes, “les aspirants qu’il nous faut, nous pouvons les caractériser d’un mot : des jeunes gens adultes, en bonne voie de maturation tant humaine que chrétienne[6], fruits d’une bonne pastorale des vocations[7] et d’un bon discernement motivationnel[8].



[1] Cf. COUESNONGLE V., Communauté de vie, in DVS, op. cit., 152-161. Sur la profonde signification théologique de la communauté religieuse, voir TILLARD J. M. R., Devant Dieu et pour le monde. Le projet des religieux, Cerf, Paris 1977, 197-279.

[2] Certes, nombreux sont aujourd’hui des problèmes inhérents à la vie communautaire tant au niveau du vœu de pauvreté que de Tinter subjectivité. Voir GRIEGER P., Costruzione délia persona e vita comunitaria. “Vivere insieme”. Comunità di persone/1, 3a éd., Ancora, Milano 1985.

[3] Sur le sens d’appartenance de la jeunesse d’aujourd’hui, voir l’intéressante analyse de GARELLI F., L’esperienza della modernità e la formazione culturale delle nuove generazioni, in AA. VV., La preparazione al noviziato, (“Convegni Formazione CISM”), Rogate, Roma 1989, 17-25.

[4] Cf. CENCINI A., Il contributo delle scienze umane nella formazione al discernimento, in AA. VV., Formazione al discernimento nella vita religiosa, (“Convegni Formazione CISM”), Rogate, Roma 1987 , 163-233. Voir également les précisions de MANENTI A., Psicologia e formazione a venti anni dal Concilio. Introduzione, in Vita consacrata 3, 1985, 309-314.

[5] Cf. JETTÉ P., Le Missionnaire Oblat de Marie Imm., op. cit., 205-219.

[6] BAZINET P., Conditions et exigences d’admission au noviciat, in AA. VV., Réunions oblates sur le recrutement et la formation des candidats au sacerdoce 1961-1962, Montréal 1962, 34.

[7] Sur le bienfait de cette pastorale et sur la méthode d’approcher les jeunes d’aujourd’hui, voir le témoignage de CIARDI F., Rinnovamento comunitario e rinascita delle vocazioni, in AA. VV., La vocazione religiosa oggi, op. cit., 153-172.

[8] Sur les différentes motivations qui peuvent pousser un jeune à la vie religieuse ou sacerdotale, voir HOSTIE R., Le discernement des vocations, op. cit. ; RULLA L.M. - IMODA F. - RIDICK J., Structure psychologique et vocation. Motivations d’entrée et de sortie, PUG, Rome 1976.