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IV.2.2. La dévotion à la Vierge Marie

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    A l’estime de la Congrégation est intimement liée la dévotion à la Vierge Marie. Car, s’il est vrai que personne ne saurait adhérer, par vocation, à une famille religieuse sans l’estimer, il n’est pas moins vrai que nul ne prétendrait se faire membre d’une Congrégation sans aimer sa protectrice du ciel. Aussi l’aspirant oblat devrait-il, en tout bon chrétien[1], manifester son attachement à la Mère de Dieu, patronne de la Congrégation[2].

    En effet, la dévotion à la Vierge Marie s’avère indispensable dans le discernement vocationnel de l’Oblat. De fait, “le caractère mariai de notre spiritualité ne souffre aucun doute[3]. Quelques textes suffisent à l’attester. La lettre annonçant l’approbation de la Règle est riche de signification :

“Puissions-nous bien comprendre ce que nous sommes ! J’espère que le Seigneur nous en fera la grâce, avec l’assistance et par la protection de notre sainte Mère, l’Immaculée Marie, pour laquelle il faut que nous ayons une grande dévotion dans notre Congrégation[4].

    Pour correspondre à la grâce de ce beau nom, “Oblat de Marie Immaculée”, nom qui “satisfait l’oreille” et constitue “un brevet pour le Ciel[5], tous les fils d’Eugène de Mazenod doivent exercer leur piété envers la Mère de Dieu par une authentique dévotion qui fait d’eux ses vrais enfants dans le Christ.

“Qu’on se renouvelle surtout dans la dévotion à la Très sainte Vierge, pour nous rendre dignes d’être les Oblats de l’Immaculée Marie. Mais c’est un brevet pour le Ciel ! Comment n’y avons-nous pas pensé plus tôt ? Avouez que ce sera aussi glorieux que consolant pour nous de lui être consacrés d’une manière spéciale et de porter son nom. Les Oblats de Marie ! Ce nom satisfait le cœur et l’oreille[6].

    Par conséquent, l’éducation religieuse des membres de la Congrégation doit viser à “former des hommes de Dieu” qui, en toutes circonstances, loueront le Seigneur et remercieront la Vierge Mère pour tant de grâces reçues d’elle[7]. Les formateurs doivent surtout inspirer aux jeunes “une dévotion filiale pour la Très sainte Mère de Dieu et aussi spécialement la nôtre[8], afin que toute la vie du novice et scolastique tende à former une âme ardente de religieux, prêtre et missionnaire de Marie Immaculée, concrètement[9]. Aussi, la dévotion n’étant pas une chose passive, les étudiants doivent penser et parler de Marie en des termes clairs, sans incompréhension[10]. Pour y arriver, que les formateurs se rappellent toujours que la dévotion à la Vierge Marie fait partie intégrante des soins à donner aux étudiants :

“N’oublions pas la Sainte Vierge notre patronne ; je la crois destinée à apaiser le courroux du ciel par sa puissante médiation auprès de son divin Fils dont les hommes ont méprisé la rédemption[11].

    Pour conclure, disons que la dévotion mariale, thème fondamental de la spiritualité oblate[12] que “Mgr de Mazenod nous indique lui-même sans l’ombre d’un doute[13], est une note caractéristique de l’Oblat[14]. Il ne s’agit point ici d’une dévotion ordinaire telle que la professent tous les bons chrétiens aux souhaits de Vatican II[15], mais d’une dévotion toute singulière, la vraie dévotion à Marie modèle de sainteté[16]. Car les Oblats ne sont pas seulement les enfants de Marie comme le sont tous les chrétiens, mais ils sont ses enfants d’une manière plus rigoureuse. C’est Jésus-Christ qui les a donnés à sa Mère par le biais de son vicaire sur la terre. Et cette piété mariale n’est ni plus ni moins qu’une participation au mystère propre de la Mère Immaculée[17]. Nul ne saurait donc adhérer à cette famille religieuse sans s’engager à mener une vie mariale dans une perspective salvatorienne[18] et sans le manifester déjà, ne fût-ce qu’en germe.

    Ainsi arrivons-nous à la fin de ce chapitre qui nous a montré combien les aptitudes physiques, intellectuelles et les autres bonnes dispositions sont nécessaires aux candidats à la vie oblate, même si elles seules ne peuvent justifier l’appel de Dieu. Notre conviction, c’est que ces éléments tout comme les vertus mentionnées au chapitre précédent méritent l’attention des formateurs.



[1] Cf. LG, n. 67.

[2] Cf. CC RR 1982, Const. 10.

[3] LESAGE G., Thèmes fondamentaux de notre spiritualité, op. cit., 14. Sur le rôle de Marie et l’attitude de l’Oblat, voir BECKER R., L’idéal de l’Oblat et la spiritualité oblate, in Ep 8, 1949, 194-195 : “Le vénéré Fondateur a voulu que la vie et l’activité de l’Oblat s’écoulent guidées par les mains maternelles de la Vierge Immaculée (…) C’est l’Immaculée qui doit aider l’Oblat à atteindre le merveilleux idéal qui lui est proposé” ; SERVEL E., Notre vie d’Oblats à la lumière de Marie. Méditation,, in EO 11, 1952, 157.

[4] DE MAZENOD E., Lettre au p. Tempier, à Marseille, Rome, le 20 mars 1826, in EcO 7, 65.

[5] Cf. L’intéressant commentaire de LAMIRANDE E., “Un brevet pour le ciel et un signe de prédestination”, in Ep_ 15, 1956, 139-147.

[6] DE MAZENOD E., Lettre au p. Tempier, à Marseille, Rome, le 22 décembre 1825, ibid., 230. A propos de ce nom il convient de noter qu’avant de s’appeler Oblats de Marie Immaculée, la Fondation de l’abbé Eugène de Mazenod a porté successivement dans les débuts des noms tout autres : “Missionnaires de Provence”, “Oblats de Saint Charles”. Il faut descendre à l’époque de l’approbation pour enregistrer les premiers témoignages à propos de l’actuel titre. Cf. BELANGER M., Regina Congregationis nostrae. Réflexions sur notre vocation et notre esprit mariai, in EO_ 19, 1960, 227-228 ; ID., The Immaculate Conception and our Oblate Vocation, in EO 9, 1950, 166-174 ; MORABITO J., L’Immaculée dans la spiritualité du Fondateur, in EO 14, 1952, 33-36. Cependant le mot oblat est d’usage courant pour ceux qui ont fait les vœux après 1818, même si la Société n’a pris le nom d’Oblats de Saint Charles qu’en 1825, puis d’Oblats de Marie Immaculée en 1826. Cf. BEAUDOIN Y., Introduction, in EcO 6, XIX.

[7] Cf. ID., Lettre au p. Mouchette, à Montolivet, op. cit., 253.

[8] ID, Lettre au p. Dorey, à Nancy, op. cit.

[9] Cf. ALBERS D., Ibid.. 143.

[10] Cf. KIPPES A., Apostolic Marian Formation in Scholasticates, in EO. 18, 1957, 264 : “It is the place (Scholasticate) where one learns to think and to speak accurately and unequivocally about the Mother of Christ in terms which are clothed with divine authority as to their meaning”.

[11] DE MAZENOD E., Lettre au p. Mille, à Billens, Marseille, le 24 juillet 1831, in EcO 8, 29.

[12] “There is no doubt that this Marian aspect has always been considered essential in our spirituality. To go to Christ an Oblate must make the approach through Mary Immaculate. Our vocation as Oblates gives us a special affiliation to Mary’s Immaculate Conception”, LA REDACTION, Pour une spiritualité oblate. Compte rendu des réponses à l’enquête sur la spiritualité oblate, in EO. 10, 1951, 90-91. Voir JETTÉ F., Essai sur le caractère marial de notre spiritualité, in EO. 7, 1948, 13-45.

[13] LESAGE G., Ibid.

[14] Mgr de Mazenod disait avec force : “La dévotion à Marie doit aussi nous caractériser”. Cf. Nos saintes Règles, 8 octobre 1831, in Circulaires administratives, t. I, 127 ; citation de LESAGE G., Ibid.

[15] Cf. LG n. 67, voire 63 et 65.

[16] Sur le fondement de cette dévotion, cf. DE CANDIDO L., Santa Maria, in NDM, a cura du Stefano DE FIORES e Salvatore MEO, 3a éd., Milano 1988, 1248 ; ID., Vita consacrata, in ibid., 1482 ; GOFFI T., Spiritualité, in ibid., 1376.

[17] Cf. LA REDACTION, “Des dévotions propres aux membres de la Société”. D’après l’ancien directoire des noviciats et scolasticats, op. cit., 274.

[18] Cf. CROTEAU J., Essai sur le caractère mariai de notre spiritualité, in EO 7, 1948, 262.