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IV.2. Les autres bonnes dispositions du candidat

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    Pour être complet, ajoutons aux critères principaux décrits jusqu’à présent ces autres bonnes dispositions que nous voudrions considérer comme “signes secondaires[1] de la vocation oblate. Ce sont : l’estime de la Congrégation et la dévotion à la Vierge Marie.

IV.2.1. L’estime de la Congrégation

    L’estime de la Congrégation est un élément non négligeable chez le Père De Mazenod[2]. En effet, il invite tous ses fils à s’attacher à leur Famille religieuse qui a reçu sa dignité de l’Église. Son appel retentit très solennellement dans la lettre qu’il leur adressa dès le lendemain de l’approbation de la Congrégation par le Saint-Siège :

“Dès à présent je puis vous dire à demi-voix ce que je vous dirai tout haut quand le bref sera délivré : connaissez votre dignité, et soyez attentifs à ne jamais déshonorer votre Mère qui vient d’être placée sur un trône et reconnue pour Reine dans la maison de l’Epoux, dont la grâce la fécondera pour lui faire engendrer un grand nombre d’enfants, si nous sommes fidèles et que nous n’attirons pas sur elle une honteuse stérilité par nos prévarications[3].

    Certes, une telle invitation montre que la Congrégation est pour lui le résumé de tous les moyens de glorifier Dieu[4]. En d’autres termes, elle est le lieu par excellence où se vit la gloire de Dieu, le service de l’Église et le salut des âmes. Elle doit être, par conséquent, l’objet de l’affection des membres qu’elle a “enfantés”, l’estime de tous ceux qui viennent à elle par appel du Maître de la moisson. Ainsi écrit-il au p. Dorey, après avoir exposé les vertus à inculquer aux novices :

“(…) Et puisque nous devons trouver tous ces avantages dans la bénite Congrégation qui nous a enfantés, je laisse à penser qu’elle doit être l’affection que chacun de nous doit lui porter[5].

    L’exigence de l’attachement s’applique non seulement aux prêtres et scolastiques, mais aussi aux frères avec lesquels ils vivent le même charisme. En effet, pendant la formation des frères au noviciat, le maître doit veiller à leur inculquer la bonne disposition qui les élève aux valeurs spirituelles. Le Fondateur l’exprime très explicitement en recommandant le frère Joubert et un autre postulant au noviciat :

“Pendant l’année de leur noviciat le travail doit céder aux soins spirituels qu’on doit leur prodiguer. Sans cela on a que de mauvais domestiques, des hommes exigeants, sans vertus et pleins de prétentions. Estime de leur vocation, attachement pour la Congrégation qui les élève dans l’ordre spirituel au-dessus de leur condition, mais aussi humilité, amour du travail, faisant leur service en esprit de foi, etc. Voilà ce qu’il faut leur inculquer[6].

    Aux yeux d’Eugène de Mazenod l’estime de la Congrégation n’est pas le moindre des critères d’admission. Il faut bien en tenir compte afin que les candidats ne s’y engagent que pour persévérer jusqu’à la mort. Son absence remettrait en cause la vocation de l’appelé aussi vraie soit-elle. Ainsi répond-il avec fermeté au sujet du p. Chaine dont la vocation se montre douteuse aux formateurs : “Nous, nous devons nous préoccuper du bien et de l’honneur de notre Congrégation, et s’il est vrai qu’il l’estime si peu, à quoi bon l’y agréger de nouveau[7]. Aussi le p. Aubry sera-t-il obligé à refaire un mois de noviciat à cause de ses critiques négatives envers la Congrégation :

“(…) ce bon Père a besoin d’être examiné de près, écrit-il à Vincens. Son désir s’est rencontré avec la résolution que j’avais prise de l’envoyer auprès de vous à l’Osier pour faire au moins un mois de strict noviciat (…) S’il n’estime pas la Congrégation tant pis pour lui, le mal est dans son œil pour ne pas voir ce qu’elle vaut ; qu’il n’y entre pas[8].

    Certes, le candidat à la vie oblate devrait faire preuve de cette attitude non moins importante[9] avant et pendant toute sa formation. Car celui qui n’estime pas une famille religieuse ou qui ne lui manifeste aucun attrait ne saurait ni en devenir membre ni persévérer en son sein. Les limites des membres et la modestie de leurs moyens que le Père de Mazenod accepte avec humilité et un sain réalisme ne devraient pas servir de prétexte tant aux membres qu’aux aspirants pour déprécier la Congrégation[10]. Sa réponse est très claire aux diverses questions inhérentes au noviciat : “Ceux qui ne s’attacheront pas de cœur à la Congrégation ne font pas pour elle[11].



[1] Précisons avec DELBREL : “Je les qualifie de la sorte ( signes secondaires), parce que leur importance, réelle d’ailleurs, n’est que secondaire : j’entends par là que d’une part, aucun de ces signes (attrait, les invitations de l’Esprit Saint, le contact d’un prêtre, d’une mère chrétienne…, concours de circonstances) n’est absolument nécessaire, qu’à la rigueur on pourrait, sans en avoir aucun, avoir néanmoins la vocation, - et que, d’autre part, non seulement chacun de ces signes pris à part, ne serait pas suffisant, mais que l’ensemble même de ces signes ne le serait pas, que, fussent-ils tous réunis en un candidat, le candidat, s’il n’avait que cela, n’aurait pas pour autant la vocation”, DELBREL J., Ai-je la vocation ?, op. cit., 59-60.

[2] Cf. LAMIRANDE E., “Parva Congregatio”. La portée de l’expression selon Mgr De Mazenod, in EO 20, 1961, 350-354.

[3] DE MAZENOD E., Lettre au p. Tempier, à Marseille, Rome, le 18 février 1826, in EcO 7, 41-42.

[4] Cf. Notre deuxième chapitre.

[5] ID., Lettre au p. Dorey, à Nancy, Marseille, le 15 octobre 1848, in EcO 10, 228.

[6] ID., Lettre au p. Guiques, à N.-D. de l’Osier, Marseille, le 24 avril 1843, in EcO 10, 10.

[7] ID., Lettre au p. Fabre, à N.-D. de l’Osier, Marseille, le 8 août 1854, in EcO 11, 225.

[8] ID., Lettre au p. Vincens, à N.-D. de l’Osier, Aix, le 30 avril 1853, in EcO 11, 131.

[9] Cf. BOISRAME P., Méditations pour tous les jours de l’année, op. cit., 191-192.

[10] Cf. LAMIRANDE E., Ibid., 350.

[11] DE MAZENOD E., Lettre à Monsieur Vincens, à N.-D. de l’Osier, Marseille, le 30 novembre 1841, in EcO 9, 175.