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IV.1.2. Aptitude intellectuelle

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    Notre premier chapitre nous a suffisamment aidé à saisir l’importance de l’aptitude intellectuelle[1] chez le Père De Mazenod. Le candidat à la vie oblate doit avoir une intelligence perspicace, un jugement sûr et un bon sens en vue de la mission de la Congrégation en Église[2].

    En effet, le Fondateur voudrait que ses fils aient une intelligence supérieure à la moyenne, afin de correspondre à la grandeur de leur vocation. Les études philosophiques et théologiques des scolastiques non seulement occuperaient leur temps en leur fournissant l’occasion de pratiquer l’ascèse[3], mais aussi et surtout leur procureraient une solide base doctrinale indispensable à la mission de la Congrégation[4]. Voilà pourquoi il tient à ce que ses fils étudiants s’appliquent à l’étude[5], que les prêtres préparent soigneusement leurs prédications soit parce qu’ils ne savent pas parler en public[6], soit parce qu’ils doivent exercer leur intelligence :

“Je ne me souciais pas que tu te fasses entendre à Nîmes, écrit-il à Honorât, avant d’avoir travaillé davantage tes instructions et les avoir corrigées sur les remarques que ceux de la famille auraient pu te faire[7].

    L’Oblat doit donc apprendre à parler et à bien écrire de manière à se faire clairement comprendre[8], et à prêcher pour convertir les âmes et non pas pour plaire aux hommes[9]. Son style doit être simple. Il suffit de citer les critiques positives à l’endroit du f. Suzanne pour se rendre compte de la rigueur même dans les lettres.

“(…) Je fus surpris seulement qu’en exprimant ce qui semble devoir couler du cœur tout doucement et comme sans qu’on s’en aperçoive, tu eusses employé des expressions recherchées et des répétitions étudiées qui semblaient n’être là que pour arrondir la phrase et former un son pour l’oreille. (…) Oh ! celle-ci me fit de la peine (parlant d’une autre lettre), non point parce que le style en était ridicule, je m’en serais consolé, sachant que tu peux mieux faire, mais parce qu’à chaque ligne, pour ainsi dire, on y voyait une prétention à l’esprit, une recherche d’expression, une affectation à faire image si mal ou si peu dissimulée que la lecture en était dégoûtante[10].

    En plusieurs circonstances, le Père de Mazenod affirme la nécessité d’un jugement sûr par le principe de bon sens qui doit animer tous les Oblats. Ainsi affirme-t-il au p. Courtes sans ambiguïté : “Le bon sens est une qualité trop indispensable pour que nous puissions nous passer de l’exiger des sujets qui se présentent. Que deviennent toutes les bonnes qualités quand le cerveau est blessé ?[11]. L’application du principe de bon sens se trouve dans une lettre au p. Vandenberghe à propos d’un aspirant en recherche de sa voie :

“Il n’y avait pas non plus à mettre en doute s’il fallait garder le frère dont le nom ne me revient pas, celui que vous m’avez aussi envoyé pour que je décide de sa vocation. Mais il ne m’a fallu que le voir et causer avec lui pour reconnaître qu’il fera parfaitement pour nous. Il sait fort bien sa théologie, il raisonne en homme de bon sens[12].

    Voilà qui nous porte à conclure avec PETRIN que le Fondateur désirait, conformément à la législation ecclésiale de son temps sur “l’idonéité intellectuelle”, une certaine supériorité de dispositions intellectuelles chez les aspirants à la vie sacerdotale. Il apparaît donc très clairement que sera écarté un certain nombre de candidats bien disposés, sans doute, mais incapables d’études supérieures comme en exige une si haute vocation. Car si les vertus morales et théologales sont primordiales comme principes de mérites personnels et d’efficacité apostolique, les dons de l’intelligence sont de première importance dans l’ordre des moyens humains d’apostolat[13].



[1] Nous n’avons pas compté l’intelligence parmi les vertus du chapitre précédent, parce que “les vertus intellectuelles, n’étant pas ordonnées par elles-mêmes à la perfection morale de celui qui les possède, ne sont pas des vertus dans le sens plein du mot. De plus, elles appartiennent essentiellement à l’ordre naturel”, MICHEL A., Vertus, in PTC XV-2, op.cit., 2774.

[2] Cf. CC RR 1826, Const. 698 : “Optandum est ut qui Societati nostrae tamquam ad sacerdotium destinati nomen sunt daturi, sint mente perspicaces, recto judicio pollentes, memoria praediti”, voir PETRIN J., Op. cit., 183-201 ; BEAUDOIN Y., Mélanges d’histoire oblate (1853-1863), Rome 1961-1977, 252-255.

[3] Cf. GILBERT M., La vie spirituelle du scolastique et le Règle, in Ep_ 12, 1953, 39-54. Voir PI, nn. 36-38.

[4] Cf. JETTE F., Le Missionnaire Oblat de Marie Immaculée. Textes et Allocutions, 1975-1985, Tipolitografia Monte Compatri, Roma 1985, 216.

[5] DE MAZENOD E., Lettre au p. Tempier, à Aix, Calvaire, le 25 juillet 1817, in EcO 6, 31.

[6] Cf. ID., Lettre au p. Marcou, Marseille, le 11 août 1824, in ibid. 158.

[7] ID., Lettre au p. Honorât, à Nîmes, Paris, le 23 juin 1825, in EcO 6, 185.

[8] Cf. ID., Lettre au p. Mille, à Billens, Marseille, le 15 avril 1831, in EcO 8, 19.

[9] Cf. ID., Lettre au p. Nicolas, à Limoges, Marseille, le 25 mars 1850, in EcO 11, 5.

[10] ID., Lettre au f. Marius Suzanne, à Aix, N.-D. du Laus, le 16 juillet 1820, in EcO 6, 69.

[11] ID., Lettre au p. Courtes, à Aix, Marseille, le 23 mars 1832, in EcO 8, 50-51.

[12] ID., Lettre au p. Vandenberghe, à N.-D. de l’Osier, Marseille, le 24 août 1854, in EcO, 11, 235.

[13] Cf. PETRIN J., Op. cit., 184. Il précise : “Que faut-il entendre par les expressions : idonéité intellectuelle, aptitudes intellectuelles ? Il s’agit d’un ensemble de qualités proportionnel à un rendement minimum dans l’exercice d’une charge ou d’une fonction”, Ibid., 186.