Ayaas ancien logo  

 

IV.1. Les talents du candidat

.  

IV.1.1. Une bonne santé physique et psychique

    La plupart des lettres du Fondateur, dans la portion qui nous concerne, sont imprégnées de préoccupations sanitaires. Pour lui, le missionnaire doit veiller à sa santé afin de remplir efficacement sa tâche apostolique en Église. Telle est la raison pour laquelle il se sent obligé d’intervenir très souvent pour rappeler ses fils à la vigilance. Ils ne doivent ni négliger le repos après le travail, en dépit de l’urgence missionnaire[1], ni oublier de se faire soigner quand ils sont malades[2].

“Cher ami, veille sur ta santé. Qui est-ce qui prend soin de toi ? Te fournit-on une nourriture saine et suffisante[3] ? “Je vous recommande votre santé et celle de toute notre chère famille, soyez attentif au commencement des incommodités. Veillez sur les poitrines de notre jeunesse[4].

    Voilà le principal message à ses missionnaires dévoués au service de l’Église. Son ton est très dur envers Suzanne qui évite d’observer le repos : “Il faut que je te gronde, mais très sérieusement[5].

    Mais la santé, redisons-le, ne constitue pas un obstacle à la réalisation de la vocation surtout quand les qualités dominent la maladie. “Vous pouvez dire au frère (Verdier), confie-il au p. Richard, que je n’ai jamais mis en doute qu’il dut être reçu dans la Congrégation ; sa santé n’est pas à mes yeux un obstacle qui doive neutraliser ses bonnes qualités[6]. Elle n’est pas obstacle non plus quand elle permet à la personne d’accomplir l’exercice le plus essentiel de la vie sacerdotale ou religieuse. Pour Eugène de Mazenod, en effet, la maladie ne saurait empêcher l’accomplissement de la vocation tant qu’elle ne paralyse totalement l’Oblat :

“Je n’hésite pas à dire que si la santé de Léon de Saboulin lui permet de réciter le saint office, il ne faut pas le détourner de se faire prêtre, mais on devra lui laisser une grande latitude pour les études, pour ne pas l’épuiser. Il fera beaucoup de bien même en ne disant que la sainte messe et en donnant l’exemple d’une sainte vie sacerdotale[7].

    Cependant, dans certains autres cas, ceux qui nous autorisent à considérer la santé physique comme un signe nécessaire pour la réalisation de la vocation oblate conformément aux exigences du CDC[8] auxquelles sont soumis tous les appelés à la vie religieuse, le Fondateur se voit obligé à écarter les malades de sa famille religieuse. Ce sont les cas désespérés.

“Le somnambulisme de Mazet étant toujours aussi fort, il a lu et écrit à plusieurs reprises dans la plus profonde obscurité, et les médecins m*ayant rassuré que s’il devait guérir ce ne serait pas avant l’âge de cinquante ans, le Conseil a vu dans cet état une cause plus que suffisante de dispense. La sentence a donc été prononcée[9].



[1] Cf. DE MAZENOD E., Lettre à Suzanne, à Marseille, Paris, le 13 avril 1826, in EcO 6, 118 ; ID., Lettre à Tempier, à Marseille, Turin, 12 novembre 1825, ibid., 204-205.

[2] Cf. ID., Lettre au p. Honorât, à Ventabren, Marseille, le 24 janvier 1824, ibid., 141 ; ID., Lettre au p. Courtes, à Aix, Marseille, le 21 juillet 1831, in EcO 8, 28.

[3] ID., Lettre à Honorât, à Vitrolles, Marseille, le 28 mai 1824, in EcO 6, 149.

[4] ID., Lettre au p. Tempier, à Aix, Calvaire, 25 juillet 1817, in EcO 6, 31.

[5] ID., Lettre au p. Suzanne, à Marseille, Paris, le 13 avril 1823, in ibid., 118, ID., Lettre à l’abbé De Forbin-Janson, à Paris, Aix, le 9 octobre 1816, in ibid., 26.

[6] ID., Lettre au p. Richard, à N.-D. de l’Osier, Marseille, 3 août 1851, in EcO 11, 45.

[7] ID., Lettre au p. Courtes, à Aix, Marseille, le 17 juillet 1846, in ECO 10, 133.

[8] Cf. Can. 642.

[9] ID., Lettre au p. Mille, à Billens, Marseille, le 8 décembre 1831, in EcO 8, 43.