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III.5.2. La mortification (suite)

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    L’exercice de mortification se vérifie en outre dans le silence à observer pendant les repas. Nous savons que le Bx. Père a toujours insisté sur le silence pendant le déjeuner. Pour les autres repas il s’en tenait très strictement au texte de la Règle et il exigeait de ses supérieurs et de tous ses Oblats la même fidélité à la Règle[1]. La lettre au p. Vincens prouve que la pratique était fréquente dans les communautés oblates.

“Je n’ai jamais donné l’autorisation de parler pendant le déjeuner par une très bonne raison, c’est qu’on ne l’a jamais demandé nulle part, mais j’approuve très fort que vous ayez maintenu la Règle du silence ; non seulement parce que le petit réfectoire est compris dans la Règle générale qui prescrit le silence dans les lieux désignés au chap. 2 De silentio mais encore à cause du grave inconvénient que vous avez fort bien remarqué[2].

    Le silence par mortification est vivement recommandé aux scolastiques en vue de créer un bon climat de vie intellectuelle. Car “le silence facilite l’étude, l’étude nourrit la prière, la prière attire la charité[3]. Il est donc évident que l’ascèse du scolastique Oblat est avant tout intellectuelle, parce qu’il lui faut d’abord mortifier, faire mourir les tendances, les instincts, les activités qui nuisent au plein épanouissement de sa vie d’étudiant. En second lieu, cette ascèse lui fait aimer et garder la cellule, mortifiant ainsi ce besoin incoercible de mouvement qui nuit tant à une vie d’étudiant religieux, et détruisant toute vaine curiosité. En d’autres mots, l’ascèse intellectuelle est avant tout ordonnée à détruire le “vieil homme”, car elle permet au scolastique d’aller outre et de s’attaquer à son moi humain, de faire disparaître toute trace d’égoïsme ou de recherche de soi naturelle[4].

    Il ne reste plus qu’à mentionner l’existence effective de certaines pratiques justificatives de la mortification, notamment les pénitences corporelles en vue de participation aux souffrances et aux humiliations du Christ.

    Notons que tous sont invités, par amour du Christ, à mettre les bras en croix pendant la lecture de l’Écriture Sainte au réfectoire, baiser les pieds et prendre des repas à genoux[5]. La mortification se voit aussi dans l’exercice de la coulpe, pratique alors commune en Église. Le rapport de 1951 sur les noviciats de la Congrégation atteste que ces exercices souvent imposés aux novices ne sont pas toujours bien acceptés[6]. Toutefois, “la question du silence et de la lecture au réfectoire est un élément non négligeable de la vie intérieure et du recueillement et aussi de la mortification dans notre Congrégation[7].

    Certes, la mortification tient une place importante dans la pensée du Fondateur car elle fait participer les Oblats aux souffrances du Christ, le “divin Maître”. Le contact avec les témoignages évoqués montre combien il y tenait, afin que ses fils marchent dignement sur les traces de Jésus et des Apôtres. Pour cela, nous la comptons parmi les signes de la vocation oblate.

    Ainsi arrivons-nous à la fin de ce troisième chapitre. Les témoignages médités ont certes montré combien chacune des vertus mérite l’attention des formateurs lorsqu’ils discernent les vocations oblates. Le noviciat étant le lieu par excellence où se cultivent les vertus religieuses, l’aspirant ne saurait les manifester qu’en germe. Quant à l’attitude radicale du Fondateur que nous avons particulièrement notée au sujet des vœux de chasteté, pauvreté et obéissance, elle justifie son sens profond de la vie religieuse. Mais il faudra attendre l’analyse sur les talents et les autres bonnes dispositions du candidat oblat avant de nous prononcer aisément sur la rigueur “mazenodienne”.



[1] Cf. KNACKSTEDT J., Ibid., 149.

[2] DE MAZENOD E., Lettre au p. Vincens, à N.-D. de l’Osier, Marseille, le 22 octobre 1853, in EcO 11, 170.

[3] BERNARDOT M.-V., L’Ordre des Frères Prêcheurs, Saint-Maximin 1918, p. 61, cité par GILBERT M., La vie spirituelle du scolastique et la Règle, in EO_ 12, 1963, 49.

[4] Cf. GILBERT M., La vie spirituelle du scolastique et la Règle, in EO. 12, 1953, 47-49.

[5] “The novices are asked to extend arms, which is usually done in the dining room. Why not have the same penance done in the chapel before the crucifix while saying five Our Fathers for dying sinners, in imitation of Christ who had the arms extended on the cross while he was praying for sinners and who converted a hardened criminal even at the last moment of his life”, KIEVEL J., Apostolic Formation in the Novitiate, in EO 18, 1959, 256-257.

[6] “Les jeunes répugnent à ces pratiques, moins par manque de mortification (…) que parce qu’ils n’y voient que des “simagrées” ; ils préféreront par exemple la mortification qu’impose un travail manuel soutenu, etc. (…) Et pourtant, dit-on, ces pénitences maintiennent l’esprit de pénitence, et se révèlent même pour certains un exercice réel et profitable de mortification et d’humilité”, ALBERS D., Compte rendu des rapports sur les noviciats de la Congrégation, op. cit., 206.

[7] KNACKSTEDT J., Ibid., 150.