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III.5.1. L’abnégation

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    L’abnégation répond à la condition posée par le Christ pour tous ceux qui se mettraient à sa suite, les chrétiens en général et les religieux en particulier : “Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même[1]. Elle est “la condition première pour pouvoir entendre l’appel du Maître et y répondre selon toutes ses exigences. Elle donne à l’âme cette indifférence à l’égard de tout ce qui la touche ; elle libère ses forces vives qui pourront se donner à la seule gloire de Dieu[2]. Or l’Oblat voudrait être imitateur du Christ. Il va sans surprise que le Père de Mazenod prenne l’abnégation pour la voie du ciel. Il l’exprime tout au regret de l’insuffisance des “saints” prêtres en son milieu : “(…) la plupart veulent aller au ciel par une autre voie que celle de l’abnégation, de renoncement, de l’oubli de soi-même[3].

    Cette vertu nécessaire à la poursuite de l’unique gloire de Dieu s’étend à deux domaines de la personne humaine, notamment, les passions et la volonté propre. Ces deux sources de désir enlèvent à l’âme la pureté d’intention et l’empêchent de voir clairement la volonté de Dieu sur elle[4]. Voilà pourquoi le Fondateur demande au p. Tempier d’inculquer et de prêcher pour l’amour de Dieu, “l’oubli de soi-même, le mépris de l’estime des hommes[5]. En effet, il voudrait que les membres s’appliquent avec soin à réprimer leurs passions et à renoncer à leur volonté propre[6].

    L’abnégation sera donc l’un des objets principaux de la formation des jeunes Oblats. Le noviciat veillera spécialement à ce que les novices cultivent toutes les vertus, sans oublier l’abnégation qui les prépare à ne viser qu’un seul but : le souci de la gloire de Dieu :

“Faites-lui faire un bon noviciat (abbé Viguier A.), commande le Fondateur à Tempier, ne vous en tenez pas à la superficie, faites-lui pratiquer toutes sortes de vertus, dressez-le à l’amour de la pauvreté, l’obéissance, à l’entière abnégation de lui-même, à l’esprit de mortification, à l’humilité[7].

    Les novices sauront répondre à la détresse de l’Église grâce à la pratique assidue de l’abnégation. Ainsi écrit-il au p. Courtes, afin qu’ils n’oublient pas les attentes de l’Épouse du Christ : “(…) que tous concourent au maintien du bon ordre et de la discipline par la fidélité à la Règle, l’obéissance, l’abnégation et l’humilité. L’Église attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse[8].

    L’insistance du Fondateur sur cette vertu est liée à la recherche de la volonté de Dieu, le lot de tout disciple de Jésus-Christ. Les novices ne pourront, en effet, connaître la volonté de Dieu sur leur projet de vie religieuse qu’en faisant taire en eux la voix des passions et celle de la volonté propre. Car pour découvrir la volonté de Dieu, “il nous faut d’abord travailler par la mortification à vaincre nos passions, ce que l’Apôtre appelle ‘la convoitise de la chair et la convoitise des yeux’[9]. Pour y parvenir, deux moyens sont conseillés : l’obéissance et l’humilité dont nous venons de parler suffisamment.

    Certes, l’abnégation est une valeur non moins considérable de la vie oblate car le Fondateur l’exige vivement des membres de sa Congrégation. Dans certaines recommandations aux formateurs, elle apparaît en tête des vertus à inculquer aux scolastiques : “Entre autres vertus, il faut surtout une grande abnégation, une grande indifférence pour tout ce que l’obéissance peut prescrire[10]. Telle est la raison qui nous pousse à la considérer comme signe constitutif de la vocation oblate.



[1] Luc 9, 23.

[2] CHARLAND P.-E., Ibid., 22.

[3] DE MAZENOD E., Lettre au p. Tempier, à Arles, Aix, ce 13 décembre 1815, in EcO 6, 13.

[4] Cf. CHARLAND P.-E., Ibid., 23.

[5] DE MAZENOD E., Lettre au p. Tempier, à Aix, Paris, le 12 août 1817, in EcO 6, 34.

[6] Cf. CC et RR 1826, art. 262.

[7] DE MAZENOD E., Lettre au p. Tempier, à N.-D. du Laus, Aix, le 18 juin 1821, ibid., 84.

[8] ID., Lettre au p. Courtes et à la communauté d’Aix, op. cit., 109.

[9] CHARLAND P.-E., Ibid., 24.

[10] DE MAZENOD E., Lettre au p. Mouchette, à Montolivet, Rome, le 2 décembre 1854, in EcO 11, 253.