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III.5. L’abnégation et la mortification

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    L’abnégation, disposition sur laquelle le Fondateur revient sans cesse dans ses exhortations, est très souvent citée à côté d’autres notions qui la voisinent et s’apparentent à elle, en l’occurrence le renoncement, le dépouillement, le détachement, l’abstinence, la mort à soi-même et l’oubli de soi-même. Une précision s’avère indispensable d’emblée, afin de ne pas la confondre avec elles.

    En spiritualité, l’abnégation n’est pas une vertu distincte comme l’humilité ou la patience[1]. Elle a pourtant sa nature propre qui la distingue des autres notions voisines[2]. Elle consiste en effet à nous dépouiller de nous-mêmes de ce qui nous est le plus intime et le plus personnel, à renoncer à ce que notre amour-propre voudrait pratiquement que nous soyons, c’est-à-dire renoncer à nous faire centre et accepter de n’être que totalement subordonnés aux fins et aux plans de Dieu. Les autres termes proches concernent le renoncement à ce qui nous est extérieur[3].

    La distinction ainsi faite nous aide à mieux saisir le sens que le Fondateur donne à l’abnégation et à la mortification quand il les recommande à ses fils.



[1] “L’abnégation ne figure généralement pas dans les catalogues de vertus dressées par les théologiens : elle n’a pas sa question dans la 2a 2** de S. Thomas, pas plus qu’elle ne figure dans la Somme des vertus et des vices de son contemporain et confrère Guillaume Péraud, pas plus qu’elle n’a son article dans la Prompta Bibliotheca de Ferraris ou dans le Dictionnaire de Théologie catholique”, DE GUIBERT J., Ibid., 102.

[2] Elle est “une disposition générale de l’âme facilitant la pratique des diverses vertus dans ce que celles-ci ont de contraire à l’amour propre, à l’égoïsme. Les “actes d’abnégation” et de renoncement sont en réalité des actes de charité, d’humilité ou d’autres vertus, comportant un sacrifice plus notable, plus sensible, de nos intérêts propres”, ID., Ibid., 102-103.

[3] ID., ibid., 101.