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III.4.2. L’humilité (suite)

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    L’invitation à l’humilité retentit très fortement lorsqu’il s’agit d’appeler les Oblats à aimer la Congrégation, à s’attacher à elle, en dépit de ses limites par rapport à d’autres familles religieuses[1]. Sur ce point, Mgr de Mazenod n’a pas de honte d’avouer les conditions humbles de son Institut. N’est-ce pas là même l’application de cette vertu ? “Nous sommes bien jeunes et bien petits à côté de ces colosses, avoue-t-il au p. Richard. Contentons-nous de notre médiocrité, et faisons en toute humilité notre œuvre, sans nous enquérir de ce que font et peuvent faire les autres[2]

    La même attitude sera adoptée par les Oblats face à ceux qui s’opposent à l’œuvre de la Congrégation au sein de l’Église de France, en particulier. Devant une telle situation, l’Oblat devra, en effet, se montrer humble pour ne pas éteindre en lui la grâce qui vient de Dieu, sachant que les saints passent par des persécutions et que la croix ne s’éloigne jamais des disciples du Christ. Tel est le conseil qu’Eugène prodigue au p. Courtes pendant les difficultés causées par l’autorité ecclésiastique d’Aix en 1836 :

“(…) assemble ta petite communauté pour leur recommander de ma part de redoubler de prières, de vaincre le mal par le bien, de se réjouir d’être un peu humiliés, de renoncer à toute prétention, je ne dis pas personnelle, je ne suppose qu’il en puisse exister de pareilles parmi vous, mais prétention de corps, préférant l’humilité à la gloire quand le bon Dieu veut nous faire marcher par cette voie. Qu’on ne s’y trompe pas, faire autrement serait pure illusion[3].

    L’humilité, redisons-le, s’exerce dans le rapport d’obéissance des sujets aux supérieurs[4]. En effet, sans elle, le sujet n’obéirait que difficilement à ceux que le Seigneur a placés sur sa route pour le diriger dans la voie de perfection. La vertu d’humilité est nécessaire parce qu’elle permet au religieux d’accepter ce qui vient de l’autorité. “Un religieux très vertueux, confie le Fondateur au p. Mille, doit comprendre que chacun est tenu de recevoir avec humilité les observations et même les reproches de ses supérieurs[5].

    Cependant, le Fondateur n’oublie pas qu’il existe aussi une “fausse humilité[6] qu’il ne faudrait tolérer. Ses fils sont plutôt invités à la vraie, celle qui prépare à la perfection, celle qu’ont vécue les saints et qui pousse à s’accepter tel que l’on est, avec toutes les richesses de l’être qui viennent de Dieu. Les formateurs doivent veiller à cette bonne notion, afin que cessent les déviations possibles en ce domaine surtout parmi les scolastiques. Citons un cas :

“(…) J’avais oublié de vous dire en parlant d’Azan que par une humilité mal entendue, il n’étudiait pas étant au séminaire, afin de ne savoir pas répondre et d’être bafoué. Il lui arrivait souvent de dire en pleine classe, je ne comprends pas, pour passer pour idiot, il se considérait indigne d’être élevé dans les ordres, et il aurait volontiers consenti à rester frère toute sa vie. Il faudra rectifier toutes ces fausses idées et lui faire comprendre qu’aujourd’hui le devoir de tout soldat de Jésus-Christ est de se rendre propre à tout selon la portée de capacité et de talents que le Seigneur a bien voulu accorder à chacun[7].

    Il convient de conclure que l’humilité est une vertu indispensable à l’Oblat et à l’aspirant à la vie religieuse oblate et donc, un signe de la vocation. Elle “ne consiste pas d’abord en des attitudes à adopter : elle exprime une façon d’être et de se situer, la façon dont l’homme se considère dans la position qu’il assume au cœur du monde et en face de Dieu[8]. L’Oblat que voudrait le Fondateur est à l’image de cet homme humble qui sait reconnaître ses propres limites, celles de ses confrères et celles de la Congrégation.



[1] L’estime de la Congrégation fera l’objet de notre analyse au quatrième chapitre.

[2] DE MAZENOD E., Lettre au p. Richard, à N.-D. de l’Osier, Marseille, le 29 mai 1852, in EcO 11, 83.

[3] ID., Lettre à Monsieur Courtes, à Aix, Marseille, le 8 juin 1836, in EcO 8, 212.

[4] Cf. Ce que nous avons dit à propos de l’obéissance.

[5] DE MAZENOD E., Lettre au p. Mille, à N.-D. du Laus. Marseille, le 21 mai 1836, in EcO 8, 209.

[6] De fait, “L’humilité est un des termes les plus ambigus, les plus chargés d’équivoques, du langage spirituel et religieux. Bien des démissions se sont abritées derrière le fallacieux prétexte d’en respecter les exigences”, MONGILLO D., Ibid., 521.

[7] DE MAZENOD E., Lettre au p. Mille, en Suisse, Marseille, le 6 juin 1831, in EcO 8, 26.

[8] MONGILLO D., Ibid.