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III.4.2. L’humilité

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    L’humilité est l’une des vertus requises pour être missionnaire[1]. Appelé en effet par le Seigneur à une vie missionnaire, le religieux oblat doit être celui qui vit dans l’humilité, vertu qui le dispose à atteindre la perfection. Elle favorise l’obéissance aux supérieurs, l’estime de l’Institut et l’acceptation des autres[2], ce qui lui est essentiel dans la réalisation de sa vocation. Voilà pourquoi elle se situe parmi les quatre premières vertus sur lesquelles Eugène de Mazenod revient assez souvent. Il suffit de citer la recommandation faite aux novices en 1823 pour noter combien elle est importante pour celui qui veut répondre à l’appel au secours de l’Église : “Aimez-vous les uns les autres, que tous concourent au maintien du bon ordre et de la discipline par la fidélité à la Règle, l’obéissance, l’abnégation et l’humilité[3].

    Cette invitation à l’humilité se justifie dans le fait que les novices sont appelés à la vie missionnaire. En effet, l’humilité permet au missionnaire de reconnaître ses limites dans l’exercice de son ministère et de réserver à Dieu la place qui lui revient comme cela ressort clairement d’une lettre écrite au p. Viguier :

“Le missionnaire étant appelé proprement au ministère apostolique doit viser à la perfection. (…) Il doit donc marcher sur leurs traces (les Apôtres) fermement persuadé que les miracles qu’il doit faire ne sont pas un effet de son éloquence, mais de la grâce du Tout-Puissant qui se communiquera par lui avec d’autant plus d’abondance qu’il sera plus vertueux, plus humble, plus saint pour tout dire en un mot[4].

    L’humilité est vivement recommandée aux Oblats afin de ne pas céder à l’orgueil qui engendre le péché. Rien de plus remarquable que le désir du Fondateur de garder ses fils contre telle attitude devant un succès apostolique. Ainsi écrit-il au p. Marcou tout à la joie de son zèle missionnaire :

“Mon bon Marchetto, je t’embrasse bien tendrement et je me réjouis de te voir t’acquitter avec tant de zèle de ton saint ministère (…). Sois humble et tu feras beaucoup de bien ; tu sais que c’est aux humbles que le Seigneur dat gratiam (Je 4, 6). Le plus habile d’entre nous et d’entre tous les hommes n’est par lui-même qu’un airain sonnant et une cymbale retentissante, c’est le bon Dieu qui fait tout et à qui seul tout doit être attribué, voilà de quoi nous devons tous être bien persuadés[5].

    L’Oblat doit donc éviter la vanité qui vient des œuvres accomplies aux yeux du monde[6]. Qu’il se souvienne en toute circonstance que c’est Dieu qui agit par lui qui n’est qu’instrument par lequel il atteint son peuple. De fait, l’humilité est un “abaissement de nous-mêmes pour faire place nette à la souveraineté de Dieu en nous et aux exigences dominatrices de l’amour de Jésus[7]. L’orgueil pourrait venir aussi de talents reçus de Dieu. Ils doivent être gérés humblement. Le Fondateur reviendra, 17 ans plus tard, sur cet aspect dans une lettre au p. Dassy, dans laquelle il explique largement la raison d’être de l’humilité oblate :

“Je ne cesse de remercier Dieu du bien qui s’opère par votre ministère, mais vous, mon enfant, et vos confrères, ayez toujours dans le cœur et sur les lèvres les belles paroles de l’Apôtre : Servi inutiles sumus ; quod debuimus facere fecimus (Lc 17, 10). Qui sommes-nous en effet pour opérer des miracles ? Ce qui doit nous surprendre, c’est que nous ne gâtions pas l’œuvre que Dieu nous a confiée par nos infidélités et ce que nous y mettons du nôtre, effaçons-nous à nos propres yeux, et ayons soin de ne rien demander aux hommes, nous ne voulons pas plus de leurs éloges, de leur admiration, etc., que de leur argent. Vous surtout, mon bon fils, vous avez besoin d’être sur vos gardes parce que le public vous gâte à cause de vos bonnes qualités, de votre zèle et de tout ce qui le frappe en vous[8].


[1] Cf. DE MAZENOD E., Lettre à M. Viguier, Aix, 6 janvier 1819, in EcO 6, 57.

[2] “l’humilité est la “voie”, la pédagogie choisie par Dieu, à laquelle l’homme doit conformer sa marche. (…) se développe dans l’amour, elle est une manifestation de l’amour. Elle s’accueille et s’épanouit dans un climat de confiance ; elle soustrait l’homme au souci de se sécuriser, elle l’attire vers celui qui l’aime, elle fonde la paix dans la communion à l’être aimé, elle conduit à s’accorder avec lui, à prendre sur soi les soucis et les souffrances de l’autre, à prendre l’initiative de changer la vie, de modérer le souci excessif pour sa propre personne, elle établit pour tous de nouvelles conditions d’existence”, MONGILLO D., Humilité, in DVS, op. cit., 525 et 527.

[3] DE MAZENOD E., Lettre au p. Courtes et à la communauté d’Aix, Paris, le 22 février 1823, in EcO 6, 109.

[4] ID., Lettre à M. Viguier, Aix, le 6 janvier 1819, ibid., 57.

[5] ID., Lettre au p. Marcou, à Ventabren, Marseille, le 27 janvier 1824, Ibid. 142.

[6] “L’humilité, au sens propre du mot, nous libère de l’attachement à l’estime des hommes, à la réputation, à l’honneur, au sentiment intérieur de notre propre excellence : du fait que ces biens tiennent au plus intime de nous-mêmes, que leur privation nous diminue nous-mêmes aux yeux des autres et à nos propres yeux, il suit que l’humilité est la forme de renoncement qui entre le plus dans le vif de notre amour propre, et celle par conséquent qui s’apparente le plus à l’abnégation”, DE GUIBERT J. Ibid., 102.

[7] ID., Ibid.

[8] DE MAZENOD E., Lettre à Monsieur Dassy, à N.-D. de l’Osier, Marseille, le 17 juillet 1841, in EcO 9, 154-155.