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III.4. L’obéissance et l'humilité

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   L’obéissance et l’humilité sont intrinsèquement liées. L’une et l’autre disposent le religieux à rester à l’écoute de Dieu qui appelle, à chercher sa volonté en s’abaissant devant les hommes ses frères. Les deux vertus permettent à l’Oblat de marcher de cœur avec le Christ qui sut s’abaisser au bois de la Croix[1] et continue de s’abaisser pour le salut du genre humain. Voyons comment elles conditionnent la vocation de l’aspirant oblat.

III.4.1. L’obéissance

    Par l’obéissance, vraie preuve de l’acceptation des exigences évangéliques de la vie religieuse, l’Oblat manifeste sa fidélité à l’esprit de la Congrégation. Elle consiste essentiellement à mener une vie conforme à la Règle de vie et à exécuter sans hésitation les ordres des supérieurs[2] par qui Dieu manifeste sa sainte volonté sur le sujet. La Société atteint sa fin grâce à son exercice. Tous les membres y sont tenus :

“J’espère que chacun se sera dit qu’il est rigoureusement obligatoire pour lui d’observer strictement notre Règle, écrit-il au p. Guibert. Qu’en serions-nous si l’on y était fidèle que dans les maisons que je puis surveiller moi-même ? Cela fait, on ne sera pas encore parvenu à la fin que nous nous proposons, il faut se remplir de notre esprit et ne vivre que par lui[3].

    L’Oblat ou le candidat oblat devrait savoir que la Règle dit tout. Son application ne demande pas de réflexion. Telle importance accordée à la Règle se voit surtout dans les lettres de reproches à ceux qui n’obéissent pas promptement. Ainsi écrit Eugène de Mazenod au p. Mille qui prêche trop sans se reposer : “Le Seigneur ne rémunère pas le bien qui se fait en dehors de l’obéissance, moins encore celui qu’on prétend faire contre les prescriptions de l’obéissance[4]. Dans une autre lettre, il lui dira de manière catégorique l’attitude qu’il faut adopter face à l’obéissance : “Au nom de Dieu, ne raisonnez jamais quand il s’agit d’obéissance. Le mieux serait toujours de faire ce qui est prescrit[5].

    Ainsi l’obéissance apparaît-elle comme la vertu devant laquelle les sujets doivent s’exécuter sans concession. Car la perfection à laquelle ils visent en venant à la Congrégation ne pourrait être atteinte sans la pratique de cette vertu. Voilà pourquoi la formation doit lui accorder une large place, afin que chacun l’exerce le plus correctement possible, en particulier les novices de qui dépend l’avenir de la Société :

“Je n’ai besoin de faire aucune recommandation, écrit-il à Aubert, si ce n’est à tes novices et oblats pour qu’ils se mettent sérieusement à l’œuvre de leur perfection qui ne s’opère que par l’obéissance à ceux que Dieu a chargé de les diriger[6].

    Tous les novices y sont tenus, candidats prêtres ou frères. Car tous sont membres à part entière de l’Institut appelé à la sainteté. Leur formation spirituelle doit “les tenir strictement à la Règle” et ils doivent être des hommes “obéissants[7]. Le rapport entre sujets et supérieurs doit connaître le climat de simplicité qui favorise la totale soumission. C’est en sacrifiant leur propre volonté, en se soumettant aux supérieurs que les sujets accomplissent la volonté du Père céleste : “Rien de plus juste que de faire connaître son attrait, mais aussi, il est dans l’ordre qu’on s’en rapporte à la sagesse et aux lumières que le bon Dieu donne aux supérieurs[8].

    Le Fondateur tient à cette soumission parce qu’il est convaincu que la sainteté qui fait partie de l’esprit oblat découle de l’exercice de l’obéissance. A l’exemple du divin Maître qui obéit jusqu’à la mort sur une croix[9], l’Oblat doit obéir sans réserve à ses supérieurs. Car il ne pourra atteindre la perfection qu’à la mesure de son abandon à la volonté de Dieu qui se manifeste dans ceux qui guident ses pas sur les traces des Apôtres. Pour y parvenir, il ne devrait pas oublier qu’il est au service de Dieu et non pas à son propre service qui lui permettrait de faire tout librement :

“Les saints se trouvent parmi les obéissants qui reçoivent modestement leurs missions à d’autres conditions. Au nom de Dieu, exercez-vous dans ces pensées. Qui que nous soyons, nous sommes des serviteurs inutiles dans la maison du Père de la famille. Nos actions, nos services n’ont de prix qu’autant que nous faisons ce que le Maître demande de nous[10].


[1] Cf. Philippiens 2, 6-11.

[2] D’après la doctrine sur les conseils évangéliques, la soumission à un supérieur n’est qu’un aspect ou un élément de l’obéissance qui, au sens profond, consiste à répondre à l’appel que Dieu adresse à chaque homme. Cf. GELLARD J., Perspectives sociologiques, in AA. VV., Autorité et obéissance dans la vie religieuse, Paris 1983, 39-47.

[3] DE MAZENOD E., Lettre au p. Guibert, à N.-D. du Laus, Fribourg, le 29 juillet 1830, in EcO 7, 206.

[4] ID., Lettre au p. Mille, à N.-D. du Laus, Marseille, 6 avril 1832, in EcO 8, 21.

[5] ID., Ibid., Marseille, le 4 juin 1837, in EcO 9, 36-37.

[6] ID., Lettre au p. C. Aubert, à Aix, Marseille, le 11 octobre 1834, in EcO 8, 120.

[7] ID., Lettre à Monsieur Courtes, à Aix, Marseille, le 27 août 1837. EcO, 9, p. 50-51.

[8] ID., Lettre au p. Mille, à Billens, Marseille, le 30 mai 1832, in EcO 8, 56.

[9] Cf. Philippiens 2, 8.

[10] DE MAZENOD E., Ibid., 56-57.