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III.3.2.2. Le détachement de la famille

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    Face à la relation des Oblats avec leurs parents, le Fondateur ne tolère point le “laisser-aller”. Mais il se montre à la fois dur et compréhensif. Il est dur parce qu’il tient aux exigences de la Règle, et tolérant parce qu’il comprend certaines situations. Une seule parole dirige le discernement en toute circonstance : “Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le Royaume de Dieu[1]. En effet, Mgr de Mazenod ne permet pas que ses fils rendent visite à leurs parents qui les ont offerts au Seigneur. Car par la grâce de la consécration ils ne leur appartiennent plus.

“J’ai remarqué qu’on n’a pas assez réfléchi qu’en entrant en religion on meurt au monde. On conserve trop d’attache pour ses parents. (…) Tant vaudrait être resté dans le monde. On n’a pas compris que la vocation religieuse est une véritable mort au monde[2].

    Dans un autre texte il dit de manière rude le comportement à adopter face aux besoins de la famille : “Laissons une bonne fois toutes ces misérables velléités de familles dans le tombeau de notre oblation[3]. Il n’y a même pas à recevoir les nouvelles de la famille[4]. Mettons en évidence certains autres témoignages qui nous aideront à mieux saisir l’attitude du Fondateur face aux relations familiales. Au p. Honorât il refusera la permission d’aller voir sa tante religieuse :

“Tu es de force, mon cher Honorât, à supporter un refus, c’est pourquoi je ne te ménage pas la réponse négative que je fais à ta demande d’aller à Carpentras pour y voir ta tante la religieuse. (…) Ainsi laisse-la en repos dans son cloître et poursuis ta carrière dans un plus grand esprit de dégagement des parents[5].

    Au f. Riccardi qui s’est enfui du noviciat pour sa famille il reproche et conseille :

“(…) Parce qu’une mère ne peut pas vivre de son revenu et qu’elle est obligée par exemple de tenir une pension pour pourvoir à ses besoins, en résulterait-il que le fils doit sacrifier sa vocation et s’engager à yeux ouverts dans des emplois ou des ministères qui non seulement seront moins parfaits que la vie à laquelle il est appelé, mais encore l’exposeront à mal s’acquitter de ses devoirs et à ne pas faire ou du moins à faire très difficilement son salut ?[6].

    Aux yeux du Fondateur le devoir missionnaire qui implique le vrai détachement religieux compte plus que l’obligation familiale. Ses mots sont durs à propos de la maladie du père d'Honorât : “(…) dans la maladie de son père l’on est hors d’affaire ou l’on meurt tout de suite. Dans l’un et l’autre cas, il est inutile de quitter son poste[7]. Cependant, il se montre tolérant en certaines autres situations. Ainsi écrit-il au p. Gondrand :

“Je vous ferai observer qu’un religieux n’est obligé que de pourvoir aux plus pressants besoins de son père et de sa mère. Regardez-vous comme autorisé par la présente lettre, comme dûment autorisé à solliciter et à accepter hors des communautés de la Congrégation, tout emploi ecclésiastique, d’en administrer les revenus, soit pour vos besoins personnels, soit pour le soulagement de votre famille, vous rappelant néanmoins toujours de vivre modestement selon l’esprit de pauvreté[8].

    Quel serait par conséquent la tâche de la formation ? Elle doit largement cultiver le détachement religieux qui est indispensable à la vie missionnaire :

“Vous insisterez sur la sainte indifférence pour tout ce que l’obéissance peut demander. C’est le pivot de la vie religieuse. Le détachement des parents est une vertu très méritoire qu’il faut absolument posséder si l’on veut devenir propre à quelque chose, à plus forte raison celui du pays. Toute la terre est au Seigneur, et nous sommes appelés pour en faire indistinctement le service selon le besoin, le choix et la volonté des supérieurs[9].

    Certes, le détachement au monde et à la famille est un élément caractéristique de la vie oblate. Le Fondateur se montre bien sûr sévère et tolérant. Mais il ne porte pas atteinte au quatrième commandement de Dieu qui demande aux enfants d’honorer leurs parents. Ses exigences se fondent sur son expérience : “L’amour excessif des parents a fait perdre bien des vocations et étouffé bien des vertus en germe[10]. L’aspirant oblat devrait donc montrer qu’il est capable de vivre sa vocation en paix et dans la joie même très loin de sa famille et sans nouvelle d’elle. Telle est l’exigence de la vie missionnaire.



[1] Luc 9, 62.

[2] ID., Lettre au p. Mouchette, ibid.

[3] ID., Lettre au p. Mille, à N.-D. de Laus, op. cit.

[4] Cf. Lettre au p. Mille, à Billens, Marseille, le 27 mars 1831, in EcO 8, 18-19.

[5] ID., Lettre au p. Honorât, à N.-D. de Laus, Marseille, les 24 et 25 janvier 1827, in EcO 7, 127.

[6] ID., Lettre au f. Riccardi, à Marseille, Rome, le 17 février 1826, in EcO 7, 38.

[7] ID., Lettre au p. Courtes, à Aix, Marseille, les 27 et 28 septembre 1827, in EcO 7, 145-146.

[8] ID., Lettre au p. Gondrand, à S.-Siméon de Bressieux, Marseille, le 24 novembre 1853, in EcO 11, 176.

[9] ID., Lettre au p. Mouchette, à N.-D. de Lumières, Marseille, le 9 juillet 1853, in EcO 11, 146.

[10] Cf. ID., Lettre au p. Dorey, op. cit.