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III.3.2. Le détachement

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    Le Père de Mazenod appelle ses fils au détachement, afin qu’ils soient libres du monde et de la famille humaine dans l’accomplissement de leur vocation missionnaire. Le religieux Oblat doit, en effet, se détacher du monde, de ses parents et de tout ce qui, dans sa vie, ferait obstacle à la mission reçue de l’Église. Pour mieux saisir sa pensée, il convient de s’arrêter à deux éléments : le détachement du monde et le détachement de la famille.

III.3.2.1. Le détachement du monde

    Le détachement du monde fait partie intégrante de la discipline ascétique de tout apôtre, de tout disciple du Christ. Il trouve sa spécificité oblate et sa raison d’être dans la conception de la vocation religieuse chez Eugène de Mazenod.

    Selon lui, en effet, la vocation religieuse est une “mort au monde[1], une résurrection à une vie “toute surnaturelle[2] ; et les religieux sont “des hommes de communauté et non des coureurs de grand chemin[3]. Aussi l’Oblat, depuis le jour de son admission et de son “oui” au Seigneur, quitte-t-il le monde avec tout ce qu’il contient de bon et de moins bon. Il le regarde mais sans le posséder, il le voit mais sans se laisser attirer par ses séductions. Telle est la raison pour laquelle le Fondateur s’interroge sur la qualité de la vocation chaque fois que certains des sujets ou aspirants manquent d’indifférence aux sollicitations égoïstes de ce monde. Il suffit d’exposer le cas évoqué au premier chapitre pour nous en convaincre :

“Il m’a avoué qu’avant de s’informer il avait voulu satisfaire sa curiosité qui l’a porté jusqu’à aller voir Toulon. Je l’ai poussé de questions et lui ai fait avouer qu’il a été au théâtre, soit ici, soit à Toulon. (…) Mais, mais, mais, avec toutes ces dispositions qu’est-ce que cette vocation ? Et quand on se permet de tant de choses n’est-il pas à craindre qu’on ne soit gâté jusqu’à la moelle des os ?[4].

    Le Fondateur se montre exigeant non seulement envers ses Oblats, mais aussi et surtout envers lui-même comme cela ressort de la lettre au p. Courtes : “(…) grâce à Dieu, sans être un saint François de Sales ni une sainte Thérèse, je désire peu de choses et je désire faiblement le peu de choses que je désire. Ce n’est pas d’aujourd’hui que la figure de ce monde ne m’apparaît que comme une ombre[5].

    Le monde comme une “ombre”. Voilà la dimension mystique de la terre des hommes. C’est cette intelligence spirituelle qui attire le Fondateur vers le vrai bonheur, la vraie lumière. Il faut donc s’attacher aux réalités éternelles plutôt qu’aux choses de ce monde fragile où tout passe et rien ne tient debout. “Tout passe, tout se détruit. L’homme lui-même n’a pas même le temps de compter ses ruines, il est emporté avant d’avoir profité des leçons qu’elles lui donnent sur sa propre fragilité[6].

    Face à cette fragilité, le religieux Oblat doit exercer son détachement non seulement des choses du monde, mais aussi de la tâche qu’il “envie” ou à laquelle il aspire de tout son cœur. A la préférence des fonctions à assumer doit succéder “la parfaite indifférence” ou la “sainte indifférence”, “acceptant volontiers par l’acquiescement de l’esprit tout ce que l’obéissance, c’est-à-dire ce que Dieu prescrit par la voix des supérieurs[7].



[1] DE MAZENOD E., Lettre au p. Mouchette, à Montolivet, Rome, le 2 décembre 1854, in EcO 11, 253.

[2] ID., Lettre au p. Mille, à N.-D. de Laus, Marseille, le 29 septembre 1837, in EcO 9, 57.

[3] ID., Lettre au p. J. Lagier, à Fréjus, Marseille, le 16 juin 1854, in EcO 11, 197.

[4] ID., Op. cit.

[5] ID., Lettre au p. Courtes, à Aix, Marseille, le 18 février 1832, in EcO 8, 49.

[6] ID., Lettre au p. Tempier, à Rome, Marseille, le 14 mai 1832, ibid., 55-56.

[7] ID., Lettre au p. Dorey, op. cit. Cf. ID., Lettre au p. Mouchette, à N.-D. de Lumières, Marseille, le 9 juillet 1853, in EcO 11, 146.